François Hollande et l'Afrique : un premier Bilan

L’hirondelle malienne n’a pas fait le printemps politique à Paris. Il y a un an nous proposions un droit d’inventaire de la politique africaine socialiste avant occupation des lieux par François Hollande. Nous soulignions que ce dernier n’avait pas de tropisme africain et que c’était plutôt une bonne nouvelle pour le continent. Le choix des personnes qui auraient en charge la politique africaine indiquait une normalisation à venir des relations entre la France et les pays d’Afrique subsaharienne sur la base d’une real politique épurée de tout ce décorum artificiel et affectif qui faisait les délices de l’Elysée et des princes africains. Les droits de l’Homme seraient la variable d’ajustement. On ne s’était pas trompé.

 La cellule africaine de l’Elysée a disparu, les émissaires officieux ne sont plus visibles et une lecture transversale des 24 derniers numéros du bi mensuel La Lettre du Continent, la publication la mieux documentée et la plus lue par les détenteurs d’enjeux en Afrique, montre que la bonne vieille France Afrique foccartienne est moribonde. Des réseaux patronaux, de droite, socialistes, maçonniques ou simplement mafieux essayent bien de lui maintenir la tête hors de l’eau mais ce lien organique politico affairiste direct entre le palais de l’Elysée et les palais présidentiels africains semble bien rompu. Même le journal Survie, le contempteur historique de la France Afrique, a du mal à renouveler son approche depuis que l’unique objet de son ressentiment s’est muté en une myriade de réseaux d’influences qui ne font plus système. Le ministère de la coopération est définitivement mort, son changement de nom en ministère du développement n’a pas été qu’une simple opération de marketing politique : Pascal Canfin clignote à peine sur les écrans radars de l’espace public africain. Il s’occupe, plutôt pas mal, du multi latéral, d’environnement, de délinquance financière internationale, de changement climatique, de solidarité internationale, des assises du développement. Il verdit à la marge la politique de l’Agence Française de Développement mais on ne le voit pas ou presque pas sur la scène africaine. On a récemment parlé de lui parce qu’il a refusé de se rendre au Mali au prétexte qu’un expulsé malien était dans l’avion. L’image sépia du porte flingue ministériel pour l’Afrique du président de la Ve république peut aller au musée de l’histoire coloniale comme l’un des derniers avatars du colonialisme d’Etat. Même la droite ne reviendra pas sur cette dernière évolution, le quai d’Orsay a gagné la bataille.

 Qui aurait pu croire il y a un an que tout le monde serait d’accord, droite et gauche confondues, à l’exception de Mélenchon et de quelques Verts, pour mettre à l’actif du premier bilan de la présidence de François Hollande, l’action extérieure de la France en Afrique ? La récente libération des otages au Cameroun a été la cerise sur le gâteau malien. L’image de François Hollande devant la grande mosquée de Tombouctou sera probablement en couverture du livre que ses thuriféraires écriront dans quelques années sur la geste hollandienne. Espérons qu’il ne sera pas trop mince. L’opération Serval, juridiquement brinquebalante, politiquement hardie et militairement réussie -  pour l’instant - a été une décision qui marquera la présidence. Elle est sans conteste un coup porté contre le djihadisme mafieux et terroriste. Elle a débloqué la paralysie onusienne. Elle montre, à usage politique interne et international, que le Président sait trancher et que nos armées sont encore efficaces. Paradoxalement elle montre surtout en creux ce que sera l’axe de la politique africaine pour les quatre prochaines années : privilégier au maximum la résolution des conflits en Afrique par l’implication et les médiations sous régionales ou africaines. L’ex président centre africain l’a appris à ses dépends. Cette stratégie est marquée par un souci d’économie et de défense des intérêts stratégiques français sur le continent. Elle rejoint le cours traditionnel de la vieille diplomatie française : priorité à la stabilité sur les effets de manche interventionnistes des droits de l’Homme ou de la démocratie. Là aussi le Quai d’Orsay a emporté le morceau. Cette stratégie et  l’intervention au Mali ont cependant un coût politique élevé : elles relégitimisent internationalement des dirigeants qui redoutent un printemps africain chez eux. Idriss Deby est renforcé, Sassou Nguesso est incontournable, Paul Biya parade, Ali Bongo est rassuré, Compaoré respire.

