Samuel Paty, multiculturalisme à l'épreuve des faits. Renoncer ou ouvrir les yeux ?

L’Effroi ? Non, le dégoût, la rage, la colère contre le fanatisme religieux, l’obscurantisme et 30 ans de croyance aveugle dans le multiculturalisme de nos élites. Oui la diversité est une richesse, mais l’aveuglement est une démission. Nos libertés reculent, parce que nous les avons abandonnées. Et la Barbarie progresse chaque jour. Va-t-on continuer longtemps vivre les yeux grands fermés ?

L’Effroi ? Non, le dégoût, la rage, la colère contre le fanatisme religieux, l’obscurantisme et 30 ans de multiculturalisme aveugle de nos élites. Oui la diversité est une richesse, mais l’aveuglement est une démission. Nos libertés reculent, parce que nous les avons abandonnées. Et la Barbarie progresse chaque jour. Va-t-on continuer longtemps à dire et écrire pas d’amalgames ?

Samuel Paty a été assassiné lâchement par un jeune réfugié tchétchène de confession musulmane venu trouver asile en France il y a plus de 10 ans avec sa famille et passé par les bancs de l’Ecole de la République. Il est mort victime d'un assassinat sordide (décapitation) pour lui ôter la liberté d'enseigner au pays de Voltaire. Il est mort pour avoir exercé son métier, sa mission d’éveiller l’esprit critique, de former des âmes et des élèves libres de penser par eux-mêmes au pays de la liberté d’expression, de conscience, de culte, au pays de la Laïcité. Je souhaite dire ici tout d’abord combien mes pensées accompagnent sa famille et ses proches endeuillés. Comment peut-on vivre après ?

Au nom de la Liberté d'expression, voilà mon opinion sur ce qui n’est pas qu’un énième simple fait divers, mais le fruit d’une haine profonde des valeurs de notre République, un long aveuglement et une démission des élites.  Le titre des Unes nationales – L’effroi national après la décapitation d’un professeur d’histoire à Conflans Saint-Honorine – en est une démonstration claire. Une nouvelle démission, un nouvel aveuglement, une soumission. Une défaite de la pensée. L’effroi c’est le sentiment de peur extrême ressenti par ceux qui baissent la tête, qui perdent la partie, qui renoncent.

Il parait que la République ne reculera jamais…. Et aujourd’hui, pour montrer sa détermination à réagir à l’odieux assassinat, notre gouvernement annonce l’expulsion de 250 étrangers fichés « S » et même que les établissements scolaires seront désormais protégés à la rentrée.  Mais le ver est dans le fruit. Le champignon dans l’arbre. Et tout ce cirque c’est de la com à moindre coût et des cailloux-Macron pour 2022 car le renoncement à voir certaines causes profondes est trop ancien pour qu’on tombe dans le panneau.

Le renoncement, il a commencé dès 1989 à Creil.

L'Affaire des foulards au collège Gabriel Havez de Creil, 1989 © France 3 Hauts-de-France

 

1989, c’est l’année de la chute du vieux monde de la Guerre froide, de la chute du mur de Berlin, mais aussi de l’Affaire Salman Rushdie. En France, automne 1989,  l’Affaire des foulards (à caractère religieux)  fait la Une des journaux. C’est dans un collège de Creil qu'elle débute en octobre 1989. Ce collège compte 870 élèves, de 25 nationalités différentes, dont 500 jeunes de confession musulmane. 3 collégiennes au nom de leur foi portent un signe religieux distinctif dans un établissement public régit par la Loi de 1905 sur la laïcité. Le principal du collège Gabriel-Havez, Ernest Chenière y voit une atteinte à la laïcité.  C’est ainsi qu’un débat sur le respect de la laïcité est né. Lâché par sa hiérarchie, il devra vivre avec des menaces de morts. C’est ainsi que les murs de son logement de fonction accueilleront de magnifiques tags « Chenier, tu vas mourir, battard !!! ». Dès lors, sous le 2° septennat de Mitterrand et de la Gauche caviar qui a depuis des lustres (1983) abandonné son électorat populaire, la polémique fait rage : Faut-il laisser rentrer l'islam à l'école ? Je me souviens d’une Une d’un hebdo de l’époque (sans doute Le Point de mémoire) qui posait le débat en ces termes.  Quelques semaines plus tard les élites républicaines du Conseil d’Etat ouvraient une porte qui ne se refermera jamais depuis par arrêt qui indiquait que le port du foulard islamique n'est pas incompatible avec le principe de laïcité et laissaient les chefs d’établissements gérer au cas par cas…  1° lâcheté de l’Etat français et de ses élites. Comment se fait-il que 3 adolescentes ont pu faire vaciller la République ? Et que ses serviteurs soient menacés de la sorte ? Lire ici une interview de l'ancien principal en 2019, trente après les faits. C'est édifiant. https://www.leparisien.fr/societe/affaire-du-foulard-de-creil-c-etait-un-lynchage-confie-l-ex-principal-du-college-02-10-2019-8165001.php

