GPA : la machine est lancée

Une étroite élite hors sol, aisée, sûre de son magistère médiatique pense que ses désirs sont des libertés à conquérir qui ouvrent nécessairement sur des droits. Dans quelques années le clonage et les manipulations génétiques esthétiques seront pour tous ces gens de nouvelles libertés à conquérir et de nouveaux marchés.

Sur le plateau d’On n’est pas couché le 19 octobre dernier, à la suite d’une longue invective, Muriel Robin lançait rageusementcontre le chroniqueur de l’émission qui essayait de déconstruire le propos de Marc Olivier Fogiel :« de toute façon, la machine est lancée ». L’animateur télé était venu faire la promotion de son dernier livre où il explique comment, avec son mari, il avait eu recours aux États-Unis à la gestation pour autrui (GPA) pour avoir ses deux filles. La formule de Murielle Robin signifiait : de toute façon, vous aurez beau faire et beau dire, la GPA, en France, nous l’aurons à terme. Sur le plateau, Jean-Paul Gautier parlait d’une nouvelle liberté à conquérir pendant que Laurent Ruquier qui se déclarait en début d’émission perplexe quant à la GPA, enfonçait son journaliste.

 En France l’ordonnance de 2005 a supprimé la distinction enfant naturel, enfant légitime. Jusqu’en 2005 devant l’état civil, il fallait préciser si l’enfant était né ou non hors mariage. Alors, quand un journaliste people vient tranquillement sur un plateau télé grand public expliquer comment il est allé aux États-Unis louer l’utérus d’une femme porteuse pour 150 000 euros environ afin de répondre à son propre désir de paternité, on se dit qu’en moins de vingt ans la société française a évolué dans le domaine de la filiation. En fait d’évolution, il s’agit bien d’un bouleversement sociétal. L’ouverture du mariage aux couples homosexuels et le droit à l’adoption plénière était une question d’égalité d’accès à un droit. La prise en charge par la sécurité sociale de la procréation médicalement assistée (PMA) est une réparation qui permet à des couples hétérosexuels mariés ou vivant ensemble depuis deux ans et qui ne peuvent avoir d’enfants, de réaliser leur projet parental par la procréation en dehors des processus naturels.  Le débat de la PMA ouverte aux couples de femmes se fera, pour les partisans de cette réforme, sur la base de l’accès à l’égalité des droits et à la libre disposition de ses aptitudes par une femme. Quant aux opposants, ils insisteront sur la nécessité de la figure du père dans l’éducation d’un enfant. Le débat se fera donc autour de la vision de la famille qui est une donnée de nature pour les uns, une construction historique pour les autres.

 Avec la GPA la dimension d’accès à un droit ou celle d’une réparation n’existe pas : un désir n’ouvre pas nécessairement à un droit, l’impossibilité de la gestation par un homme est un fait. Les premières lois sur la bio éthique ont été promulguées en 1994 quand le législateur prit conscience qu’il fallait encadrer le développement de la recherche et de l’industrie médicale en protégeant la dignité humaine. Depuis, les lois dans ce domaine ont été révisées en 2004 et 2011. Aujourd’hui le gouvernement envisage une nouvelle loi pour prendre acte des évolutions qui s’accélèrent et sur lesquelles le Conseil Consultatif National d’Éthique (CCNE) vient de rendre un avis[1]qui fait suite aux états généraux de la bio éthique, intitulés : Quel monde voulons-nous pour demain ?  L’avis est généraliste et couvre de nombreux sujets : l’embryologie, la fin de vie, la médecine génomique, les neurosciences et la procréation. Si le CCNE est favorable à la PMA pour les couples de femmes, il réaffirme sans ambiguïté son opposition à la GPA : « Le CCNE reste attaché aux principes qui justifient la prohibition de la GPA : respect de la personne humaine, refus de l’exploitation de la femme, refus de la réificationde l’enfant, indisponibilité́ du corps humain et de la personne humaine. ». Certains pays autorisent la GPA, comme la Belgique ou les États-Unis où cette pratique de procréation est organisée et encadrée. Les Français qui en ont les moyens vont dans ces pays pour avoir un enfant mais qui ne peut être inscrits à l’état civil. Le CCNE fait une ouverture en estimant que si l’ADN d’un des deux parents est chez l’enfant, l’adoption plénière pourrait être donnée à l’autre parent d’intention.

Alors qu’en septembre Murielle Robin s’était engagée sur la dénonciation des violences conjugales sur les femmes, son affirmation « la machine est lancée »est étrange. Elle montre une étroite élite hors sol, aisée, sûre de son magistère médiatique qui pense que ses désirs sont des libertés à conquérir qui ouvrent nécessairement sur des droits. Ils parlent à l’oreille des politiques néo libéraux qui y voient des gens d’influence sur l’opinion publique. L’enjeu est bien celui de la création de nouveaux marchés. Dans quelques années le clonage et les manipulations génétiques esthétiques seront pour tous ces gens de nouvelles libertés à conquérir et de nouveaux marchés. 

 

[1]Contribution à la révision de la loi sur la bio éthique. Avis n° 129 du 18 septembre 2018 du Conseil Consultatif National d’éthique

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