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Billet de blog 10 janvier 2026

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Trump comme parrain : efficacité de la métaphore.

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Il y a exactement un an Donald Trump arrivait au pouvoir aux Etats-Unis. Contrairement à son premier mandat, il avait cette fois ci une vision du monde avec un plan pour la mettre en œuvre : celle d’un parrain de la mafia. Sa famille c’est les Etats-Unis, il en est le boss, le capo. Son territoire c’est le continent américain, ce qu’il appelle l’hémisphère occidental dont on ne voit pas bien les frontières. Le capo doit en contrôler toutes les ressources à travers ses lieutenant et ses hommes de mains. Mis à part le quartier Groenlandais qu’il veut récupérer à un petit parrain européen, en l’achetant ou par la force, peu importe, l’Europe n’est pas dans son territoire mais dans à sa zone d’influence. Comme pour tout mafioso, l’enrichissement sans limites et la puissance sont ses seuls principes au profit de sa famille et le rapport de force jusqu’à la violence, son unique mode d’action. Les récalcitrants, il leur envoie un message, les prévient, les menace, puis en brise la résistance. L’enlèvement du président vénézuélien Maduro est un message clair de brutalités à venir à destination des chefs de certains quartiers difficiles de son territoire notamment le Nicaragua et Cuba. C’est aussi un message de menace au Mexique et à la Colombie. Sa Cosa Nostra c’est MAGA, Make America Great Again. Le syndicats des parrains européens lui doit allégeance si ses membres veulent être protégés du parrain russe qui menace de contrôler les anciens quartiers soviétiques. Trump le respecte et aimerait faire alliance avec lui pour développer ses affaires et accéder à de nouvelles ressources minières. En échange d’une aide militaire pour mater les habitants d’un petit quartier, le capo israélien lui y a octroyé une franchise immobilière. Les capis européens ont accepté en août de payer le tribut douanier exigé par Trump dont la principale préoccupation est la montée en puissance du parrain chinois Xi Jinping. L’intervention vénézuélienne est aussi un message à ce dernier : tu ne viens pas sur mon territoire, tu ne touches pas les ressources pétrolières vénézuéliennes, elles sont à moi.

D’une manière générale, la métaphore possède une certaine efficacité descriptive des situations complexes. Elle est un point de départ d’analyse mais ne doit pas tordre la pensée. A force de trop vouloir la filer, son rendement analytique diminue, on en perd le fil. On a comparé Trump aux Pirates des Caraïbes ou aux héros testostéronés de Fast and Furious. Ces images sont fortes, fixent l’attention, mais elles ne permettent pas de creuser et d’expliquer. Au pire, elles évacuent la réalité des drames humains que les politiques de Trump entraînent. Elles le décrivent comme un bouffon et non pas comme le dirigeant de la première puissance mondiale. De leur côté des historiens nous aident à comprendre que la doctrine Trump se situe dans une continuité diplomatique étatsunienne en Amérique latine, depuis la doctrine Monroe du début XIXe avec le corollaire de Théodore Roosevelt qui attaqua Cuba et le Vénézuela au début du XXe siècle pour empêcher l’influence des pays européens dans les affaires du sous-continent latino-américain. Des spécialistes de l’histoire contemporaine montrent à juste titre que le point de fixation Vénézuélien de la politique étrangère américaine date de Barak Obama et de l’arrivée au pouvoir de Chavez avec son discours bolivarien anti colonial. D’autres historiens comparatistes expliquent le retour des logiques d’empires et de mercantilisme d’avant la première guerre mondiale. On comprend que la diplomatie, le droit international, le multilatéralisme, semblent mis au rencart, que tout le système international mis en place au XXe siècle, après deux guerres mondiales, la guerre froide, la sortie des colonialismes, est en train de s’effondrer. Et pourtant c’est la métaphore mafieuse appliquée à Trump qui semble le mieux fonctionner sur tout le champ de compréhension de la politique étrangère américaine et, par la force des choses, au nouvel ordre international qui se met en place sous nos yeux à grande vitesse.

Comme avec tout mafieux, la logique transactionnelle ne fonctionne qu’entre clans forts, qu’entre des chefs de quartiers qui se jaugent et connaissent leurs forces et leurs faiblesses. C’est le cas avec Poutine et Xi Jinping. Trump a reculé sur les droits de douane avec la Chine à cause de sa faiblesse systémique commerciale et financière ainsi que les métaux rares. Avec la Russie, il partage le point de vue de Poutine sur les quartiers de l’Europe de l’est, mais il est encombré par ses vassaux européens qui renâclent, lui coûtent cher, mais qui achètent ses armement. Alors il temporise et joue les intermédiaires intéressés en attendant sa commission qui sera versée par chacune des parties : le business avec les Russes, les ressources minières avec les Ukrainiens et les marchés captifs pour ses exportations avec les Européens, essentiellement celles des géants digitaux. En revanche avec les faibles c’est l’imposition de la force par la menace et le rackett qui prime, comme avec les européens et par le passage à l’acte violent, comme avec le Vénézuela et bientôt l’Iran. 

Après tout Maduro était aussi un mafieux, dira-t-on, pas moins que Poutine, Erdogan ou Xi Jinping. Son régime autoritaire qui a poussé à l’exil huit millions de Vénézuéliens n’existe que par sa rente pétrolière et le trafic de cocaïne depuis la Colombie. D’ailleurs la France a-t-elle des leçons à donner ? Elle qui estimait que l’Afrique de l’Ouest était son territoire et s’y connaissait en renversements de régimes et en éliminations de dirigeants récalcitrants. Les pays n’ont pas d’amis mais que des intérêts, dit-on aussi. Alors la métaphore mafieuse est-elle vraiment pertinente aujourd’hui et ne s’applique-t-elle pas depuis toujours aux relations internationales ?

Peut-être, mais depuis le XXe siècle, la marche du monde était justement la tentative imparfaite et difficile de sortir au niveau mondial de la loi du plus fort comme avaient réussi à le faire les Etats en réponse à la violence en institutionnalisant peu à peu le pouvoir sur la base du droit. Trump fait voler en éclat cette possibilité d’un monde meilleur capable de prendre en charge les défis auxquels il doit faire face, notamment la fin des énergies fossiles, le changement climatique ou l’effondrement des espèces. Il pousse le capitalisme au bout de sa logique. Il n’est pas le premier à s’affranchir du droit international au nom des intérêts de son pays, mais Trump le mafieux est le premier à le faire sans retenue au nom de sa vision du monde qui est celle d’un capitalisme prédateur ou seule la loi du plus fort domine. La métaphore du parrain appliquée à Trump va au-delà de l’aide analytique pour appréhender le réel, elle nous aide à penser les ténèbres du capitalisme qui vient mais aussi les pistes pour en sortir.

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