La pensée voilée de Jean Michel Blanquer.

Jean Michel Blanquer a les idées voilées, comme on le dit d’une roue de bicyclette, celle de l’instituteur qui vient d’abîmer la sienne dans l’ornière du chemin de campagne qui le mène à l’école.

Jean Michel Blanquer a les idées voilées, comme on le dit d’une roue de bicyclette, celle de l’instituteur qui vient d’abîmer la sienne dans l’ornière du chemin de campagne qui le mène à l’école. Dans la lumière incertaine du petit matin d’automne finissant, le hussard de la République met le pied au sol et marche vélo en main pour protéger son outil de travail. Blanquer, lui, se remet en selle et poursuit sa route en roue libre dans la pente d’une pensée conservatrice, élitiste, inégalitaire et post moderne.

Pour le coup, contrairement à Christophe Castaner, rarement un ministre aura été aussi préparé pour un portefeuille qu’il convoitait depuis longtemps. Un enfant impatient à la rentrée des classes en CP, habits neufs, nouveau cartable au dos, raie impeccable, qui trépigne devant la porte cochère du bel immeuble haussmannien du 8earrondissement de Paris où il habite ; il attend que son papa, avocat de renom, sorte avec DS 21 pour le déposer au collège catholique Stanislas : le petit Jean-Michel après la grande section était fin prêt pour entrer à l’hôtel de Rochechouart abritant le ministère de l’éducation nationale. Agrégé de droit public, titulaire d’une maîtrise de philo, il a mené une double carrière dans l’enseignement supérieur et dans l’éducation nationale où il a été recteur et directeur général de l’enseignement scolaire pendant le quinquennat de Sarkozy. Il a été ensuite directeur de l’ESSEC, l’école de management la plus chère de France : 16 500 euros par an en 2019. Malgré un profil universitaire de haut niveau, c’est un praticien, un expérimentateur et un communiquant sur ses propres approches éducatives. Avant son entrée au gouvernement, on lui devait le repérage des enfants à risque dès la maternelle, la cagnotte éducative censée inciter les lycéens à plus d’assiduité. Il a été le concepteur des « internats d’excellence », une mesure phare de Sarkozy, mise en sourdine pour des raisons de coûts, rebaptisés « internats de la réussite » et que le ministre veut relancer : des élèves en pension y bénéficient d’un encadrement rapproché et de moyens éducatifs améliorés. Si les taux de réussite sont meilleurs, le coût du dispositif est élevé, les distorsions de moyens dans une même académie créent des tensions, le recrutement des élèves et les choix des établissements restent opaques.

 En 2016 il explique[1]sa vision de l’école où tout se joue pour l’enfant dès le primaire : suivi rapproché des acquis des élèves et évaluation annuelle des performance des établissements, diminution du nombre d’élèves par classe. Avant les présidentielles, Il avait mis ses idées au service de Juppé, puis de Fillon et devant la défaite annoncée, il prend contact avec l’entourage de Macron où Brigitte qui a enseigné dans des gros bahuts catholiques, le repère. Dès sa nomination, sa connaissance de la haute hiérarchie du ministère qu’il renouvelle en quelques semaines, lui permet d’avancer vite. Le nouveau ministre passe bien dans l’opinion grâce à une communication sur un retour aux fondamentaux : dédoublement du CP, enseignements pratiques interdisciplinaires facultatifs, renforcement des langues anciennes et rétablissement des classes bi langues. Il revient ainsi sur les principaux aspects de la réforme de l’enseignement de Najat Vallaud-Belkacem qui voulait rendre l’école plus égalitaire. Il lance une fausse polémique dénonçant ce qu’il pense être un marqueur de la modernité de gauche en pédagogie : la méthode d’apprentissage de la lecture dite globale, pourtant abandonnée depuis 2003. Début 2017 dans un interview menée par Jean Paul Mongin, proche de la Manif pour tous, président de SOS Éducation, il y défend l’autonomie et la mise en concurrence des établissements, avec le privé notamment. Curieusement le texte disparait du site de l’association juste après son arrivée au ministère. Proche de Stanislas Dehaene, professeur en neurosciences au collège de France, il voit l’enfant comme un être à formater très jeune. Les algorithmes imposent les choix des formations au-delà du bac en fonction des évaluations antérieures et des filières porteuses. Tout cela participe de cet anti humanisme dans l’air du temps, qu’accompagne la réforme de la philosophie au bac : disparition des notions de bonheur et d’autrui, fin de la filière littéraire et de l’approfondissement de la philosophie au collège.

Jean Michel Blanquer a la laïcité paranoïaque et il s’est précipité dans la brèche ouverte par le président Macron pour faire surveiller à l’école tout ce qui pourrait ressembler selon lui à des comportements de radicalisation. Au-delà de ce que signifie à ses yeux le voile musulman, un symbole d’asservissement de la femme, ses récentes déclarations à propos du Hijab, dévoilent d’abord une pensée coloniale quand le dévoilement forcé des femmes en Algérie était le signe de la supériorité française contre l’obscurantisme. Jules Ferry, le fondateur de l’école de la République était aussi un grand colonisateur, promoteur du rôle civilisateur de la France. 

 

[1]L’école de demain. Éditions Odile Jacob, 2016

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