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Billet de blog 6 nov. 2019

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Mort du Professeur Louis Lareng, créateur du SAMU dans un silence assourdissant

Comme un symbole de l’air (maussade) d’un temps où la mémoire des grands hommes disparait, c'est dans une quasi indifférence insupportable qu’un homme d’exception vient de nous quitter. Cet « Homme » avec un grand H, c’est le Pr de médecine Louis Lareng un des créateurs à Toulouse du Service d’Assistance Médicale d’Urgence (SAMU). Il avait 96 ans.

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Comme un symbole de l’air (maussade) d’un temps où la mémoire des grands hommes disparait, c'est dans une quasi indifférence insupportable qu’un homme d’exception vient de nous quitter. Cet « Homme » avec un grand H, c’est le Pr de médecine Louis Lareng un des créateurs à Toulouse du Service d’Assistance Médicale d’Urgence (SAMU). Il avait 96 ans.

Louis Lareng était né en 1923 à Argelès-Gazost au cœur des Hautes-Pyrénées et de la vallée des gaves. Sa famille est originaire du petit village d’Ayzac. C’est un Toy comme tous les habitants fiers de la Vallée du Lavedan. Mais ici aussi un mal pernicieux touche les populations :  la tuberculose. Et elle fait des ravages. C’est celle-ci qui emporte sa mère alors qu’il n’a pas encore 3 ans. Est-ce de là qu’est née son indomptable envie de soigner ?

Elevé par une tante (Julie) travaillant dans la pharmacie du village, il grandit dans la Foi chrétienne, devient enfant de chœur et sert la messe tôt le matin, avant de rejoindre l’Ecole communale.

C’est l’époque où l’instituteur, descendant des Hussards noirs de la République chers à Charles Péguy, était quelqu’un qui comptait dans le village. Et celui-ci va vite déceler chez le petit Louis de belles qualités et se mettre en quatre pour lui obtenir une bourse d’études afin d’intégrer le prestigieux lycée tarbais Théophile-Gautier. Etudes, livres et pension sont alors pris en charge intégralement pour les élèves méritants.  Le Pr Louis Lareng est ainsi l’exemple de l'ascension que l’Ecole de la République autorise grâce au service public éducatif devenu plus tard un éminent représentant d’un autre service public, hospitalier celui-ci. Deux fantômes qui s’éteignent peu à peu…. 2 services publics qui faisaient jadis comme d’autres la réputation de notre beau pays. 2 services publics abandonnés par un Etat et des élites convertis à cette si détestable société ultralibérale dans laquelle égoïsme et individualisme abattent les fondations de notre société. C’était l’époque où on ne mettait pas encore le feu aux écoles, aux collèges…. Une autre époque assurément.

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Le Pr Louis Lareng et une équipe du SAMU devant un hélicoptère (Alouette ?) - Photo DDM, Michel Labonne

Plus tard, il est reçu à l'internat et entame une brillante carrière universitaire. Tour à tour : assistant, chef de clinique, agrégé, et enfin professeur. Sa spécialité, c'est l'anesthésie. Et naturellement, lorsqu’on parle anesthésie, on parle aussi de réanimation.

