OTAN : un peu de provocation avant le sommet

 Petite chronique pour un printemps qui sera agité – Sarkozy l’illusionniste 

 

Petite chronique pour un printemps qui sera agité – Sarkozy l’illusionniste

 

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La ficelle est grosse mais le coup médiatique était attendu. Selon un journal d’armurier, Obama, fera une tournée en Europe quelques jours avant le sommet de Strasbourg-Kehl relatif à l’OTAN début avril. Tout l’enjeu pour les « spin doctors » de l’Elysée va être de manœuvrer pour que le passage d’Obama à Omaha soit utile pour convaincre les français du bon choix de leur Président.

 

L’heure est grave. On va nous tirer les larmes en nous rappelant le sang américain versé sur nos plages et nous annoncer : comment ? vous ne voulez pas rejoindre les Etats-Unis au sein commandement intégré de l’OTAN ? Ingrats et lâches. Dans un beau discours, Obama, le candidat d’ouverture, pourrait nous faire les yeux doux et Sarkozy nous faire culpabilisé.


On renverra chacun aux livres d’histoire sur les causes financières et guerres économiques génératrices de grandes guerres. Méfions nous des « marchands d’illusions » et de l’art de la manipulation, seul domaine où Psy-Sarkozy excelle. Obama est avant tout le Président des intérêts américains et pas des nôtres malgré son beau sourire. Une partie de son administration est la même que celle de Bush.

 

Où l’on tente de rouler nos sénateurs

 

C’est encore une foi, un site internet, celui du journaliste Jean-Dominique Merchet (Secret Défense – site Libération), relayé par le Monde qui donne l’alerte le 5 janvier dernier.Une fuite laissait entendre que l’Elysée négociait des compensations dans le cadre du retour de la France dans commandement intégré de l’OTAN dans le dos de la représentation nationale. C’est du beau !

 

Une pratique peu démocratique dans le plus pur style Nicolas Sarkozy ! On connaissait déjà l’affaire Pérol, que va-t-on découvrir d’autre ces prochains mois ? Coup sur coup, des Coups d’Etat comme le démontre Edwy Plenel.

 

Le 18 février dernier, devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat , présidée par Josselin de Rohan, les fourbes Kouchner et Morin étaient à la manœuvre, comme de vulgaires vendeurs d’aspirateurs, pour défendre leurs positions.

 

Le débat sur l’OTAN ou plus largement la proximité de l’Europe et des Etats-Unis est intéressant. En 2001, Régis Debray y avait consacré un fabuleux essai, « L’édit de Caracalla », et dressait les avantage d'un ralliement à l’Empire comme Caracalla, l’Empereur Romain, le proposait à ses provinces.

 

Mais non, avec nos VRP de service, on est au ras des pâquerettes. On nous vante des avantages : des militaires français pourront se pavaner sur la base de Norfolk en uniformes jouant les Tom Cruise ? BK - pas le microbe - argumente que l’Allemagne, malgré son intégration dans le commandement de l’OTAN n’a pas été forcée d'intervenir en Irak. Oui mais. Selon un ancien Président de la République, c’est parce que la France avait déjà fait le boulot d’opposition.

 

Le député socialiste, Jean-Louis Carrère, un des vices président de la commission, rapporte de sombres tractations avec deux conseillers de l’Elysée autour d’une réunion secrete que révèle Libération. De leur coté, les Villepinistes sont coincés par Fillon qui mettra en jeux la responsabilité de son gouvernement. Bref, ça chauffe.

 

Sarkozy, seul contre tous prépare un contre sens historique

 

Pour le coup, la levée de bouclier est digne de celle d’une tortue de légionnaires romains qui font bloc. C’est 100% de la classe politique française qui s’exprime : de la demande d’ouverture d’un débat à une franche opposition d’un retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Jamais nous n’avons été tous autant d’accord. Un miracle politique.

 

A droite

Chirac : « pas opportun »

Villepin : « Je suis contre le retour dans le commandement intégré » « faut-il à ce moment précis donner le sentiment de se crisper sur une famille occidentale ? »

Juppé : « place pour un débat de fond »

 

A gauche

Védrine : « pourquoi il faut s’opposer à une France atlantiste » « il est encore temps d’en débattre » « envoyer au monde un signal de réalignement de la France »

Jospin : « OTAN : la France ne doit pas rentrer dans le rang » « le retournement envisagé serait la liquidation d’un héritage mais aussi un contresens historique ».

