Des vacances apprenantes. Fichez la paix aux élèves M. Blanquer.

La continuité pédago-démagogique est un échec comme l'a reconnu hier soir implicitement le président Macron et le ministre M; Blanquer invente le concept de vacances apprenantes. ne volez pas les vacances aux élèves. Fichez leur la paix !!!

Depuis bientôt 3 ans, notre ministre de l’Education nationale nous aura à peu près tout fait. Mais là, il se surpasse. Voilà qu’il veut faire bosser les élèves qui décrochent pendant les vacances… afin qu’ils puissent retrouver le chemin des bancs virtuels de l’Ecole à distance au temps de la continuité pédagogique…Diantre, sait-il notre ministre qu’il n’y a plus de bancs dans les classes depuis belle lurette ? Dans nos classes pas toujours modulables à loisir, il y a des chaises pour travailler en îlots, parfois…C’est donc en pensant aux îlots, qu’avec toute sa bande d’énarques et de conseillers en tous genres, il a imaginé un concept bien foireux pour sauver les Robinson et autres Vendredi naufragés de la continuité pédagogique. Pardon, démagogique !!!

Quelle idée de génie !!! Bon jusqu’à présent, pas à pas, il est parvenu à grands coups de bulldozers à nous refourguer ses « réformes » bien libérales et bien fadées accrochées à un slogan : L’Ecole de la confiance.  Mais de quelle Ecole parle t-il au juste ?  De l’Ecole avec le parcours(sup) du combattant, véritable aspirateur à profil de Parcoursup ? De l’Ecole capitaliste qui fabrique à loisirs des futurs pions employables ?

La continuité pédago-démagogique est un leurre et est en échec, c'est le président qui le reconnait implicitement

Et l’avant-dernière trouvaille sortie de son sac sans aucune concertation et en prenant les professeurs de vitesse, j’ai cité la bien mal nommé « continuité pédagogique ». A l’usage, nous savons tous (élèves, professeurs et parents, surtout parents, ministres, syndicats, associations de parents d’élèves et depuis hier soir c’est confirmé par le président de la République qui le savait déjà et depuis longtemps...) que c’est une immense catastrophe pédagogiquement parlant. Tiens une petite phrase pas si anodine qui démonte totalement la grande réussite de la continuité pédagogique, pardon démagogique tant vantée par le ministre de l’Education nationale : «Trop d’enfants notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes, sont privés d’école sans avoir accès au numérique et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents, c’est pourquoi nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes.». Alors on en parle de la continuité démagogique ? Vous pouvez donc la mettre à la poubelle votre Ecole à distance, votre Ecole virtuelle, votre Ecole numérique et votre concept de nation.

Double preuve, s’il en est, le ministre de l’Education nationale invente le concept foireux et scandaleuse assimilable à un vol des – Vacances apprenantes - !!! Des cours de soutien durant les vacances. Pourquoi pas aussi tant qu’on y est sucrer les congés-payés des travailleurs !!!!           

Les vacances apprenantes de M. Blanquer © Éducation France
                                                                                                                                                                   

Déjà, en ces temps de pandémie, pas besoin de sortir de l’ENA pour derrière un vernis menteur, on sache tous que la continuité pédagogique concentre dans ses entrailles une logique libérale de rentabilité qui nous mène tout droit vers la naissance d’une machine à détruire des emplois, à bourrer le mou des élèves coincés derrière des écrans à longueurs de journée totalement submergés par des kilomètres d’activités, des montagnes de liens internet, des monticules d’application toutes aussi différentes les unes que les autres qui complètent les cours quotidiens habituels et virtuels, des devoirs en pagaille et grande nouveauté ; le rendez-vous en visio-conférence. Le tout en étant surtout à distance du professeur. Les amateurs de novlangue parlent pour ne pas dire l’idée telle qu’elle est, de cours en « distanciel ». Il parait que le reste du temps, nous autres professeurs sommes en « présentiel »….

La destruction des vacances pour les élèves

Comme la continuité pédago-démagogique est parait-il un grand succès, mais qu’il existe des charrettes entières d’élèves en difficultés, depuis peu, on a droit aux vacances apprenantes. Ah au fait, tant que j’y pense, petite incise, il a aussi sorti de son baluchon, le concept inepte de Nation apprenante qui permet toujours muni d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un smartphone (à la charge des familles bien sur…privatisation rampante des outils d’apprentissage et de travail pour les enseignants à la clé) et d’une connexion Internet, d’accéder à des programmes télévisuels ou radiophoniques pour approfondir ses connaissances. Ça aussi c’est l’Ecole virtuelle, l’Ecole numérique, l’Ecole à distance, bref, l’e-élève du XXI° siècle, il va falloir qu’il soit sacrément connecté. C’est les opticiens et les ophtalmologues qui vont être contents. On n’a pas fini de faire des malvoyants à la pelle. Mais heureusement, il y a les mutuelles sur qui nous pourrons compter pour que les cotisations n’augmentent pas. On peut vraiment leur faire confiance aux mutuelles. C’est comme pour l’Ecole, le maître mot, c’est la confiance.

