Sécurité et biodiversité

A Marseille ce n’était pas la première fois qu’Emmanuel Macron se livrait à cet exercice de sécurité et en même temps d’écologie.

En déplacement à Marseille, Emmanuel Macron a posé deux bornes pour sa campagne pour les élections présidentielles de 2022 : la sécurité et la biodiversité. Les deux ont le mérite de pouvoir faire l’objet de mesures visibles. D’un côté un nombre de policiers supplémentaires et de l’autre un pourcentage d’augmentation de côtes maritimes protégées ou d’espaces naturels préservés. Des chiffres invérifiables sérieusement mais des effets d’annonce assurés et un bon rendement de communication politique.

L’agenda marseillais du Président lui a permis de participer à l’ouverture du congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), sponsorisé par Nutella et Véolia. Il y a déclaré qu’il fallait « re synchroniser les agendas, éveiller toutes les consciences, bâtir de nouvelles méthodologies, mieux mesurer, tracer des perspectives et une planification commune ». En un mot, revoyons nos méthodes de travail mais ne touchons pas à l’essentiel : la croissance économique et les profits. Depuis une dizaine d’années l’accélération des phénomènes climatiques hors normes sur toute la planète (canicules successives, inondations dévastatrices, cyclones violents, longues sécheresses et incendies de forêts gigantesques) montrent que la crise climatique n’est plus devant nous mais que nous y sommes entrés. Chacun le sait maintenant. Pour la biodiversité la perception de son déclin est moins évidente : moins d’insectes dans nos jardins, les gazouillis dans les forêts n’accompagnent plus nos promenades, des essences d’arbre disparaissent de nos campagnes mais la destruction massive des abeilles pollinisatrices n’empêche pas les rayons de miel des grandes surfaces d’être remplis. Pourtant les études accessibles en ligne de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques[1](IPBES) le GIEC de la biodiversité créé en 2012, sont terribles. Dans les trois prochaines décennies une espèce sur huit disparaîtra. Le lien entre la perte de la biodiversité et de nouvelles pandémies est fait[2].

La France figure parmi les dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées : au total, 1 742 espèces menacées au niveau mondial sont présentes sur son territoire, en métropole et en outre-mer. Il y a un an le rapport du Conseil économique, social et environnemental CESE) la troisième chambre de nos institutions après l’Assemblée Nationale et le Sénat, pointait que la loi de 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages,n’était pas appliquée sérieusement, tout comme la loi sur les pesticides de 2020 ou celle sur la transition énergétique de 2015, faute de moyens pour suivre son application. Alors on se dit que la nouvelle loi climat (et résilience) suivra le même chemin. On a le sentiment d’un empilement de lois simplement là pour communiquer et répondre aux angoisses légitimes des citoyens. La doctrine derrière ces textes c’est que la technologie et le marché nous permettront de nous adapter à la nouvelle donne, mais qu’une bifurcation de notre modèle de société n’est pas à l’ordre du jour. Ces adaptations se feront à un prix social élevé creusant les inégalités. Le renforcement des moyens de sécurité et de contrôle social généralisé permettront de gérer les situations. On aura compris que l’angle mort des politiques gouvernementales en matière de climat et de biodiversité, c’est la démocratie.

Curieusement ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron se livre à cet exercice de sécurité et en même temps d’écologie. En décembre 2020 dans le média en ligne Brut, il s’était déjà présenté comme « un champion de la Terre »à l’occasion d’une longue interview sur la sécurité et les violences policières.  A propos du fameux article 24 de la loi dite sécurité globale instituant un délit de provocation à l’identification des policiers pour les journalistes qui filmaient des policiers violents, il fit même un surprenant parallèle avec la convention citoyenne sur la climat : « Je ne vous dis pas de prendre le texte des parlementaires comme une vérité révélée. Vous, quand vous avez un problème avec l’article 24, vous allez dans la rue. Vous remettez le travail des parlementaires et ils réécrivent l’article. Et bien là, j’ai cent cinquante citoyens, je les respecte comme les parlementaires mais ce n’est pas parce que les citoyens ont écrit un truc que c’est la Bible ! ». Ce truc c’étaient 149 propositions dont il n’en retint que 10 %. Son article 24, devenu article 52, fut retoqué par le conseil constitutionnel en avril 2021. S’il fallait éveiller une conscience, ce serait bien la sienne.

[1]https://ipbes.net/sites/default/files/2020-02/ipbes_global_assessment_report_summary_for_policymakers_fr.pdf

[2]https://uicn.fr/un-rapport-cle-de-lipbes-sur-la-biodiversite-et-les-pandemies/

 

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