A la même époque, l'avocate qui nous a quitté cette année, Gisèle Halimi quittait l'association SOS Racisme dans le contexte de l'Affaire. Elle n'est pourtant pas précisément anti-musulman cette immense avocate. Non, c'est au nom des droits des femmes qu'elle est en désaccord avec la ligne de SOS racisme (dirigé alors pas Harlem Désir) qui soutenait les 3 collégiennes.

1989 : L'avocate Gisèle Halimi s'oppose au voile islamiste | Archive INA © INA politique

 

En 2003, Jacques Chirac, président de la République de l'époque, 1 an après son élection au 2nd tour de la Présidentielles face à Jean-Marie Le Pen constitue un groupe de réflexion sur l'application du principe de laïcité dans la République et notamment à l’Ecole : C’est la Commission Stasi. Il suit les recommandations de celle-ci et lance la rédaction d'un projet de loi interdisant les signes religieux ostentatoires dans les écoles publiques françaises. En 2004, cette loi est votée et adoptée par l'Assemblée nationale, et entre en vigueur dans les écoles françaises. La Gauche bien-pensante écrabouillée par l’échec de Lionel Jospin en 2002 crie au scandale. Ralliée qu’elles étaient au multiculturalisme, à l’anti-racisme (qui ne le serait pas ?) et à la religion de la diversité comme programme de société sans même réfléchir aux conséquences sociales, culturelles, spirituelles et politiques que cela engendrerait.

Au feu les mises en garde et les vérités qui dérangent.

La réalité c’est que nos élites ont préféré nous demander de regarder ailleurs. Elles ont préféré mettre un voile sur les statistiques et au placard des sociologues qui osaient aborder la question migratoire à bras le corps. Pour s’en convaincre, il suffit de penser à Michèle Tribalat alors directrice de recherche à l’INED qui a publié des ouvrages clés tels : Assimilation, la fin du modèle français ; Statistiques ethniques, une querelle bien française ou Les yeux grands fermés. Les médias bien-pensants finissent par la cataloguer voire la classer à l’extrême droite afin de la décrédibiliser. 2° lâcheté des élites. Elle avait eu le tort de documenter statistiques à l’appui la question de l’immigration et de la religion. Sur ces questions-là, les condamnations et les anathèmes tombent immédiatement pour ceux qui ne sont pas dans le « ligne officielle ». Il faut dire que l’électorat du FN grossit à vue d’œil. Ces questions sont t-elles trop sensibles pour être sérieusement débattues dans notre pays ? On a préféré faire appel à la magie des mots et espérer qu'elle opère : Le vivre ensemble est devenu un mantra. Michèle Tribalat nous avait pourtant mis en garde contre pareil mépris. Et l’auteur britannique Christopher Cadwell nous mettez lui aussi en garde contre les effets sociaux, culturels, spirituels et politiques que l’on ne veut pas voir. Son livre – Une révolution sous nos yeux : Comment l’Islam va transformer la France et l’Europe – paru en 2009 n’a été édité en France qu’en 2011 après plusieurs refus de grandes maisons d’édition françaises. Ah j’oubliais, lui aussi c’est sans doute un dangereux extrémiste. Ces références sont rances. Elles puent la haine de l’autre. L’argument est imparable… afin d’enterrer le débat. Et puis quelques lectures utiles annoncent le danger qui est là.

