Peillon et les vacances des profs, le mépris

Ça y est la sentence est tombée, le nouveau ministre de l’Education nationale, M. Peillon a décidé qu’il fallait allonger le calendrier scolaire en y ajoutant 2 semaines de travail supplémentaire en été.
BFM Politique : l'interview de Vincent Peillon par Olivier Mazerolle - 24/02 © BFMTV
BFM Politique : l'interview de Vincent Peillon par Olivier Mazerolle - 24/02 © BFMTV

Ça y est la sentence est tombée, le nouveau ministre de l’Education nationale, M. Peillon a décidé qu’il fallait allonger le calendrier scolaire en y ajoutant 2 semaines de travail supplémentaire en été. Il s’exprimait hier dimanche 24 février sur les antennes de BFM-TV. A écouter et voir ici : http://www.bfmtv.com/politique/rythmes-scolaires-peillon-preconise-six-semaines-vacances-dete-deux-zones-456550.html  . Décidément, les idées ne manquent pas pour mettre les profs à l’ouvrage. Mais, sait-il cet ancien enseignant que de mon côté, c’est la 11 juillet que j’ai pris mes vacances. En effet, j’ai, comme depuis, 6 ans maintenant, le privilège d’être correcteur des épreuves écrites de l’antique « bacho » napoléonien et d’être de jury des épreuves du second groupe, en clair de faire passer les oraux. Bref, c’est déjà le cas M. le Ministre, début juillet, je bosse encore....

Il y a peu, c’était la « reconquête du mois de juin » qui était dans toutes les bouches, aujourd’hui, c’est juillet.

La grande réforme de l’éducation nationale, c’est tous les 5 ans qu’on y a droit !!! Combien de corps de métier ont droit à ce traitement misérable ? Depuis 2006, 3 magnifiques propositions sont apparues, mais aucune ne parle de « pédagogie », non, c’est le temps de travail des profs qui est pointé du doigt. Sous couvert de réduire la journée de classe des élèves (idée nécessaire que je partage, à condition, qu’il n’y ait pas de devoir à la maison, en dehors des classes d’examens bien entendu), le maigre temps de travail des professeurs est systématiquement stigmatisé. RAZ le BOL !!!

25H/ semaine (+ 40% de temps de travail devant les élèves) pour 500 € de plus ...... solution SARKOLEON proposée il y a peu durant la campagne pour les présidentielles 2012

35h/ semaine dans le bahut....... solution ROYAL proposée il y a peu durant la campagne pour les présidentielles 2007

2 semaines de congés de moins..... solution PEILLON

Pour avoir un aperçu de l'image véhiculée par le corps enseignant dans la société, la vidéo "off" de Ségolène Royal en 2006 est un chef d'oeuvre. La preuve, pendant que Mme Royal débite son argumentaire sur "les profs 35h au collège" et "comment se fait-il que les profs aillent travailler dans les entreprises privées type Aca-machin et qu'ils n'aient pas le temps de travailler gratuitement pour faire du soutien scolaire... ? " ( c’est à écouter ici : http://www.dailymotion.com/video/xm4ph_profs-segolene-en-off_school), on voit et entend un paquet d'imbéciles qui rigolent et balancent toute leur morgue sur le corps enseignant. Cette vidéo est à vomir... Mais l’ex président fâché avec l’Ecole (où il n’avait pas fait des étincelles) avait déjà sa solution magique. Elle consistait en « un travaillez plus pour gagner moins ». Le ministre actuel (Peillon) nous sort la même rengaine… « Bonnet blanc, blanc bonnet » disait le communiste Jacques Duclos en 1969 pour juger des différences entre Alain Poher (centriste) et Georges Pompidou (gaulliste), candidats aux présidentielles. 44 ans après, rien n’a changé…

Finalement, l'Echec scolaire = l'entière responsabilité des profs (cette caste de privilégiés trop bien payés). En les mettant enfin au travail, les choses vont changer. Combien de corps de métier dont le recrutement se fait à bac +5 à la suite d’un concours difficile (n’en déplaise aux charlots qui parlent sans savoir) ? Au passage, le fameux « point d’indice de la fonction publique » qui sert à calculer notre royal salaire est gelé depuis juillet 2010. Bientôt 3 ans… Nous sommes des privilégiés, pas de doute la dessus.

Raz le bol de voir que notre belle profession qui faisait dire à Victor Hugo : "Ouvrir une école, c’est fermer une prison » est si mal menée !!!

Je ne peux que réagir d'instinct.

Pour finir combien de gens savent si l'on en croît ce lien ici : http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2010/11/05/2293608_les-enseignants-sont-payes-10-mois-par-an-depuis-1950.html qu’en vertu d’un décret datant de 1950,  le salaire des enseignants est calculé sur la base de 10 mois (vacances d’été pas payées), mais annualisé sur 12. Ce  qui expliquerait que les enseignants sont les seuls fonctionnaires à pouvoir travailler l’été à condition que cela soit dans le milieu associatif ou agricole ?