Les vacances apprenantes, dis-ai-je, en voilà une idée de génie : Non seulement les élèves les plus fragiles ont décroché pendant la bien mal nommée « continuité pédagogique », mais monsieur le ministre et la cohorte de ses conseillers pensent que ces mêmes élèves en grandes difficultés et décrocheurs vont mordre ce coups-ci à l’hameçon, en disant « super, on a même Ecole pendant les vacances !!! ».  Il faut n’avoir jamais enseigné et n’avoir jamais entendu les cris de joie des élèves au déclenchement de la sonnerie, les sourires et vu l’entrain des élèves à passer le portail de l’école, du collège et du lycée lorsqu’à 17h, l’odeur des vacances parvient à leur narine pour imaginer qu’ils vont accepter de bonnes grâces qu’on leur supprime une partie des vacances. Pour les profs vilipendés hier devenus branchés, disponibles et pas loin d’être les meilleurs d’Europe, il y aura une carotte que les plus désargentés prendront pour une aubaine : 6 heures sup payées pour assurer en petits effectifs (10 maximum, comme quoi ça doit avoir du bon les petits effectifs ….) des cours de français et de maths (les autres matières ne servant visiblement pas à grand-chose, notamment dans le technique où la pratique est difficilement faisable en continuité démagogique, pardi). Pour les élèves qui doivent trouver le concept sacrément attrayant (sic), au menu des vacances apprenantes de la 2° semaine des vacances de printemps (jadis de Pâques) cours à distance… Mais à distance de quoi au juste ? Avec quel matériel au juste ? A-t-il déjà été dans des familles modestes pour considérer l’équipement disponible ? . Ah et puis quid de la continuité pédagogique pour les élèves des lycées pro dans les matières à enseignement pratique, ils font comment les élèves ? Le grand prêtre de l’Ecole de la confiance et de l’inclusion, s’est-il posé la question de la continuité pédagogique pour les élèves de plus en plus nombreux qui bénéficient du précieux soutien d’un(e) AESH ? A distance aussi l’AESH ? C’est déjà une sacrée performance pour des payes méprisantes en temps normal aux côtés du ou des (parce que parfois un AESH a plusieurs élèves en même temps), alors à distance…. Et les parents, ils doivent beurrer les sandwichs les parents pour encadrer leurs enfants et assurer ainsi que l’Ecole à distance ressemble à quelque chose ?  Bref, qu’on la nomme Ecole virtuelle, Ecole numérique et tout le ban et l’arrière ban des expressions qui ne veulent pas dire la vérité qui fait mal. Car aujourd’hui, en faisant croire le contraire et sous couvert de vertu sociale et d’innovation, de modernisme, notre ministère de l’Education nationale construit une Ecole sans professeurs, mais avec des animateurs, une Ecole qui engraisse les entreprises du numérique et de l’informatique. Une Ecole à distance qui met à distance plus qu’elle ne rapproche.  Et puis M. le ministre, croyez-vous qu’on combat efficacement les conséquences (décrochage de nombreux élèves en difficultés lié à la rupture pédagogique depuis le 16 mars que vous mal-nommez « continuité pédagogique) en accentuant davantage encore les causes (Ecole à distance qui nécessite un matériel fort couteux et passage au tout numérique avec recours à la visio-conférence  couplés à l’absence physique du professeur et de l’émulation de la classe) du décrochage ? Vous n’avez donc rien compris des raisons qui conduisent à l’échec ou aux difficultés, puisque vous proposez de réutiliser les mêmes outils. Qui va accepter un pareil soutien scolaire pendant les vacances, majoritairement ceux-là mêmes qui poussés par leurs parents pour en faire plus encore n’ont guère de véritables difficultés et ne sont pas classés dans la catégorie « élèves en difficultés ».  Et pour quelques-uns ceux dont les parents n’en ont pas assez du rythme habituel et qui pensent qu’il faut utiliser à 100% le temps pour performer (verbe immonde bien en accord avec les valeurs du capitalisme et du libéralisme et de leur jungle et de l’esprit de compétition qui va avec).  Le toujours plus en somme…                                               

La (dis)continuité n’est pas pédagogique, elle est démagogique !!! Les vacances apprenantes ne sont pas un moyen républicain aux vertus sociales et égalitaires, mais une régression. En vacances, on fait autre chose que bosser.  C’est à nouveau en vous écoutant parler et présenter le concept une nouvelle injonction paradoxale, une de plus.