Jean-Pierre Obin - Comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'Ecole -

Bernard Rougier - Les territoires conquis de l'islamisme -

Hugo Micheron - Le djihadisme français, quartiers, Syrie, prisons -

Au placard le rapport de l’IGEN qui dérange. Culture du déni et du pas de vagues…

Plus près de nous, l’excellent rapport Obin sur - Les signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires - a à nouveau fait œuvre utile pour aussi sec être mis au placard pour des vérités qu’on ne veut pas voir, pour taire et interdire le débat de fond. 3° lâcheté de l’Etat et des élites. Et de la Société toute entière. Il est accessible sur le site de l'Education nationale en suivant ce lien : https://www.education.gouv.fr/les-signes-et-manifestations-d-appartenance-religieuse-dans-les-etablissements-scolaires-8888

Pas de vagues, surtout pas de vagues pour ne pas faire monter l’électorat frontiste. Que mettait-il en lumière ce rapport remis à François Fillon en juin 2004, mais bloqué par le ministre avant que la ligue de l’Enseignement (pourtant pas vraiment suspecte de xénophobie, racisme et autre islamophobie) ne le mette en ligne en mars 2005 ? Il comportait une alerte majeure devant les atteintes profondes envers la laïcité des jeunes élèves de confession musulmane et une désaffiliation nationale d’une partie sans cesse croissante des élèves de confession musulmane. Jean-Pierre Obin principal rapporteur du rapport est accusé de mensonges y compris dans les rangs de l’IGEN et parfois à mots feutrés d’islamophobie par le milieu qui est en plein déni. Il pointait du doigt des atteintes à la laïcité sous toutes ses formes et notamment vestimentaires et sous la forme de contestations par les élèves de cours de SVT, d’EPS et d’histoire ou EMC. Contestation des cours d’histoire et d’EMC, déjà….Il montrait aussi que l’enseignement laïque du fait religieux en cours d’histoire et d’Education morale et civique heurtait les Eglises et les establishments religieux qui entendant enseigner la religion eux-mêmes et donc à leur manière comme une Révélation incontestable et non comme un fait culturel. Oui le rapport Obin était une alerte majeure du danger que représente pour l’Ecole de la République les atteintes au principe de laïcité. Mais depuis plusieurs années, on a franchi un seuil inacceptable, un point de non-retour avec des attentats (2015) et un assassinat par décapitation de Samuel Paty. Plus récemment, l'ouvrage dirigé par l'universitaire  Bernard Rougier - Les territoires conquis par l'islamisme - documente le phénomène.

2015, la République, ses valeurs et ses enfants terrorisés dans une retentissante vague d’attentats.

En 2015, 15 ans après la fin du Service militaire dont on mesure aujourd'hui combien ce fût une erreur monumentale, tant il était un véritable creuset, 10 ans après les émeutes des banlieues de 2005, 20 ans après la vague d'attentats islamiques de 1995 et la parution des – Territoires perdus de la république -  qui avait du bruit à l’époque, pour mieux être stigmatisé par les bien-pensants, 3 ans après les tueries de Montauban et de Toulouse,  la rédaction de Charlie Hebdo est anéantie par des fanatiques qui rejettent la liberté d'expression d'un journal satirique français. La même année, en novembre, à la suite d’attentats suicides ce sont des hommes et des femmes libres qui perdent la vie à la terrasse de café, bars et restaurants parisiens et à la salle de spectacle du Bataclan. Deux ans après la tragédie Guillaume Valette, survivant du Bataclan n’ayant jamais retrouvé la paix intérieure s’est pendu. Indemne physiquement, mais atteint d'un sévère état de stress post-traumatique, il s'est pendu le 19 novembre 2017, dans sa chambre de la clinique psychiatrique du Val-de-Marne où il avait été admis un mois et demi plus tôt. Il avait 31 ans. En 2016, c'est le père Hamel qui est égorgé. Et aujourd'hui, quelques mois seulement après la dramatique Affaire Mila, en 2020, c'est un de mes (nos) collègues professeur d'histoire qui est décapité. Samuel Paty avait mon âge et faisait le même métier que le mien. Nous enseignions la même matière. C’était aussi un père de famille, une famille désormais  brisée par le fanatisme et l’abandon devant la vindicte populaire alimenté par les réseaux sociaux et le manque d’une hiérarchie qui n’a pas su protéger un collègue menacé pour avoir assumé sa mission.  Abandonné à lui-même par la hiérarchie et par une société qui méprise les enseignants à un degré tel que tous les sondages réalisés auprès de la profession attestent d’un raz-le-bol et d’une usure de plus en plus prématurés. A ce sujet, l’excellent billet rédigé il y a peu par Cédric Maurin est ô combien salutaire et essentiel.  A lire ici : https://blogs.mediapart.fr/cedric-maurin/blog/171020/samuel-paty-l-emotion-legitime-doit-succeder-la-mobilisation-de-la-societe