Quilès : « ce retour est inutile et dangereux »

 

Et aussi

Le PCF : « que le peuple puisse s’exprimer par la voie du référendum » « choix particulièrement dangereux »

Villiers : « ce ralliement traduit la dérive d’une large élite politique française, qui n’a plus d’autre horizon que l’alignement systématique sur les Etats-Unis.

 

Qui pourrait fédérer autant d’ego et de sensibilités ? Personne pour l’instant. Erreur historique pour la République ? Peut-être. Alors par provocation, pourquoi ne pas demander à Elie Domota, brillant syndicaliste et universitaire révolté, de devenir notre ambassadeur ? Après tout, les guadeloupéens sont les voisins des américains, les French West Indies sont situées à 950 km. Pourquoi ne pas l’envoyer débattre auprès d’Obama ? Il est bien plus efficace qu’un Jégo ou un BK.

 

Comment expliquer le choix de Sarkozy ?

 

Alors que la France s’enfonce dans la crise, que nos entreprises font faillites, l’occupant de l’Elysée ne trouve rien de mieux que de relancer, un vieux débat, le débat sur la réintégration de la France dans le commandement de l’OTAN.Pourquoi est-il si pressé ?

 

En 2002, Henry Kissinger, l’ami de cocktail de Sarkozy, explique dans sa "Nouvelle Diplomatie américaine" parue en 2002: « La politique qui consiste à affirmer son identité en défiant l’autre n’est vraiment efficace qui si l’autre précisément, s’abstient d’adopter la même attitude. Si les Etats-Unis répliquaient systématiquement, comme ils le feront tôt ou tard, les tensions avec l’UE et, plus encore en son sein même, pourraient bien s’aggraver. » Un livre touffu mais, en résumé, il faut rentrer dans le rang sinon on va nous y aider.

 

Pendant ce temps, irrespectueux, sans aucun sens historique, sans aucun sens des priorités, le locataire de l’Elysée est en train de mettre la France à feu et à sang. Isolé et entouré de jeunes incultes arrivistes ou de technocrates, sortes d’eunuques de palais, Sarkozy torpille les ministres, et de nos institutions. Lamentable.

 

Le débat sur l'OTAN est complexe : débat technique de militaire, débat sur notre souveraineté, débat de politique de civilisation ... C’est un peu tout à la fois et c’est compliqué. A la très rare presse libre d’expliquer et vulgariser ces débats.Ne laissez pas Mediapart ou Marianne seuls !

 

Il faut dire à Obama que nous aimons les américains, une partie de leur culture, de leur créativité et innovation. Mais que pour l’instant, les difficultés de nos banques proviennent de l'irresponsabilité de leurs dirifants et impacte nos entreprises. Pour l'instant, notre solidarité ou stupidité fait que nous partageons la facture. Alors, on aime notre indépendance.

 

Michel Serres, expliquait dans une petite chronique sur France Info, en mars 2005, qu’entre le modèle d’Empire dominateur, et le modèle des nations qui s’affrontent, une Europe autonome mais faible était le meilleur choix.

 

Beaucoup de gens ont souffert pour hisser la République là où elle est. Dommage de faire un pas de plus vers un Empire aux élites devenues parfois douteuses et corrompues, même si l'arrivée d'Obama est un signe encourageant.

 

 

 

Méfions nous des illusionnistes. Surtout, quand ils font allusion à des « crocs de boucher » pour paraphraser la phrase de l’autocrate jet-set. Comme le rappelle Jean-Claude Maurice, ancien patron du JDD dans son dernier livre sur Chirac-Villepin-Sarkozy, la référence historique à ces fameux « crocs de boucher » est de très mauvais goût.

 


Prochaine étape : le discours de Nicolas Sarkozy le 11 mars devant la Fondation pour la recherche stratégique.

(1) dont font partis d’ailleurs par exemple, Jacques Blanc, Vice-Président, Raymond Couderc et Jean-Paul Alduy ou Jean-Pierre Chevènement

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