Aux marges du monde agricole, les militants écologistes sont précieux

À Brest, la 5ème marche pour le Climat se tenait sur les terres où paissaient les vaches de Traon Bihan, ferme bio péri-urbaine. L'herbe des prairies humides est désormais "viabilisée" : saignée de béton et couverte de bandes de bitume. Nous avons marché derrière le grand monolithe gris et noir de béton et de bitume.

Il y a des paysans dont la ferme et les champs se trouvent près d’autres fermes et d’autres champs. La vie de ceux-là dépend des solidarités au sein du monde agricole. Les élections professionnelles sont en cours : amis paysans, s’il y a des syndicats qui promeuvent la concurrence plutôt que l’entraide, ne votez pas pour eux !

Marges du monde agricole

Il y a des paysans qui vivent aux marges du monde agricole, et ceux-là ont besoin du soutien de tous les citoyens, pas seulement de leurs pairs.

La première frontière du monde agricole, c’est la ville.

C’est cet ensemble de béton, de goudron et d’acier qui trouve plus simple de s’étendre que de se renouveler. Ici, au Vern et à la Fontaine Margot, c’est la ville de Brest qui mange des terres humides bio de Traon Bihan pour y faire une ZAC et un lotissement. Là-bas, à Landivisiau, pour une centrale électrique à énergie fossile. À Nantes, pour un aéroport. Près de Paris, à Gonesse, pour une zone commerciale immense. À Lyon, pour un nouveau stade de foot sur les terres du berger Philippe Layat. À Strasbourg, pour une autoroute.

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La deuxième frontière du monde agricole, c’est la nature.

De chasseurs-cueilleurs, nous sommes devenus paysans en domestiquant les bêtes, les plantes et les espaces. Désormais notre domination sur la nature est trop forte ; nous avons les moyens de la détruire, et nous manquons de moyens de la protéger.

Sur la frontière avec la nature préservée, il y a des paysans. Ceux-là ont une vie difficile, et nous devons les aider à cohabiter avec la faune sauvage, y compris l’ours et le loup. Cela demandera des moyens humains, financiers, et sans doute techniques. Il ne faut pas mégoter ce soutien : cette cohabitation est l’avenir de nos montagnes.

Dans les régions, les parcs naturels créent des havres pour la biodiversité, en imposant des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement. Il faut soutenir et étendre ces pratiques. Nous devons retrouver une relation pérenne avec la terre.

La troisième et dernière frontière du monde agricole, celle qui tue les paysans avec leur complicité, c’est l’industrie.

Une ferme qui se transforme en hangar à cochons comme à Landunvez, ou en hangar à poules, à vaches, à tomates ou à fraises n’est plus une ferme. C’est une usine. Elle répand ses méfaits : les champs des alentours servent à absorber les déjections des élevages plus qu’à produire de la nourriture. Elle quitte le territoire et intègre la mondialisation, important du soja transgénique et exportant de la viande congelée à bas prix.

Les monocultures céréalières, gavées d’engrais et de pesticides, sont cultivées par des machines immenses de plus en plus robotisées, et font vivre de moins en moins d’hommes, de vers de terre et de coccinelles. Sur cette frontière, les hommes meurent avec la nature, en Beauce comme dans le midwest américain.

Soutien au monde agricole

Il faut soutenir nos paysans, et c’est pour cela que nous militons. Cet objectif fait de nous tous des militants. La première des actions militantes, c’est évidemment le vote, mais la démocratie ne peut ni ne doit être mise en pause pendant les cinq années qui suivent. Pour aller vers le monde que nous souhaitons, nous pratiquons souvent la manifestation publique, comme aujourd’hui. Parfois ça suffit, mais au moins ça permet toujours de rencontrer des camarades avec qui construire de nouvelles briques pour bâtir un avenir souhaitable.

Comme notre gouvernement est particulièrement sourd à ce qui se passe dans les rues, fussent-elles aussi originales que les rues champêtres de la ZAC du Vern, il nous faut d’autres outils. C’est l’objet de l’Affaire du Siècle : assigner l’État français en justice devant le Tribunal administratif de Paris pour inaction face aux changements climatiques, et faire reconnaître par le juge l’obligation de l’État d’agir pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C. Une telle démarche a porté ses fruits aux Pays-Bas en juin 2015. La pétition pour soutenir la plainte se trouve sur laffairedusiecle.net et a dépassé les 2 millions de signatures : n’oubliez pas d’y mettre la vôtre !

De la liberté de militer

Cette manifestation est déclarée et autorisée. Pour dire vrai, ces mois-ci, même quand les écologistes rappellent à quel point la France est pitoyable sur le sujet, le gouvernement nous aime : il a d’autres gilets à bastonner. Il nous aime tant que la manif de soutien à Emmanuel Macron du 27 janvier essaye de squatter la Marche pour le Climat parisienne…

Ne croyons pas que cet amour soit autre chose que passager.

Manif bresoise lors de la COP21 © Pierre Chapin Manif bresoise lors de la COP21 © Pierre Chapin
Lors de la COP 21, les militants écologistes ont été les premiers assignés à résidence. À Brest, il a été interdit de manifester sur la voie publique ou de se rassembler. Les contraintes absurdes imposées par la préfecture ne nous ont pas laissé d’autre choix qu’une chaîne humaine sur le trottoir. Pour la rendre visible, nous avions revêtu nos plus beaux… gilets jaunes.

Dans la lutte contre le barrage de Sivens comme dans la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame des Landes, les écologistes ont reçu quantité de grenades et de gaz lacrymogène, aussi bien en ville que sur les ZAD. On s’approche peut-être d’une fin heureuse à NDDL, mais rien n’est encore garanti. Il faut éviter que l’agriculture productiviste ne prenne possession des terres et développer pleinement les initiatives qui ont fleuri dans ce bocage au cours des années de lutte. Pour cela, le fonds « La terre en commun » organise une propriété collective durable des terres et des bâtis. Vous pouvez y contribuer sur encommun.eco.

À Bure, les matraques et les grenades se sont tues. Mais l’acharnement judiciaire contre les militants n’a pas pris de pause : multiplication des procès comme des perquisitions. La poubelle nucléaire supporte très mal les contestations.

N’ayons pas d’illusions : en défendant le climat, nous gênons des intérêts industriels et financiers. La répression se tournera à nouveau vers nous, et il faudra lui résister aussi pacifiquement mais fermement que possible.

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