La presse et un sens inné pour ne pas dire le vrai.

A la lecture des Unes de la presse de samedi, l’atroce et lâche assassinat par décapitation de notre collègue Samuel Paty ne susciterait que de l'effroi et de la peur. Non ce n'est peur qu'il faut avoir, mais du dégoût, de la colère, de la rage. Non ce n'est pas de l'effroi (national ou du monde enseignant) que je ressens. Toutes les gazettes font des choux gras et reprennent à loisirs cette expression qui ne dit pas le vrai. Non ce n'est pas un sentiment de terreur, de peur, non, ce qui me vient au cœur, c'est une terrible colère, une envie de gueuler mon dégoût devant un acte qui ne mérite aucun pardon. Pour lequel je ne veux trouver aucune explication susceptible de trouver des circonstances atténuantes à cet acte prémédité.  Non messieurs les politiques et les médias, votre formule « effroi » ne convient pas.  Samuel a vécu assurément les derniers jours de sa vie abandonné par sa hiérarchie qui aurait dû (au sens de devoir) lui assurer une protection au nom de la liberté d’expression. Mais voilà, les professeurs si méprisés sont jetés en pâture et au mépris d’une part trop significative de la Société. L’Etat, quant à lui, est incapable de défendre ceux qui sont en première ligne face à l’obscurantisme, le fanatisme et le rejet disons le tout net de notre République, de ses valeurs et notamment celle de la laïcité et de la liberté. N’avait-il pas porté plainte ? Ne se savait t-il pas menacé ? Qu’a fait l’Etat français, les services du Ministère pour défendre et protéger un des siens ? Rien ou presque, en tous cas trop peu de choses pour protéger Samuel et avec lui le corps enseignant.  Des mots, des mots, toujours des mots. Mais c’est aux actes qu’on juge de l’engagement des hommes. Etre accueilli dans un pays avec le statut de réfugié, c’est aussi sans renier ses valeurs personnelles, accepter les valeurs essentielles de la communauté qui t’ouvre les bras, car le statut de réfugié a un coût pour la communauté. Refuser et combattre ces valeurs-là, c’est trahir la confiance accordée par la société qui accueille.