 La question malienne n’est toutefois pas résolue. Au delà de la menace terroriste qui dépasse le cadre malien, la marche forcée démocratique vers les élections en juillet est une erreur. Les tombereaux d’aide internationale au bon élève malien jusqu’au coup d’Etat du capitaine Sanogo n’avaient pu empêcher une informalisation mafieuse des institutions et des services publics de l’Etat. Dans plusieurs pays subsahariens le processus électoral est devenu plus un problème qu’une solution à l’établissement d’un Etat de droit. Les fondements de l’Etat n’existent tout simplement pas : un enfant sur trois n’arrive pas à acquérir sa citoyenneté à sa naissance, le vouloir vivre ensemble constitutif d’une nation est absent, la représentation nationale ne représente que ses propres intérêts, l’administration est prédatrice. Au Mali la classe politique est discréditée, l’Etat ne fonctionne presque plus, une partie du territoire échappe encore à son contrôle, l’armée est à reconstruire. Dans ce contexte imposer des élections à court terme ne résoudra rien. Un haut cadre du Quai d’Orsay en charge de l’Afrique a été placardisé pour avoir pensé cela en public, à voix haute. Plus ennuyeux pour François Hollande, le soupçon de favoriser la partition du pays enfle au sein de la société malienne. On peut comprendre que l’on se méfie de ce qui reste de l’armée malienne à cause de ses graves exactions maintenant documentées sur les droits de l’Homme, mais l’alliance objective sur le terrain entre l’armée française et le MLNA Touareg dans la région de Kidal pose problème. Cette situation est porteuse d’un conflit violent et déstabilisateur sur les pays voisins. Les autorités françaises le savent. Souhaitons que Mohamadou Issoufou le président Nigérien, proche de François Hollande et qui arrive tant bien que mal à gérer correctement la question touarègue dans son pays sera de bon conseil dans cette crise qui couve.  Dans un an le Mali pourrait se retrouver au passif de la politique africaine de François Hollande. Le maigre crédit de la France qu’il a su améliorer auprès des sociétés civiles africaines après les calamiteuses années Sarkozy disparaîtra.

 Ces mêmes sociétés civiles, tout comme les opérateurs économiques, attendent toujours l’ombre de l’ébauche d’un début d’amélioration de délivrance de visas. L’arbitraire et la déshumanisation des rapports humains dans les services consulaires continuent de dégrader l’image de notre pays. La fraude au visa dans des pays aux administrations corrompues et la faiblesse des moyens sont certainement en cause. Mais l’absence de directives ou de signes d’inflexion laissent la bride à une petite bureaucratie post coloniale.  Un écrivain congolais en a fait l’amère expérience.

 Le bon discours de Dakar en contre point de celui grotesque de Sarkozy en 2007 et la posture de distance affichée avec le président Kabila lors du dernier sommet de la Francophonie à propos des droits de l’Homme sont à mettre au crédit de François Hollande mais ils ne pèsent pas grand chose devant la réalité de la défense des intérêts économiques et politiques. On peut le regretter, mais c’est ainsi. Au moins avec François Hollande le réalisme assumé a remplacé le cynisme. Ajoutons pour être complet que les instructions des affaires sur les biens mal acquis ne sont pas entravées. Comme pour l’affaire Cahuzac, la justice travaille.

 Un bilan, somme toute globalement positif - ce que n’arriveront pas à dire Mélenchon et son allié communiste - de la politique africaine de François Hollande. 

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