Entre le président Macron qui se promène d’Est en Ouest avec charlotte, masque et sur-chaussures protectrices, qui va au théâtre le 6 mars et nous dit que la vie continue et qui annonce le 16 mars qu’on est en guerre et en appelle une irresponsable et dangereuse réouverture des crèches, des écoles, des collèges et des lycées (mais pas de l'enseignement supérieur) à compter du 11 mai (voir mon billet ici :  https://blogs.mediapart.fr/christophe-lasterle/blog/140420/covid-19-et-reouverture-des-creches-ecoles-irresponsable-et-dangereux), un ministre de l’Education nationale qui jongle avec les injonctions contradictoires et les chiffres (8% des élèves seraient perdu.es par la continuité démagogique de l’Ecole à distance. Il doit avoir oublié de comptabiliser les élèves des confins du pays et des « banlieue » et ceux des territoires outre–marins…), un sinistre ministre de l’Intérieur (je n’oublierai jamais la répression terrible des manifestants)  et ses pandores auxquels il ne manquait pas une seule matraque, un seul flashball et une seul grenade lacrymogène, un ministre du Travail qui veut « challenger » les entreprises défaitistes, son collègue de l’Economie qui trouve à présent des milliards promis et sortis du chapeau qui était soit disant très très très percé depuis 30 ans déjà.  30 années à devoir supporter des politiques d’austérité, de destruction des services publics et de RGPP qui nous ont conduit au désastre sanitaire que nous vivons. Un désastre qui a un symbole : Les masques. Bref, tout de monde est désormais démasqué. Leurs idées sont mortes. Nous n’en pouvons plus de ce mauvais film.

Pas question de travailler plus

La logique libérale est à l’œuvre partout. Pour la formation, c’est pendant les congés ou mieux pendant les semaines de boulot. La dernière trouvaille à ce sujet pour illustrer mes propos se trouve dans la formation dite –Les communs du numérique pour l’enseignement – qui du 14 avril au 15 juin 2020 propose grâce à des cours en ligne, pardon, des SPOC ou Small Private Online Course de suivre une formation. Alors certes les cours du soir de jadis permettaient aussi de se former après le travail, mais à l’époque, on n’était pas obligé de disposer sur ces deniers personnels d’un outillage ruineux pour se former. Et dire que nous ne sommes qu’au début du chemin…Un petit lien ici : https://plan-numerique.net/2020/03/02/spoc-les-communs-du-numerique-pour-lenseignement/

Travailleur plus, mais rétablir l’Impôt de Solidarité sur le Fortune, non.

En imaginant le concept de vacances apprenantes (soutien scolaire pour remédier à l’échec de la continuité pédagogique), M. Blanquer vous développez l’idée qu’il pourrait être tout à faire normal de travailler pendant les vacances. Vous volez ainsi les vacances aux élèves. Ainsi vous êtes dans la même ligne que Mme Agnès Pannier-Runacher, toute jeune secrétaire d’état à l'Economie, qui il y a peu nous a prévenu qu'il "faudra probablement travailler plus que nous ne l'avons fait avant". Selon elle, "l'enjeu est de reprendre le travail plein pot. ». Un petit lien ici : https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/le-medef-et-le-gouvernement-veulent-que-les-francais-travaillent-plus-apres-le-confinement_3911861.html

Pour les élèves vous sucrez petit à petit sans en avoir l’air les vacances. Et pour les travailleurs, votre gouvernement et le patron du MEDEF commencent à nous bourrer le mou pour nous demander de travailler plus et nous asseoir sur nos congés payés. Bref, vous voulez retourner au XIX° siècle….Ce sera sans moi. Quant aux élèves, ils ont droit  

Rebâtir un monde meilleur et vite

Quand il faut reconstruire un monde sur un modèle radicalement différent que celui qui nous étouffe à petit feu (capitalisme débridé, libéralisme sauvage, paradis fiscaux, évasion fiscale, pollution monstre, ressources dévorées, compétition entre les territoires, les travailleurs à l’échelle planétaire sans aucune règle du jeu commune, rentabilité et profit, PIB, taux de croissance comme seul horizon….) vous demandez à nos élèves de revenir à l’ancien, celui qui mange le temps libre au profit du travail. Non nous ne sommes pas fait pour bosser 8-10h par jour.

C’est un monde plus en harmonie avec les aspirations profondes des hommes, en harmonie avec l’horloge du temps, des saisons, de la nature. Un monde du mieux et non pas du plus.

En proposant du soutien scolaire pendant les vacances, vous volez ce précieux temps à nos jeunes.

M. Blanquer, fichez la paix aux élèves confinés pendant les vacances !!!!

Pour terminer sur une note de musique, ce coups-ci, c’est l’immense Alain Souchon que je vous propose d’écouter grâce à 2 bijoux : - Rame – et – Foule sentimentale -. Des paroles qui apaisent.

Rame, Alain Souchon, collège Otfried Wissembourg © bijoucastafiore

Foule sentimentale, Alain Souchon © Karaoké Lyrics

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