La nouvelle religion du multiculturalisme et de l’hyper tolérance

 La religion du multiculturalisme pour reprendre une expression du québécois Mathieu Bock-Côté (lui aussi classé à l’extrême droite par ceux qui vivent les yeux grands fermés) c’est encore et toujours une façon de détourner le regard et de ne pas affronter les problèmes. Car oui les valeurs sur lesquelles se fondent (imparfaitement) notre société sont attaquées de plein fouet depuis trop longtemps déjà. Cela fait 30 ans qu'on vit dans notre pays les yeux grands fermés face à une lente vague de fond du rejet des valeurs sur lesquelles s'est construit notre société française et en premier lieu la liberté d'opinion et d'expression qui en démocratie génère un débat. 30 années que nos élites politiques nous trahissent et nous bassinent avec le multiculturalisme qui serait l'Alpha et l'Oméga de la société de demain. Or cette idéologie se fonde sur le devoir d'inversion du désir d'intégration. S'assimiler, s'intégrer à un imaginaire collectif, s'inscrire dans la continuité historique du peuple, de la Nation qui accueillent, c'est une exigence fondamentale. Or le multiculturalisme renverse cette exigence fondamentale et de devoir d'intégration avec. C'est ainsi que c'est à la société d’accueil de déconstruire son imaginaire, ses références, ses valeurs et qui doit réformer, bouleverser ses habitudes, ses attitudes, ses mentalités, exigences pour accommoder celles-ci aux exigences de la diversité (ici religieuse). Les québécois nomment cela - les accommodements raisonnables - c'est en fait une démission en règle. Un renoncement à se défendre.
Au final, la société d'accueil a pratiquement l'injonction de fermer les yeux, n'est plus autorisée à  se poser la moindre question. Elle n'est plus qu'une communauté parmi d'autres que les nouveaux venus peuvent intégrer et désintégrer à loisirs sans la moindre nécessité d’en comprendre et assimiler les valeurs.
Notre pays en est arrivé à force de lâche aveuglement à devoir déconstruire son passé, à la mettre à l’échafaud, sur la guillotine, à démolir le concept d'Etat-Nation et plus encore à neutraliser les valeurs et les symboles du groupe majoritaire (ici, la population de culture judéo-chrétienne) le plus ancien. L'ancien est considéré comme pourri. Et je sais ô combien notre peuple s’est constitué de l’apport de vagues migratoires. Ma grand-mère paternelle est d’ailleurs née aux Etats-Unis à Philadelphie. Je ne supporte d’ailleurs pas l’expression « français de souche ».

Pourquoi débattre ? Il n’y a aucun problème puisqu’on vous le dit.


Et derrière l'idéologie du multiculturalisme, il y a absence totale de débat public. S'opposer à cette idée, c'est encourir immédiatement les mots indiscutables, les anathèmes : Xénophobe, Raciste, facho, Dérives identitaires, Colonialiste et suprême insulte, Islamophobe..... Des mots qui ne sont mêmes plus utilisés pour ce qu'ils veulent dire histoire d'empêcher tout débat. Exiger un débat sur cette question-là c'est pour les élites qui nous l'imposent, aller contre-sens de l'histoire des peuples qui courent au sprint et avec délices vers une humanité heureuse, partagé des mêmes valeurs (marchandes avant tout bien entendu). C'est oublier les leçons de l’anthropologie. Et j'irai plus loin, c'est une façon de dire "A bas les valeurs communes, la culture commune et les références partagées". C'est dire aussi "Vive l'immigré qui apporte tant au pays, le réfugié", c'est aussi et de plus en plus surtout dire "Au pilori l'Homme blanc de type européen de culture judéo-chrétienne" rendu responsable de tous les malheurs du Monde. On devrait passer notre temps à nous flageller pour les moments délétères de notre histoire. A force de nourrir la repentance permanente de l’Homme blanc pour reprendre Pascal Bruckner, on finit par montrer en permanence les heures sombres de notre histoire. Comment dès lors les jeunes générations et en premier lieu celles issues de l’immigration peuvent t-elles voir en la France autre chose qu’une Nation et qu’un peuple qui ont humilié leurs ancêtres ? Comment s’insérer dans un avenir commun ?
Et pour la Gauche principalement (et ça me coûte de l'écrire croyez-moi) du PS, à la FI et aux Verts, c'est « fini la Révolution, la lutte contre les abus du capitalisme, la défense de la République et ses valeurs et la défense des ouvriers et des petites gens », mais « c'est au Panthéon les minorités ethniques et religieuses, les nouveaux venus et à bas la civilisation occidentale judéo-chrétienne ». La lâcheté et le déni des Politiques sont lamentables. Leurs prises de positions aujourd’hui tout autant que celles d’hier n’oblitèrent pas leurs démissions antérieures et futures. De la Com’ de circonstances pour laquelle Jean-Luc Mélenchon parle d’unité pour mieux mettre sous le tapis son aveuglement. Fidèle à lui-même, comme il y a peu quand il parlait de « créolisation ». Idem pour le PS.  Au final, se soucie t-on de savoir ce que veut la société autochtone ? Jamais. Ceux qui ne sont pas d’accord avec le triptyque : Il n’y a pas d’immigration de masse depuis des années. L’immigration, c’est la diversité, donc un bien fait. Et il est interdit de discuter de la chose ou de s’opposer. Sont tout de suite taxés de tous les noms d’oiseaux.

