Municipales 2020 : le déconfinement politique annoncé en 2022

La centralité de la question environnementale redessine un vrai clivage droite gauche, c’est la bonne nouvelle de juin 2020. Le marché et la technique vont-ils nous permettre de dépasser la crise climatique ou faut-il revoir notre modèle de croissance économique ?

Faut-il voir dans les résultats du 2etour des élections municipales l’annonce pour le printemps 2022 de la fin du confinement politique auquel nous sommes assujettis depuis mai 2017 ? Ca en a tout l’air. Au-delà des chiffres ville par ville et des situations locales on entrevoit enfin ce que pourrait être la sortie de la période ouverte par la dernière élection présidentielle. La nette victoire des alliances de gauche autour de l’écologie, la consolidation de la droite municipale dans les villes moyennes, le cantonnement du rassemblement National et la Bérézina macronienne, l’annoncent. Le taux d’abstention inédit nous montre aussi l’immense lassitude des Français après trois années d’informations quotidiennes à la télévision sur les pertes de nos droits économiques, sociaux, environnementaux et individuels. Nous sortirons affaiblis de ce mandat présidentiel qui a attaqué nos défenses immunitaires démocratiques mais qui n’a pas encore atteint notre capacité de guérison.

Un peu d’air frais, on peut ouvrir les fenêtres, enfin ! Depuis la sortie du confinement le 11 mai, l’annonce des résultats électoraux vient clore six semaines de débats délétères autour de l’identité, de la mémoire, des violences policières, du racisme, de l’anti intellectualisme. On sort nauséeux de cette période post confinement sanitaire. La crise économique et sociale sera terrible, la question climatique est centrale dans l’opinion et pourtant les chaînes d’information en continu nous servent de la soupe identitaire à cause de 20 000 personnes mobilisées place de la République par des activistes du Black Lives Matter version française, de quelques statues endommagées et parce que les services de renseignement ont failli dans leur travail d’anticipation à Dijon. Les hebdomadaires en sursis économique publient chaque semaine éditoriaux et enquêtes sur le communautarisme. Sur les réseaux sociaux, les post ironiques ou haineux sur les Noirs et les Arabes font des milliers de « like ». Les immigrés, les mauvais Français, ceux qui ne sont pas de souche, les étrangers, voilà le problème. Et Emmanuel Macron qui rajoute une couche : le « filon » des universitaires qui analysent le racisme et les « séparatistes » qui affaiblissent notre unité nationale.

Le virus de « lepénisation » des esprits a définitivement achevé de contaminer le débat public. Ce néologisme inventé par Robert Badinter en 1996 montrait comment ce que l’on appelait déjà à l’époque « le problème de l’immigration » faisait l’objet d’une politisation croissante, prenant de plus en plus de place au détriment des questions sociales, d’inégalités, d’aménagement du territoire ou de répartition des richesses[1]. Tous les politiques ont été atteints sous une forme plus ou moins aigüe : depuis le bruit et l’odeur, les sauvageons, le karcher, la racaille, jusqu’à la déchéance de nationalité, la question est devenue centrale dans le débat public. En inoculant l’idée que les étrangers volaient le travail des Français, l’extrême droite a atteint son but nationaliste et identitaire. Depuis trois ans le président Macron nous confine dans sa bulle idéologique libérale du ni de droite ni de gauche pour nous protéger de l’arrivée de Marine Lepen en 2022. De fait, dans son petit laboratoire idéologique, il a produit un nouveau virus mutant de la Bête à l’homme politique : la macronisation des esprits où les marchés financiers conduisent l’économie, les experts gouvernent, les premiers de cordée ouvrent la voie, les riches s’enrichissent et tous les autres qui ne sont rien sont renvoyés à leurs passions tristes identitaires. Il veut nous éviter Le Pen en redressant l’économie par la dérégulation à marche forcée, on aura Le Pen et la crise économique.

Cette bulle de confinement a éclaté le 28 juin parce que c’est bien la question de la lutte contre le changement climatique et non pas celle de l’immigration qui est fondamentale pour ceux qui n’ont pas encore désespéré des institutions de la République. Nous faire croire autre chose c’est de la diversion, voire de l’escroquerie. Sachant que le ridicule ne tue pas, le petit Drumont sur LCI[2]essaye encore de faire un amalgame entre le vert de l’islam et celui de l’écologie mais tous les partis savent où se situe le vrai débat démocratique beaucoup plus difficile à manipuler que l’immigration. Le taux d’abstention montre la crise de légitimité qui ne doit pas faire prendre cette hirondelle électorale pour un renouveau démocratique. Les sept grandes villes gagnées par les écologistes grâce à des alliances à gauche ne sont pas un raz de marée si l’on ramène les élus au nombre de voix exprimées. Le PS reste à son étiage de 2017, le Rassemblement National a fait réélire haut la main tous ses maires issus de triangulaires difficiles en 2014 et la droite traditionnelle confirme son ancrage territorial.

La centralité de la question environnementale redessine un vrai clivage droite gauche, c’est la bonne nouvelle de juin 2020. Le marché et la technique vont-ils nous permettre de dépasser la crise climatique ou faut-il revoir notre modèle de croissance économique ? L’extrême droite, la droite et ce qui reste de la LREM ont choisi. Le sort déjà fait par le président de la République sur quelques propositions phares de la convention citoyenne le montre. Le choix d’un premier ministre technocrate inconnu, aussi. La crise sociale va exacerber le débat qui divise encore les socialistes et que les écologistes n’ont pas tranché. Comme en 1981 autour d’un Programme Commun et de l’équilibre entre capital et travail, la gauche arrivera-t-elle en 2022 à un compromis sur la solidarité, le développement économique et l’écologie pour accéder au pouvoir ? C’est à souhaiter.

 

[1]Pierre Tevanian, Sylvie Tissot. La lepénisation des esprits.Les mots sont importants Mai 2019

[2]Gérad Noiriel. Le venin dans la plume Édouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République. La Découverte 2019

 

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