Les affres des primaires

Désolé, camarade [1] Benoît, que tu doives subir de telles affres.

L'élection présidentielle française, comme celle des USA ou de l'Autriche, est une élection uninominale. Celles des américains se fait en un tour, la nôtre et celle des autrichiens en deux tours.

Déjà, en 2002, mais aussi en 1969, la gauche a été éliminée du second tour du scrutin. Cela fut plus frustrant en 2002, car le candidat soutenu par le parti socialiste [2] était selon les sondages un vainqueur de Condorcet, vainqueur de tout second tour auquel il aurait accédé. On notera que cela était aussi la situation virtuelle du candidat du Modem en 2007, dont l'élimination au premier tour a semblé naturelle à la plupart des observateurs de la vie politique.
Il est ainsi devenu clair que le processus qui revient à éliminer tous les prétendants sauf deux à l'issue du premier tour est excessivement aléaoire, et relève de la roulette russe. Notre démocratie est bancale, la volonté du peuple est portée par une structure à la jambe de bois. Aux USA, le problème est encore plus grand, puisque ce sont tous les prétendants sauf un que l'on élimine à l'issue du premier et seul tour de scrutin. Leur problème étant plus prégnant, ils ont les premiers tenté de le circonvenir. Leur solution, mise en œuvre pendant deux siècles, s'appelle la primaire.

Primaires

Les partis politiques ont tous une capacité à désigner en interne leur candidat. Cela peut se faire dans les hautes sphères, au sein d'un bureau national de quelques centaines de représentants. C'est le cas dans les "petits" partis comme le Modem, le NPA, LO ou le FN. Souvent, le parti n'a comme seule fonction que de soutenir son chef-fondateur, et cette étape est évidente, comme à l'UPR, parti-secte d'Asselineau.

En 1969 ou en 1995, la droite se prétendant gaulliste n'a pas réussi à désigner en son sein son candidat, et a utilisé le premier tour de l'élection comme primaire entre deux de ses chefs. À l'époque, le procédé a pu sembler bon : les deux candidats de la droite s'affrontent au second tour en 1969 ("blanc bonnet et bonnet blanc"), le candidat de la droite le mieux placé du premier tour remporte le second tour en 1995. En 1974, 1981 et 1988 la droite présente plusieurs candidats, mais il est médiatiquement, politiquement et sondagiquement clair que l'un d'entre eux est favori, et ce pronostic se confirme dans les urnes.

D'autres ont cherché à impliquer leurs adhérents dans le choix du candidat par un vote direct plutôt que par les instances représentatives au sein du parti. C'est le cas du PS, des Verts ou de l'UMP en 2007. EELV étend ces élections à des sympathisants officiels - les coopérateurs - en 2011, mais ne va pas plus loin dans la sphère écologiste.

La France s'est mise aux primaires ouvertes en 2011, lorsque le parti socialiste étend le choix de son candidat aux électeurs de gauche : il suffit pour participer de s'engager sur l'honneur à partager les valeurs de la gauche. Si le terme "gauche" n'est pas défini, il est évident qu'il ne s'applique pas aux seuls sympathisants et électeurs du parti socialiste et du PRG (seuls représentés parmi les candidats) mais aussi aux écologistes, communistes et trotskistes. Le PS gagne en 2012 avec son candidat issu de ces premières primaires ouvertes.

La droite imagine que cette victoire du PS en 2012 est due au processus des primaires plus qu'à la détestation du président sortant ou des qualités intrinsèques du candidat PS. Elle se convertit alors au principe des primaires, baptisées primaires de la droite et du centre (alors que ni le Modem ni En Marche n'y sont associés, et que l'UDI s'en détourne : on peine à voir le centre). Peuvent y participer ceux qui veulent, la reconnaissance sur l'honneur du partage de valeur n'est pas requise ; seul le don de deux euros l'est.

Engouement populaire pour les primaires ?

Les primaires de 2016-2017 sont éloquentes, et montrent à quel point les primaires ne sont qu'un sparadrap sur la jambe de bois de notre démocratie bancale.

Nicolas Sarkozy a repris le pouvoir dans son parti lors du vote des adhérents pour en désigner le président. Sa victoire était large. Sarkozy est éliminé au premier de sa primaire, son retour accepté au sein du parti ne l'était pas au sein de la population, même limitée à la droite. Alain Juppé était donné victorieux par les sondages et éditorialistes unis ; ses résultats sont faibles au premier tour, et il est éliminé au second. François Fillon était perçu comme un outsider, mais il a recueilli le soutien de Sens Commun, mouvement politique catholique intégriste issu de la manif pour tous. Ces réseaux mobilisent massivement et François Fillon remporte le premier et le second tour. Il est toutefois vraisemblable qu'il n'y ait guère de sympathisants pour cette idéologie au-delà des trois millions d'électeurs déjà engagés. Jean-Frédéric Poisson participait à la primaire au titre du Parti Chrétien-Démocrate, et non de Les Républicains. Son parti a été fondé pour porter la volonté des chrétiens intégristes. Il ne recueille que 1.45% des voix, siphonné sur ce segment dès le premier tour par Fillon, et donc coupé de son seul électorat potentiel. Trois autres candidats issus de LR se partagent 5% des voix.
Ce résultat montre que les électeurs n'ont en rien pris cette primaire comme un outil pour exprimer des tendances dans le cadre des motions du parti. Ils ont assumé leur recherche d'un poulain pouvant gagner les étapes suivantes : le vote utile a joué à plein. Les candidats perçus comme mineurs on fait des scores négligeables : 6.5% à eux quatre.