La loi de 1905, c’est devenu un problème alors que c’est la solution.

Et je précise que je suis heureux de vivre dans un pays qui a voté la Loi de 1905 qui offre la liberté de conscience et à chacun la possibilité de croire, de ne pas croire ou de douter. Mais absolument pas le droit de rejeter, pire assassiner au nom de la religion qui est la sienne. 2015, c'était une tragédie qui a coûté la vie à plus de 250 personnes pour des raisons identiques.  2020, une autre. Il existe une valeur clé que je partage avec une foule de gens et qui doit être le ciment de notre pays, c'est l'attachement à la laïcité. Une laïcité qui présida dès 1905 dans un contexte tendu et avec l’immense apport des philosophes des Lumières, à la naissance de la République (la III° d’alors). Cette valeur a ô combien besoin d'être affirmée et défendue comme valeur essentielle dans notre démocratie qui se meurt à petit feu. Moi qui suis non croyant, je respecte la foi chez les autres. En outre, depuis 1881, le délit de blasphème n'existe plus en droit français républicain. Et c'est celui-ci qui doit s'appliquer avant tout. En outre est-il important de rappeler qu'on ne trouve nulle part trace dans le Coran d'une quelconque interdiction de représenter la prophète. Il existe un islam libéral et il est grand temps de confronter l'Islam à la pensée critique, d'interpréter le Coran avec le regard de la société moderne du XXI° siècle.

Vive la politique de l’autruche. Surtout pas d’amalgames.

 Arrêtons de fermer les yeux, de baisser les yeux, la tête et de refuser de voir le danger. Car on va encore nous raconter que c'est l'acte d'un déséquilibré ou d'un type qui a été provoqué par un enseignant qui a blasphémé un Dieu. Non, non et non, c’est l’acte politique d’un homme dont les valeurs spirituelles et politiques sont incompatibles avec la terre d’accueil dans laquelle il a trouvé refuge. Le rapport Obin (courageux) nous ouvrait les yeux. Il est temps de se replonger dedans, car nous ne faisons plus société et notre Ecole et à travers elle, notre pays s’enlise l’abandon de lui-même, dans la soumission.  Et à ce titre, il est contre-productif de catégoriser un Michel Houellebecq et un Laurent Obertone comme des types qui alimentent le discours de haine du FN devenu RN. Ils alimentent à leur façon le débat de fond que nos élites éludent et que les médias interdisent. Mais aujourd’hui il n’y a plus de débat, or c’est pour former ses élèves à la liberté d’expression que présuppose les débats que Samuel Paty a trouvé la mort aux alentours du collège dans lequel il enseignait. C’est insupportable. La démocratie suppose le débat et donc la liberté d’expression.

Les enseignants sont abandonnés depuis des lustres et la haine anti-républicaine s’installe profondément dans notre pays. Il faut une réaction vive à la hauteur des enjeux. Car le pays est en danger de mort lente. Si les libertés reculent, c’est que nous les avons lâchement abandonnées en refusant d’ouvrir les yeux sur les problèmes qui surgissent depuis des années dans notre pays. Va t-on continuer longtemps sur le registre - Pas d’amalgames surtout – et -  Fermez les yeux braves gens - ?

Les dangers de la haine de soi et la repentance permanente.

