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Billet de blog 26 sept. 2021

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Procès du Bataclan, le signifiant et le signifié

Le procès des vingt accusés des attentats du 13 novembre 2015 au stade de France, au Bataclan et sur les terrasses de la Belle équipe, du comptoir Voltaire, du Carillon, de la Casa Nostra, de la Bonne Bière et du Petit Cambodge dans les 10eet 11 arrondissement de Paris, a débuté le mercredi 8 septembre. Des toponymies signifiantes de notre diversité et de notre vouloir vivre ensemble.

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Le procès des vingt accusés des attentats du 13 novembre 2015 au stade de France, au Bataclan et sur les terrasses de la Belle équipe, du comptoir Voltaire, du Carillon, de la Casa Nostra, de la Bonne Bière et du Petit Cambodge dans les 10eet 11 arrondissement de Paris, a débuté le mercredi 8 septembre. Des toponymies signifiantes de notre diversité et de notre vouloir vivre ensemble. 150 morts, 350 blessés, 1800 parties civiles. Notre pays a déjà connu ces grands procès criminels, ces moments où la société française se parle à elle-même, comme au moment du procès de Klaus Barbie du 11 mai au 3 juillet 1987, celui de Maurice Papon du 3 octobre 1997 au 2 avril 1998, celui du frère de Mohamed Merah du 2 octobre au 3 novembre 2017 et bien sûr celui des 14 accusés de Charlie Hebdo et de l’hyper Kasher du 2 septembre au 10 novembre 2020. Cette fois ci le procès devrait durer neuf mois. De quoi accouchera cette maïeutique judiciaire au-delà des peines infligées aux criminels ? Les procès de Klaus Barbie et de Maurice Papon montrèrent cet antisémitisme ancré au sein de notre société et la responsabilité de Français dans le sort fait aux Juifs et aux Résistants pendant l’occupation. Le procès du Frère de Mohamed Merah mit en lumière la résurgence contemporaine de l’antisémitisme, fruit d’une idéologie religieuse mortifère qui s’insère dans les fissures de notre société. Le procès Charlie fut encore celui de la même idéologie qui ne s’arrête pas à la haine des Juifs mais s’étend à toute pensée qui s’est affranchie d’une croyance divine et qui revendique cette émancipation. Ce dernier procès a réaffirmé que les victimes n’étaient pas coupables de s’être moqué d’une religion. A chaque fois la société, grâce au procès d’assises, aura essayé de comprendre les engrenages et les ressorts individuels qui ont amené les personnages à commettre leurs crimes et à être présents dans le box des accusés. Et pourtant cet effort collectif de compréhension n’aura jamais permis de saisir dans sa vérité ce moment du choix conscient fait par chacun des accusés, ce fond de liberté qui entraine leur responsabilité totale et qui fait notre humanité.

Une nouvelle fois, pendant neuf mois, les témoins et les victimes défileront à la barre posée au milieu du rectangle de la salle d’audience, face à la cour, avec de chaque côté les avocats des accusés ou des parties civiles, créant une sorte d’espace sacré où les vivants entrent en contact avec les morts. Une nouvelle fois ce dialogue collectif du procès sera le signifiant de notre contrat social. Au moment de l’écriture de cet article nous en sommes encore au prologue du procès, à l’interminable présentation des parties, à la présentation des faits par une juge belge, didactique, précise, impitoyable, à la description documentée des faits par les cinq enquêteurs de la brigade criminelle. Ils ont su nous faire comprendre leur sidération devant l’ampleur du carnage. L’objectivité des faits, bruts, sans filtre, est terrifiante. Les accusés ont pris la parole et l’on a entendu Salah Abdeslam, le seul survivant des dix membres des trois commandos, assumer et justifier lucidement son acte.  « Ils venaient de tuer trente personnes et pourtant, ils ne semblaient pas du tout prodigieusement stressés » remarqua un des enquêteurs commentant une vidéo des évènements. On a aussi vu le président de la cour, ferme, concentré, ironique parfois, à l’endroit des accusés.

Arrivera ensuite le temps des victimes survivantes qui défileront à la barre l’une après l’autre et y dire ce qu’elles ont vécu. Elles raconteront les premiers rangs fauchés par les balles des terroristes, les gens se coucher, la traque dans les loges, la détermination des tueurs, les scènes de guerre sur les terrasses, les cris, les plaintes, la terreur. Elles raconteront aussi leurs insomnies, leurs frayeurs nocturnes et leurs angoisses dans les lieux fermés. Elles parleront et ces paroles les libéreront. Les victimes seront écoutées même par les accusés et c’est l’essentiel. A la fin l’accusation fera son réquisitoire, les avocats de la défense prononceront leurs plaidoiries, les sanctions pénales tomberont et la catharsis collective sera close. Au terme d’un travail de neuf mois, ce procès sera-t-il une délivrance, nous dira-t-il les raisons de cette pulsion de mort qui s’est emparée de ces jeunes gens, nous donnera-t-il la signification de cette violence, les fêlures de notre société qui la permettent ? Probablement pas, mais la justice rendue dans le respect des droits sera le signe que notre société peut tenir sous les coups de cette idéologie totalitaire, elle a les armes pour cela : l’Etat de droit, les libertés publiques et l’accès à la connaissance.

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