C’est à vous de sortir M. Véran !

Lors de l'examen du projet de loi sur la prolongation de l'état d'urgence sanitaire, nous avons assisté à une nouvelle démonstration du vrai visage de la macronie qui piétine le Parlement dès lors qu'il ne se couche pas. C'est ainsi que le ministre de la Santé Olivier Véran n'a pas hésité à hurler aux députés de l'Opposition, un "Sortez d'ici !!!".

Sortez d’ici !!!

Nous avons assisté mardi soir à une nouvelle démonstration du vrai visage de la macronie qui piétine le Parlement dès lors qu'il ne suit pas sans broncher les injonctions de l'Elysée et de Matignon et qu'il ne se couche pas. 

M. Véran aux députés de l'Opposition, "sortez d'ici !!!" © Michelle Tirone

Alors comme cela en plein examen par l’Assemblée nationale du projet de loi sur la prolongation de l'état d'urgence sanitaire voté une première fois en mars, vous vous permettez M. le Ministre des Solidarités et de la Santé lors de votre prise de parole devant députés, représentants du Peuple élus par des millions de citoyens au cœur même de la maison commune de la Nation qu’est le Palais Bourbon dans un accès de colère de rétorquer aux députés de l’Opposition qui vous brocardent : "C'est ça la réalité ! Si vous ne voulez pas l'entendre, sortez d'ici ! Elle est là la réalité de nos hôpitaux !"

La démocratie et la souveraineté du Peuple bafouées et insultées

Dans cette réponse inacceptable, vous démontrez votre ignorance crasse des institutions françaises et de votre refus de la démocratie. Quoi que non, à bien y réfléchir, vous les connaissez parfaitement, mais vous les méprisez au plus haut point depuis des mois, de longs mois. Et je ne reviendrai pas ici sur la gestion calamiteuse de la crise sanitaire, car ce n'est pas l'objet. Et il y aurait pourtant beaucoup à dire. Si imparfaite soit-elle, les députés qui vous brocardent sont des élus de la Nation et tirent leur légitimité (quand bien même on pourrait discuter du mode scrutin, de l’abstention et des mode calcul des suffrages) d’une élection, de la souveraineté nationale.

Quand bien même vous avez été député suppléant (PS) de 2012 à 2017 puis LREM de 2017 à votre nomination au ministère succédant à Agnès Buzyn, vous n’êtes pas élu. Vous n’occupez le poste que par la volonté présidentielle qui en vertu de la Constitution, nomme ses ministres. Vous n’avez de légitimité que la volonté du « Prince » et non celle du Peuple, quand bien même le Prince a lieu même été élu.

M. le Ministre, si j’avais été sur les bancs de cette honorable assemblée, je vous aurais, croyez-moi rappelé que c’est à vous de sortir de la maison du Peuple, car vous y avez été invité par la seule volonté du Peuple. A côté du pouvoir législatif, le rôle du Parlement, des sénateurs et députés est de contrôler l'action du Gouvernement et en ce sens le débat est légitime. L'Opposition comme la Majorité doivent y prendre part. Or aujourd'hui et depuis de longs mois, le Gouvernement refuse le plein usage de ce droit de contrôle. C'est inadmissible. M. Véran franchit gravement la ligne blanche. Les députés sont là pour contrôler l'action du gouvernement et délibérer, discuter, débattre, voter les lois et c'est au nom de la démocratie. M. Véran n'a pas le droit de leur parler ainsi. Il a fait là une faute politique majeure. Le Parlement n'est pas qu'une chambre d'enregistrement composée d'ectoplasmes mous.

En pareille circonstance et devant pareil affront fait à la représentation nationale, c’est une démission en règle qu’il convient d’effectuer après cette sortie inacceptable. Nous sommes en France et la démocratie exige des débats parlementaires et non un Parlement aux ordres, un Parlement muselé. Vous n’avez pas le droit d’insulter et de bafouer la souveraineté de la Nation.

Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du Peuple…

J’espère bien que les députés dans leur ensemble sauront vous rappeler qu’un certain 23 juin 1789, à la suite du doyen des députés élus aux Etats généraux, Bailly répliquant à Henri-Evrard de Dreux-Brézé, , Grand Maître (Officier) des cérémonies de la Maison du Roi que « La Nation assemblée ne peut recevoir d’ordres ! », ce fut au tour du Marquis de Mirabeau de rentrer dans l’histoire avec cette historique réplique alors que Louis XVI entendait faire évacuer la salle des Menus Plaisirs à Versailles où les députés des Etats généraux étaient réunis par un mémorable : « Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu'on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes !!! ». Si ces mots sont restés dans la légende de la Révolution française, c’est bien parce qu’ils témoignent de l’apparition de la souveraineté du Peuple avec une puissance inégalée.

Mirabeau répondant à Dreux-Brézé le 23 juin 1789 © Lamotte Mirabeau répondant à Dreux-Brézé le 23 juin 1789 © Lamotte

Mardi soir au Palais Bourbon, le Ministre des Solidarités et de la Santé a témoigné de son mépris du Peuple souverain, de ses représentants (il fut pourtant des leurs entre 2012 et 2020 dans cette même assemblée), de l'opposition parlementaire, du débat  et plus gravement de la démocratie. C’est à lui de sortir, non aux députés élus par le Peuple des citoyens.

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