Et je terminerai par un titre emprunté au regretté Bernard Maris – Et si on aimait la France ? – Et si on aimait aussi l’Ecole et si retrouvait de l’estime et du respect pour les professeurs ?  Il est urgent de la faire, mais très très au-delà de la simple émotion et de quelques rassemblements pour dire #Je suis Samuel et #Je suis professeur. Je rentre tout juste de la Place du Capitole à Toulouse. Elle était pleine. Une longue, très longue minute d’applaudissements a rendu hommage à Samuel et la Marseillaise a retenti. Mais ce ne sera pas suffisant pour lutter contre un mal beaucoup plus profond que l’acte d’un fanatique qui haïssait le ciment de notre République : la liberté d’expression et la laïcité. Il est urgent de cesser cette permanente auto flagellation, cet auto-dénigrement qui offre aux nouveaux venus une image ô combien terne d’un peuple et d’un pays qui les accueillent. Tandis que les français natifs (si je puis dire ainsi) perdent confiance en eux, les élites françaises vivent « ailleurs » dans un entre soi et totalement hors sol tout en vantant un imaginaire qui se construit sur le culte de la diversité et un « vivre ensemble » qui ne les engagent jamais en rien, puisqu’ils préconisent, sans toucher du doigt les réalités quotidiennes. Nous passons notre temps à nous coucher de façon préventive au nom du politiquement correct. Nous passons notre temps à mettre au tribunal de l’Histoire notre histoire récente. Les 2 guerres « mondiales » du XX° siècle ont dévastées notre pays, les génocides juifs et tsiganes ont mis en exergue la responsabilité de l’Etat français dans l’innommable. Par la suite, les crimes de la colonisation ont été mis en exergue par le salutaire processus de décolonisation. Les crises sociales et économiques ont rajouté leur couche à ce processus de sédimentation lente qui insiste tant sur les heures les plus sombres de notre Histoire nationale. Et s’il n’est pas question de les nier, c’est une logique de moralisation permanente qui s’est profondément engagée et qui divise les français en 2 camps, comme si il n’y avait que 2 possibilités unies par un sociocentrisme négatif permanent. Idéaliser l’Autre et se déprécier. Et nous abandonnons ce que nous avons de plus précieux : La liberté d’expression.

Démerdez-vous…

Et on laisse les courageux se démerder comme ils peuvent. Ce lâche abandon est une honte pour notre pays. Et si nous continuons à ne plus nous aimer, à refuser l’évidence, nous mourrons nous aussi désarmés devant le fanatisme, l’obscurantisme que nous avons laissé entrer dans notre maison, notre pays, notre Ecole. Le seul moyen de parvenir à revenir sur le chemin de tolérance, c’est la sécularisation dans le respect strict de la laïcité et des lois de la République. Pour cela les Institutions doivent cesser de fermer les yeux, de promouvoir le pas de vagues, oser le débat public et que nous relevions la tête au lieu de nier les évidences. En même temps, quand nous la levons dans la rue, c’est trop souvent à grands coups de gaz lacrymogènes et de matraques que nous sommes rappelés à l’injonction de la fermer. Et c’est insoutenable de savoir qu'en guise de choix nous avons un « démerdez-vous «  pour faire face aux problèmes que le rapport Obin a bien mis en exergue, un « fermez vos gueules » pour éteindre la contestation sociale qui est nourrie avant tout de pauvreté et de crise économique ou un « rentrez chez vous et mettez-vous un tissu sur la figure » pour lutter contre une pandémie vis-à-vis de laquelle l’Etat est en faillite et nous abreuve de mensonges et de discours stigmatisant et basés sur la peur.  Croyant que la liberté, la tolérance (la laïcité) et l'égalité sont des acquis, nous avons abandonné partout nos luttes pour leur préservation et quand on les revendique, l'Exécutif envoie les forces de police qui nous tapent sur la gueule parce que l'Exécutif veut un peuple soumis et il l'a obtenu. Un masque sur la gueule et un couvre-feux en prime pour faire plus festif. Il est grand temps qu’au même titre que pour les personnels soignants l’Etat français cesse de mépriser les personnels enseignants.