Au cœur des Trente Glorieuses chères à l’économiste Jean Fourastié, l’homme moderne a pris l’habitude de se déplacer en voiture. Et sur les routes départementales, nationales et les toutes jeunes autoroutes (pas encore bradées aux intérêts privés…) se joue des drames quotidiens. Des milliers d’automobilistes perdent la vie ou se blessent gravement au volant de leurs Renault 16, de leur Peugeot 504 ou de leur DS Citroën et de tant d’autres.  Sur les routes, la grande faucheuse fait des ravages. C'est ainsi que se développe l’idée d’un service d’assistance médicale d’urgence qui deviendra le Samu, accompagnée par une formule aujourd’hui célèbre : « Ne plus transporter le blessé à l'hôpital, mais transporter l'hôpital au pied du platane ». Oui, l’idée est géniale, car en permettant à des médecins de se déplacer sur le lieu du drame, c’est un temps précieux qui est gagné pour apporter les premiers soins vitaux parfois. Que de vies n’at-il pas contribué ainsi à sauver ? Pansements, perfusions, massages cardiaques n’attendront plus l’arrivée du blessé au CHU. Et pourtant la Hiérarchie n’y était guère favorable… En même temps que de « transporter l’hôpital au pied de l’arbre », le Pr Louis Lareng a avec son équipe de médecins toulousains, réussi à mettre en place un système de régulation téléphonique. C’est aujourd’hui le célèbre 15.  Et ainsi en cas d'accident, c'est un médecin qui est au bout du fil. C’est un professionnel qui évalue la situation, et envoie les secours en fonction de la gravité... et des moyens disponibles. Un précurseurs en somme. Le SAMU, c'est aujourd'hui près de 40 millions d'appels téléphoniques par an...

Le concept novateur permet de sauver ainsi des milliers de vies et fait tache d'huile. Et depuis plus de 50 ans l'exemple toulousain est repris dans le monde entier. Pourtant, le Pr Louis Lareng a dû attendre d'être député pour défendre lui-même son projet déjà vieux de près de 20 ans devant l'Assemblée nationale, avec la loi de février 1986, qui a inscrit les Samu dans le marbre.

Car le Pr Louis Lareng le « grand républicain » a compris ce que République veut dire. RES PUBLICA = L’intérêt général désintéressé au service des citoyens. Il s’engage parallèlement à sa carrière médicale, en politique. En humaniste aux valeurs solidement ancrées à « gauche », il est tour à tour dès 1951 conseiller municipal, puis maire (1965-1977) de son village d'Ayzac-Ost, avant d’honorer le mandat de conseiller municipal de la ville rose (Toulouse). Il est élu dans l’Opposition, la ville rose étant à l’époque solidement tenue par la famille Baudis depuis Pierre jusqu’à Dominique. Il est aussi élu député PS de la Haute-Garonne entre 1981 et 1986. Enfin, il est élu conseiller régional PS de 1986 à 1992, en charge des transports. Attaché à sa petite patrie, on lui a proposé plusieurs fois (sous Mitterrand) le ministère de la Santé qu’il a toujours refusé.

Il découvrira à la suite de voyages au Canada, la télémédecine et devient en 1989 le créateur de l’Institut de Télémédecine. Par ailleurs, il soutient la mise en place de l’espace numérique de santé et occupait toujours un poste à l’Agence Régionale de Santé. Sans compter son action en faveur de la Protection civile.

Pour ses confrères toulousains, c'est un monument ô combien respecté et admiré qui s’est éteint et pour le commun des mortels un bienfaiteur d’une Humanité qui a perdu sa boussole.

Avec le Pr Louis Lareng, créateur du SAMU  c’est un des géants de la médecine au XXe siècle qui s’éteint dans une assourdissante indifférence. Et MEDIAPART ne fait pas exception.  

Nous sommes le 6 novembre, il y a 3 jours que ce grand Homme et magnifique exemple issu d’un petit village des confins pyrénéens, orphelin de mère très tôt, élève boursier de l’Ecole de La République (aux temps de sa splendeur) s’est éteint.

Et 3 jours qu’il n’y a toujours pas le moindre article « à la Une » de MEDIAPART. Silence assourdissant. Il est encore temps de corriger cette faute. L’homme dont il est question le mérite tant.

Merci à Dominique Delpiroux (journaliste au quotidien toulousain – La Dépêche du Midi - ) qui a inspiré ce billet d’hommage et d’humeur à la suite de la lecture de son article publié le 3 novembre 2019 : https://www.ladepeche.fr/2019/11/03/le-toulousain-louis-lareng-createur-samu-est-mort-a-96-ans,8520597.php

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