Le capitalisme idéal : Bouzou appelle à la rescousse Björk et Michael Jackson

Nicolas Bouzou, jeune économiste et entrepreneur, iconoclaste, vient de publier aux Editions Eyrolles, le Capitalisme idéal.Facile à lire, clair et concis, ce livre prend la défense du moins pire des systèmes à l'exception de tous les autres comme l'auteur le souligne en paraphrasant Churchill.Ce livre est assez provocateur et en même temps raisonnable bien que trop peu critique.

Nicolas Bouzou, jeune économiste et entrepreneur, iconoclaste, vient de publier aux Editions Eyrolles, le Capitalisme idéal.

Facile à lire, clair et concis, ce livre prend la défense du moins pire des systèmes à l'exception de tous les autres comme l'auteur le souligne en paraphrasant Churchill.

Ce livre est assez provocateur et en même temps raisonnable bien que trop peu critique.

Un livre provocateur

Nicolas Bouzou propose de faire le parallèle entre la Corée du Nord et l'Islande pour nous convaincre que le capitalisme, après tout, ce n'est pas si mal. Même « injuste, dur et inégalitaire ».....le capitalisme reste préférable à la dictature, éclairée ou non. Les Coréens du Nord vivent très mal, les Islandais vivent mieux et après tout, se sont-ils rebellés contre le capitalisme ? Non bien-sûr.

Pour vanter les mérites indéniables du système, l'auteur frappe fort en nous remémorant la vie au Moyen-âge. C'est vrai, c'était horrible mais en même temps le monde est actuellement aussi horrible pour une grande partie de l'humanité y compris dans les démocraties occidentales.

 

Un livre raisonnable

Opportunément, l'auteur glisse quelques lapalissades sur l'écologie. Rien de mal, il met surtout en avant l'idée des QIT (Quotas Individuels Transférables) qui pourraient apporter des solutions à la disparition des poissons dans la mer (qui n'est la propriété de personne, un problème pour un capitaliste !). Mais comme l'a signalé Michel Serres, personne ne représente ni les poissons, ni la Terre face aux Diplomates dans les sommets internationaux. Donc rien ne bouge.

L'ouvrage s'achève sur une parabole, celle de Cajamarca, frappante, mais qui peut paraître un peu cynique :

Aujourd'hui pour réussir, il faut mieux être peu nombreux pour être efficaces comme l'étaient les Espagnols de Pizarro face aux Incas. En effet, ils étaient moins de 200, en armures, contre plusieurs dizaines de milliers d'Incas désorganisés avec une hiérarchie écrasante.

La comparaison peut choquer mais, même si les Espagnols ont été barbares, leurs opposants n'étaient pas exempts de critiques, très friants de sacrifices humains. Les indiens massacrés ne devaient pas regretter leurs bourreaux comme l'a illustré Mel Gibson dans son Apocalipto.

L'allusion utilisée par Bouzou est surtout aussi un joli pied de nez à tous ces économistes et financiers planqués dans de grandes institutions à ne prendre aucuns risques et qui ne voient rien venir. Car selon Bouzou : « pour réussir dans le système capitaliste contemporain, mieux vaut être généreux : ne pas se servir, mais servir les autres ». Une partie des grands patrons trop gourmands en prennent également pour leur grade dans ce livre.

L'auteur avance quelques explications sur le divorce entre les artistes et le capitalisme : « le hiatus naturel entre l'imperfection du capitalisme et la perfection que recherche l'artiste » ou « les artistes sont des innovateurs et sont contre l'ordre établi ». Pourquoi pas.

 

Un livre trop peu critique

Dans ce livre, Nicolas Bouzou s'adresse au grand public en 115 pages, et souhaite de toute évidence, éviter que l'on jette le bébé avec l'eau du bain. Malheureusement, il sous estime les limites du système, en particulier lorsque un certain stade de développement est atteint comme dans les démocraties occidentales.

Il occulte aussi le fait que le vrai libéralisme est souvent truqué en coulisse bien qu'il cite l'exemple de la Mafia italienne. Il ignore les processus d'accumulation du capital qui font que des secteurs entiers de l'économie deviennent imprenables avec des monopoles et des barrières à l'entrée.

Et du travail qui ne génère plus de capital, ce n'est même plus du capitalisme. Quand un entrepreneur sans un sous va voir un fond d'investissements, il se fera diluer. Tant pis pour vous si vous n'avez de capital !

On assiste donc à élargissement du fossé entre ceux possèdent, dont une petite partie l'a bien mérité et l'autre hérité, et ceux qui travaillent. Pas un mot sur cette problématique.

Citant, Wilde, Marx, Carlyle, Amartya Sen, Nicolas Bouzou fait passer quelques idées, celles de l'avocat d'un capitalisme plus humain à défaut d'autre chose pour l'instant.

Pas de recette miracle donc. Et en bon promoteur de la responsabilité individuel, l'auteur propose la même idée que Michael Jackson en faisant allusion à sa chanson « Man In the Mirror » dont voici un extrait « Jette un oeil sur toi même et change »

Pour changer, change toi-même. Changer ses habitudes, devenir raisonnable, c'est un des moyens de changer de le système.

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