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Billet de blog 1 avr. 2009

G20 : les propositions des commissions des finances

 Les commissions des finances de l’Assemblée Nationale et du Sénat viennent de communiquer leurs propositions en vue du sommet du G20.

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Les commissions des finances de l’Assemblée Nationale et du Sénat viennent de communiquer leurs propositions en vue du sommet du G20.

La note disponible a le mérite d’être concise - quelques pages- et d’être relativement exhaustive même si la mise en œuvre des propositions est encore obscure. Cette synthèse est un premier pas intéressant.

Dans ce document, il est beaucoup question de propositions relatives à la gouvernance financière mondiale. Questions épineuses qui peuvent susciter de nombreux débats mais dont les subtilités sont difficilement accessibles à des non spécialistes.

Le retour du Glass Steagall Act?

En revanche, la mesure numéro 10 et dernière de la note, qui concerne les salariés de beaucoup de banques, est la proposition de séparer des banques d’investissements et de financement (BFI) des banques de détails. Cette mesure n’est pas anodine et reviendrait comme aux Etats-Unis à établir un Glass Steagall Act. Edictée en 1933, cette loi fut abrogée en 1999 pour permettre la création du géant Citigroup. On connaît le résultat et on attend la réaction des grandes banques à cette proposition.

L’argument en faveur d’un adossement des banques d’investissement à la banque de détail dont par exemple le chef économiste de Crédit Agricole SA, Jean-Paul Betbèze, s’est souvent fait l’avocat est contestable :

En résumé, il est bon d’équilibrer les profils de risques entre métiers à performances volatiles des BFI avec les autres métiers, nombreux, d’une banque (banque de détails, affacturage, etc). A première vue, on pourrait penser que c’est là du bon sens paysan.

Mais ce filet de sécurité n’incite t-il pas les BFI à, au contraire, être moins prudente dans leur approche des risques ? Cela pose aussi la question de comment contrôler une BFI quand un actionnaire n’est pas spécialiste de ce métier ? C’est le cas des Caisses Régionales du Crédit Agricole avec Calyon. D’ailleurs le Crédit Agricole, qui sait être raisonnable, ne s’y trompe pas puisque l’activité de sa BFI est filialisée ce qui n’est pas le cas de celle de BNP Paribas ou de la SG.

Faible lisibilité des comptes et problèmes de valorisation

Depuis de nombreuses années, bien avant la crise, les comptes des banques sont devenus si peu lisibles qu’il est devenu irresponsable politiquement de se contenter de la surveillance de ces établissements par de jeunes analystes moutonniers appartenant eux-mêmes à des BFI, ou des agences de notation.

Les grandes banques, mais aussi des grands groupes industriels, ne sont plus « humainement » lisibles. L’absence de comparables boursiers pertinents, du fait des profils spécifiques des grands groupes, complique les travaux de valorisation des analystes pour les évaluer les uns par rapport aux autres.

L’interaction entre l’analyse macro-économique (l’économie, la démographie, etc) et micro-économique (les entreprises et leurs secteurs d’activité) est difficile à mettre entre oeuvre pour des groupes internationaux présents sur plusieurs métiers, des dizaines de pays au travers de plusieurs centaines de filiales.

Prenons une image, le CAC 40 qui deviendrait le "CAC 140" composé de 140 très grosses PME permettrait un meilleur suivi des règles pour l’AMF, les analystes, et le marché. Il donnerait à l’épargne salariale plus de sens en rapprochant les salariés de leur propre métier et ne les soumettrait plus à la vulnérabilité de métiers connexes. Il y a l’assurance chômage pour cela.

Cette approche de « spin off », valable dans certains cas, n’est évidemment pas du tout l’intérêt des quelques « puissants » qui se partagent la gouvernance des conseils d’administrations et des directions générales à la tête de ces groupes pléthoriques de métiers complexes.

Sur la régulation, rester vigilant aux jeux de dupes

Comme l’indique souvent Georges de Furfande sur Mediapart, le cœur du sujet est l’enjeu juridique qui réside dans le choix entre l’approche par la règle (chez les anglo-saxons) ou le principe. Concrètement : la règle, on peut toujours la contourner. Des avocats réfléchissent déjà à comment utiliser d’autres formes de paradis fiscaux en cas de succès au G20.

Saluons au passage l’intérêt de certains sénateurs, comme la sénatrice Nicole Bricq, pour l’approche de démocratie participative de Mediapart et on ne peut qu’inciter d’autres élus à s’intéresser à ces sujets. Aux journalistes indépendants de vulgariser le plus honnêtement possible les enjeux et d’aider le grand public à faire pression sur leurs élus.

Nous sommes loin d’être au bout de la révolution post-industrielle. Très peu ont conscience de ce que cela implique. Actuellement, c’est la révolution de l’information qui peine à trouver un modèle stable. Tous ces enjeux sont liés à l’indépendance de l’information au sens large, et pas seulement pour la presse, perturbée par l’idée de gratuité de l’information. Bref, Mediapart est au cœur du sujet, abonnez-vous pour le siècle !

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