Et en 2000, lorsque le PS a voté la LOI sur les 35 heures, a-t-elle été appliquée au corps enseignant ? Que nenni. Parce que n’en déplaise aux grincheux, enseignant en 3°, 2° et Terminales (programmes tout nouveau cette année), c’est pas 18 heures que je fais par semaine. Les heures, je ne les compte pas.

Et tout en sachant la réalité de la lourdeur de la tâche de nombreux corps de métier ô combien écrasante. Etant fils de commerçants (restaurateur-traiteur et pâtissier), je sais depuis des lustres que mes parents ne comptent pas leurs heures, mais faire passer comme Mme Royal (et l’ensemble de la population) les profs pour des « vacanciers permanents », c’est une véritable insulte à ce beau métier. Car oui, mais élèves pourraient attester des soirées entières passées à poursuivre ma tâche auprès d’eux, via les TICE, ma compagne pourrait vous dire combien je suis un peu « ailleurs » lors des repas. C’est sur le bout des doigts que nous comptons en semaine, les soirées passées côte à côte. Le plus souvent, c’est mon BUREAU qui est l’annexe de ma salle de classe qui accueille mes soirées. Faîtes donc un sondage auprès des épouses, époux, compagnons, compagnes, moitiés…. des professeurs pour savoir leur temps de travail.

Pour avoir une idée des salaires et de leur évolution, il suffit de se pencher sur le Rapport de l’OCDE sur l’Education publié en septembre 2011. Bilan des opérations ?

- Des enseignants français parmi les moins payés en rapport de la moyenne OCDE

- Le salaire des enseignants a augmenté en valeur réelle, dans la plupart des pays de l’OCDE entre 1955 et 2009. La France et la Suisse font exception. Les salaires y ont diminué durant cette période.

- Il faut à un enseignant français en moyenne 30 ans d’ancienneté pour accéder au niveau maximum de l’échelle de rémunération

Bref, reportez-vous à ce rapport pour vérifier. NON les enseignants français ne sont ni des privilégiés, ni bien payés. Aujourd’hui, c’est le MEPRIS permanent, la STGMATISATION de tous les instants.

Oui, je suis favorable à une réforme de l’éducation. Oui, je suis favorable à travailler 35 heures dans mon établissement. Oui, il faut bousculer les habitudes.

Mais il faut que cela se fasse nullement « sur le dos » des profs. C’est toute l’architecture des établissements scolaires qu’il va falloir repenser. Je suis d’accord pour faire TOUT mon boulot dans mon « bahut » et faire de celui-ci une sorte de « ruche », cela favoriserait incontestablement le travail en équipe. Mais on bosse où ? On bosse avec quoi ? En ce qui me concerne, j’ai besoin d’un bureau, de mes bouquins, revues achetés à mes frais d’ailleurs et d’un outil informatique personnel acheté lui aussi à mes frais.

Bref, ce n’est pas la lune que je demande (on), non.

  • C’est de vraies conditions de travail à l’heure où aucun établissement n’est capable de les offrir à son corps enseignant.
  • C’est un regard juste sur une belle profession vilipendée injustement sur laquelle il est bien facile de faire peser la responsabilité de l’échec de nos enfants.
  • C’est un minimum de respect dû à notre belle mission. Pour rappel, n’est-ce pas aux enseignants que nous autres parents confions 1/3 du temps journalier de nos enfants pendant près de 15 années ?

Pour ne pas désespérer de ce métier, il m’arrive de regarder le beau film de Nicolas Philibert, Etre et Avoir, il m’arrive d’écouter Georges Brassens chantant – La Maîtresse d’école - ou Hugues Aufray chantant – Adieu M. le Professeur - (à écouter ici : http://www.google.fr/#sclient=psy-ab&hl=fr&safe=off&q=Hugues+Aufray+M.+le+professeur&oq=Hugues+Aufray+M.+le+professeur&gs_l=hp.12...1976.14126.0.15517.30.23.0.7.7.0.260.3275.0j19j2.21.0...0.0...1c.1.4.psy-ab.6v5hf3eFsU4&pbx=1&bav=on.2,or.r_gc.r_pw.&bvm=bv.42768644,d.d2k&fp=8966d023e55150d1&biw=926&bih=553 ) et puis, il y a ma passion pour les matières (histoire-géographie(éducation civique) que j’enseigne modestement, mais consciencieusement et sans compter et surtout il y a les élèves que j’ai l’impression d’aider à devenir des « hommes » et des « femmes » debout.

Pour le reste, je n’attends plus rien que du mépris de mes ministres de tutelle. C’est bien plus simple d’avoir un « os à ronger » que de tendre la main et construire un avenir en commun.

Victor HUGO disait jadis « Ouvrir une école, c’est fermer une prison »

Jean JAURES quant à lui aimait à dire : « On n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir : on enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est ».

Et aujourd’hui, je suis un professeur triste et surtout en colère… Oui aux réformes qui associent les professeurs, non au mépris. Mais que les choses soient dîtes.

Les profs travaillent et ne sont pas des fainéants.

Les profs sont mal payés dans notre pays.

Les profs sont méprisés et stigmatisés

Qu’on redonne un minimum de considération et d’estime à notre métier, sans quoi, on va enterrer les illusions, les vocations et l’Ecole avec.

 

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