Il existe une alternative : le RIC

Puisqu’il n’y a plus d’alternance politique réelle, imposons par le RIC une alternative au monde qu’on nous impose. Un autre monde est possible.

On connait l’aphorisme de Margareth Thatcher : « There Is no alternative. Entendez, il n’y aura pas d’alternative à la dérégulation des marchés et aux privatisations. Après la fin du communisme en Russie, la fin de l’histoire dans le libéralisme économique était annoncée. Tous les gouvernements crurent qu’effectivement, il n’y avait plus d’alternative à la privatisation des services publics, au démantèlement des politiques de solidarité, aux politiques de défiscalisation et à la dérégulation financière. D’un seul homme, la construction européenne s’est inscrite dans cette dynamique censée libérer les énergies. Pendant la même période les nouvelles technologies de l’information ont amplifié ce processus. Trente ans plus tard, l’humanité se réveille avec une sérieuse gueule de bois : la catastrophe climatique est là, 82% de la richesse produite bénéficie à 1% des plus riches dans le monde[1], des régimes autoritaires et populistes sont au pouvoir y compris au sein de l’Union européenne qui avait été vendue pour nous préserver du retour du nationalisme et de la guerre.

 Pourtant au cours de cette période en France nous avons voté, il y a eu des alternances politiques. La démocratie semble avoir fonctionné mais les chiffres montrent que les citoyens se sont éloignés des consultations électorales. Au second tour du dernier scrutin majeur, celui des présidentielles de 2017, le cumul des abstentions, des blancs et des nuls, atteignait 38%. Il était de 25% en 2012 et de 20% en 2007. Nous avons élu des représentants mais avons-nous réellement voté pour des choix politiques et économiques qui nous mènent à l’accident civilisationnel pour lequel on nous dit qu’il n’y a pas d’alternative sinon limiter la casse. Dans leur majorité nos représentants élus ont assumé ces choix néo libéraux parfois même en reniant leurs engagements électoraux. « On ne peut pas faire autrement : la compétitivité, la rigueur, la mondialisation, l’Europe… ». C’est ce problème fondamental que les gilets jaunes ont éclairé par leurs actions multiformes. Leur réponse à cette crise de la démocratie représentative est le référendum d’initiative citoyenne, le RIC : Il faut remettre dans le jeu politique le principe même de la souveraineté populaire.

 Au-delà de la nécessité d’une réelle respiration démocratique de nos institutions, il y a quelque chose d’intéressant dans ce débat : comme à l’époque des jacqueries contre la fiscalité de l’ancien régime, comme les cahiers de doléances qui préparent les états généraux quand le tiers-état se transforme en assemblée constituante, comme l’abolition des privilèges ou comme la haine contre le couple royal, la question du RIC renvoie également aux origines de notre démocratie et aux débats des constituants de la révolution de 1789 : faut-il donner aux élus du peuple un mandat impératif ou un mandat représentatif ? Le premier est un mandat politique délégué pour une action définie à laquelle ne peut déroger le mandataire et dont il doit rendre compte, le second est un mandat général, libre et non révocable. Hormis la constitution de l’an 1 de 1793 qui n’a pas été appliquée, les constitutions françaises ont toujours refusé le principe du mandat impératif. L’article 27 de la constitution de 1958 le rappelle. Le mandat impératif a été réclamé par les révolutionnaires de 1848 et les communards de 1871. En définitive à travers du RIC c’est la question du contrôle des élus et de l’élaboration de la loi qui revient au-devant de la scène dans l’ambiance pré révolutionnaire de cet hiver.

 Le RIC vient de loin dans notre histoire démocratique. Le principe d’un retour régulier à la sanction populaire a été développé par Emmanuel Mounier, Valery Giscard D’Estaing et plus récemment par le controversé Etienne Chouard. Ce dernier qui enseigne le droit dans un lycée technique développe un argumentaire documenté. Sa pensée a une influence réelle sur les gilets jaunes les plus visibles qui peu à peu émergent et cela malgré des proximités intellectuelles troublantes avec des milieux conspirationnistes et/ou antisémites. Il n’appartient pas au système et à ses élites, ce qui lui donne une légitimité auprès des gilets jaunes. Tous les partis politiques ont proposé l’introduction de ce référendum dans notre constitution pour quel résultat ? le Référendum d’Initiative Partagée, le RIP (sic) de la réforme constitutionnelle de 2008 qui laisse la main aux représentants et n’a jamais été appliqué. La demande des gilets jaunes est fondamentale, elle sera attaquée et décrédibilisée par tous ceux qui ont peur de la souveraineté populaire. Ses modalités de mise en œuvre doivent faire l’objet d’un grand débat national, il sera difficile, tendu, tant les enjeux démocratiques sont vitaux pour l’avenir de notre pays. Il devra nécessairement déboucher sur une nouvelle république. Puisqu’il n’y a plus d’alternance politique réelle, imposons par le RIC une alternative au monde qu’on nous impose. Un autre monde est possible.

 

[1]Rapport OXFAM sur les inégalités extrêmes janvier 2018

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.