G7 de Biarritz: l'orchestre du Titanic jouera jusqu'au bout

La métaphore du Titanic est toujours contemporaine : l’iceberg passe du statut d’arme du destin à celui d’image d’une planète qui fond et dérive comme un paquebot en panne.

En marge de l'ouverture du G7, le samedi 24 août les militants de l'organisation Extinction Rébellion ont bloqué la levée du pont Chaban-Delmas à Bordeaux pour empêcher le passage d’un paquebot. Pendant que les chefs d’Etat discutaient à Biarritz, des paquebots pleins de touristes continuaient d’accoster à Hendaye, Bayonne et Saint Jean de Luz. A Venise, pourtant interdits d’accostage en 2012 et 2017, les mêmes mouillent à l’entrée du Grand Canal et participent de la lente agonie de la cité, figure emblématique de la vieille Europe marchande qui contrôlait le monde. Leurs étages dominent le lion de Saint Marc et le 2 juin un paquebot incontrôlé y a endommagé un quai. En 2017 les 94 navires du leader de la croisière de luxe Carnival Corporation ont émis 10 fois plus d’oxyde de soufre que l’ensemble du parc automobile européen. A Marseille 57 qui y ont fait escale la même année ont rejeté autant d’oxyde d’azote que le quart des voitures de la ville[1].

 La tragédie du Titanic en 1911 est la grande métaphore de l’ère industrielle, montrant la course à l’abîme d’une Europe sûre de ses valeurs universelles ne voyant pas venir la première catastrophe mondiale. Le capitaine, certain de la technologie de son navire, poussait les feux pendant que les premières classes festoyaient et que dans les ponts inférieurs, des migrants cherchaient à quitter le vieux continent. 65 % des passagers de première classe survécurent, 25% en troisième classe. La métaphore du Titanic est toujours contemporaine : l’iceberg passe du statut d’arme du destin à celui d’image d’une planète qui fond et dérive comme un paquebot en panne.

 A voir l’agitation autour du G7 de Biarritz, c’était à croire qu’on y tournait une nouvelle adaptation du film catastrophe :La croisière panique. Les commandants en second voient bien que quelque chose ne tourne pas rond, les chaudières en auto-allumage sont devenues incontrôlables, un incendie a pris dans les coursives en bois. Ils essayent de sensibiliser le commandant de bord qui continue de forcer les machines en injuriant tout le monde sur la passerelle. Les passagers de seconde classe ont les pieds dans l’eau et ceux de troisième l’ont au menton, beaucoup se noient. A ceux qui nagent déjà ou qui coulent, on leur dit d’écoper et à ceux qui barbotent, qu’ils devraient peut-être revoir leurs exigences à la baisse et qu’ils sont un peu responsables de ce qui leur arrive. Quant à ceux des premières classes qui lorgnent sur les chaloupes, quand ils ne sont pas déjà dedans, on les rassure : on a ouvert un nouveau casino et la salle de spectacle a été refaite. Un des commandants en second, le plus jeune, bien mis dans son uniforme, appuyé sur le bastingage, dos à la mer, explique dans le système vidéo interne ce qui se passe dans la cabine de pilotage et les mesures pour éviter le naufrage : « on discute encore entre nous sur la gravité de la situation et les mesures à prendre mais nos dispositifs de régulation interne sont fiables, on va ralentir et remplacer les gobelets en plastique par des modèles en carton, payants ». Depuis un moment des passagers et une partie de l’équipage exigent des nouveaux officiers de passerelle et le remplacement des turbines. Quand ils seront majoritaires, ils monteront sur le pont supérieur et le feront eux-mêmes.

Au large de Biarritz l’amiral Macron a réussi sa manœuvre navale et la mutinerie qui gronde a été circonscrite, mais comment le croire quand il dit vouloir réduire les inégalités alors que la diminution des effectifs du personnel des hôpitaux publics tient lieu de gestion du service public de la santé [2] ? Comment l’entendre affirmer qu’il mobilisera des fonds pour reboiser la forêt amazonienne alors qu’il refuse d’engager les investissement publics pour la transition énergétique ? Comment l’écouter quand il explique qu’il promeut la paix alors que nos ventes d’armes à l’Arabie et à l’Égypte, augmentent [3]? Comment peut-il dire nous sommes des amazoniens alors que 360 000 hectares de forêt guyanaise sont attribués à des compagnies extractrices[4] ? Comment croire en sa volonté de préserver la biodiversité alors que la chasse d’espèces protégées vient d’être autorisée ? Sa politique de la canonnière sociale et cette fosse océanique entre ses discours et ses actes seront les marqueurs du quinquennat. Ce grand écart n’est pas le signe d’un pied marin sur un bateau qui tangue mais celui de quelqu’un qui se cramponne au parapet et jouera longtemps sa flûte néo-libérale autoritaire à la poupe jusqu’au moment où celle-ci se soulèvera avant de s’abîmer.

 

[1]ONG Transport et Environnement juin 2019

[2]Note d’information OXFAM G7 du 22 août 2019.

[3]Annie Poiret, Mon pays vend des armes, éditions Les Arènes 2019.

[4]Déclaration du grand conseil coutumier des peuples amérindiens 26 août

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