La sécularisation des sociétés française et européenne et l’Islam

Au lieu de faire une sortie en vélo pour évacuer ma colère et profiter d’un premier dimanche ensoleillé, j'ai filé dans la ville rose place du Capitole hier après-midi pour marquer ma solidarité envers Samuel Paty et tous ceux qui veulent faire leur métier debout. Mais aussi non parce que j'éprouvais de la tristesse ou de l'effroi comme nous le balancent les journaux, mais de la colère, de la rage... La place du Capitole était pleine, mais c’était bien peu pour un tel motif, un tel évènement. Une minute d'applaudissements (qui s'est transformée en plusieurs minutes) a fait suite à un discours inaudible devant l'entrée du Capitole avant que des Marseillaises ne naissent çà et là. Mais il n’y avait pas de révolte. L’impression que nous étions à un véritable enterrement. Le mal est très profond. Il a déjà 30 ans et il se nomme renoncement et religion du multiculturalisme. Notre peuple ne s'aime pas et on ne cesse de lui rappeler que les exigences de l'intégration n'existent plus et que c'est à lui par des "accommodements raisonnables" à tout déconstruire de ses habitudes, de sa culture, de ses mentalités, de ses valeurs pour faire de la place à tout ce qui symbolise la nouveauté. 30 années de reculade en reculade, sans aucun débat depuis l'Affaire du voile au collège de Creil. Et une immense responsabilité de la "Gauche bien-pensante" vautrée dans la nouvelle religion du multiculturalisme et de la diversité. Tous ceux qui pensent autrement sont immédiatement taxés de réacs au mieux, de racistes, islamophobes et je ne sais quoi d'autres au pire. Sans débattre du fond. Et donc de la capacité de l’Islam religion à intégrer les valeurs profondes et les Lois de la République. L'espoir demeure car il existe un islam libéral capable d'assimiler les lois de la République et de nombreux fidèles.

Mais l'Islam s'oppose aussi intrinsèquement au mouvement de sécularisation de nos sociétés, aux droits des femmes (donc à l'Egalité), à l'Athéisme (donc à la liberté), à l'homosexualité (dont à la liberté) et à la laïcité (donc à la tolérance).

Quant à l'islamisme  dérive d'un Islam idéologique et passéiste (depuis  la naissance des Frères musulmans en Egypte dans les années 20, en passant par le mouvement Tabligh né en Inde à la même époque, en passant par la Révolution iranienne en 1979, la révolution salafiste, puis la guerre civile en Algérie qui fait émerger en France le courant salafiste, dont sont issus nombre de terroristes islamistes et le djihadisme), et il faut bien distinguer musulman et islamiste, il attaque frontalement la République en tant que régime politique, nos principes (République démocratique, indivisible et laïque), nos valeurs et notre mode de vie, la modernité occidentale, le processus de sécularisation à l’œuvre dans les sociétés européennes. On me rétorquera que si le Christianisme l'a fait avec son ralliement à la République progressivement de la fin du XIX° siècle aux années 1920, l’Islam le fera aussi. Mais les « catholiques » les plus ultras n'ont depuis le ralliement jamais basculé dans le fanatisme et l’obscurantisme tel qu'on le voit à l'œuvre aujourd’hui à grands coups de Kalachnikovs, d’explosifs et de couteaux pour anéantir les valeurs communes de la République et ceux qui les partageaient. Et ces victimes sont de plus en plus régulières, nombreuses et c’est insoutenable. Les "cathos" n'ont jamais eu la haine absolue et viscérale de la République laïque. Je n'ai qu'un dieu, c'est ma conscience et je ne porte pas au nom de ma liberté de tenue vestimentaire particulière pour monter à mes contemporains que je vénère ma conscience et surtout je n'emmerde pas mon voisin s'il me fout la paix parce qu'il n'a pas la même croyance ou incroyance que moi. Liberté, tolérance, fraternité, égalité, laïcité. Dans n'importe quel ordre, mais les 4 à la fois.  La sécularisation est la voie de la sagesse, de la raison et de l'avenir commun. Je n'en vois pas d'autres. Car je ne peux me résoudre à l'idée qu'il y aura d'autres de Samuel Paty.

Pour toi Samuel

En guise d’hommage à Samuel, je voudrais réécrire ici le beau poème de Louis Aragon – La Rose et le Réséda – qui parle la liberté qu’il chérissait assurément et pour laquelle il est mort.

« La Rose et le Réséda »

À Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du cœur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel                                                                                                                                                                                               A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
A la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon, « La Rose et le Réséda », mars 1943.

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