La primaire du parti socialiste a été baptisée primaire de la "belle alliance populaire" en raison de la présence de trois mini-partis inféodés au PS. À vrai dire, cette présence n'a pas élargi le spectre politique de la primaire, mais a surtout permis à Cambadélis de justifier la restriction à quatre prétendants issus des rangs du PS, et donc d'écarter le trublion Filoche.
Encore une fois, la détestation du pouvoir sortant a fait son effet. Manuel Valls, premier ministre sortant qui au nom du parti socialiste a conduit une politique qui était à peu près tout sauf socialiste, a été dégagé. Les voix des électeurs qui cherchaient ce résultat se sont réparties entre deux candidats réputés frondeurs, l'un de sensibilité plutôt industrielle, l'autre plutôt écologiste. Les quatre autres, dont trois hors du PS, n'ont récolté que 15% des voix. Le frondeur le plus vert a gagné. Sa victoire n'a pas été acceptée par les barons du parti qui avaient soutenu la politique libérale du gouvernement sortant, et dont le rêve le plus cher était de devenir ministres du gouvernement suivant, ou à défaut, d'en être les godillots fidèles à l'Assemblée.
Si les candidats aux primaires de la belle alliance populaire s'engageaient à en soutenir le vainqueur, on ne demandait aux électeurs que de soutenir les valeurs de la gauche. Sur ces six candidats malheureux, deux ont renié leur parole, deux sont absents de la campagne, et deux sont présents, quoique peu actifs. Le candidat EELV qui a renoncé en cours de route est de loin plus audible, intégré et actif que les soutiens d'origine...

Au PS comme chez LR, le phénomène de vote utile a joué plus fortement lors des primaires que lors d'un premier tour d'une élection présidentielle. Les électeurs qui participent à ces scrutins ont plus tendance que l'électeur de l'élection réelle à voter par calcul que par sincérité. Portés l'un comme l'autre par la volonté d'empêcher une répétition des épisodes politiques des années 2007-2017, et donc choisis dès le départ pour éliminer plus que par adhésion, le soutien populaire en faveur des élus des primaires est faible.

C'est de là, camarade Benoît, que viennent les affres que tu subis.

Chez EELV, on a repris la formule d'un choix par les militants et sympathisants officiels (les coopérateurs, 10€ en 2011, 5€ en 2016, ayant le droit de vote aux deux tours du scrutin, et les consultations ultérieures sur le retrait du candidat...). Au premier tour, l'ancienne ministre portée par les instances dirigeantes du parti est éliminée. Aucun ne fait un score ridicule, et on retrouve les habituels équilibres chaotiques des motions du parti. C'est un ancien militant de Greenpeace, très au fait des complexes questions des traités commerciaux internationaux, qui est retenu.
Après trois mois de campagne, EELV constate qu'il n'a pas la certitude de pouvoir la conclure : les 500 signatures sont compromises, le poids politique de la dispersion des voix de gauche est dur à porter, les finances du parti sont à sec, et les 5% inatteignables. Le candidat porté par le parti lance les négociations de ralliement avec les Insoumis (très peu) et avec le PS (beaucoup) [3]. Alors que le programme Hamon est moins écologiste que celui de Mélenchon, que le soutien du PS au candidat est bien plus bancal que celui de la France Insoumise, EELV choisit de se rallier à Hamon. La question financière pourrait bien avoir été prépondérante...

Au final, sur trois candidats issus de primaires plus ou moins ouvertes, l'un s'est désisté, l'un est assuré de pas franchir le premier tour, et le troisième est identifié universellement comme corrompu et ne doit son maintien qu'à l'absence de solution de remplacement.

Aux États-Unis, le processus des primaires est très différent du processus électoral : c'est à croire que les partis dominants ont intégré que la règle de vote qui leur permet d'éliminer les "petits" partis de l'éelction n'est pas capable de construire un choix en interne au parti.
Le scrutin dure quatre mois et demi, et la liste de candidats se restreint petit à petit. À la fin, un consensus est souvent obtenu autour du candidat retenu (2016 a conduit à un double contre-exemple...). La durée du scrutin est liée à une segmentation géographique. Il n'y a dans chaque État qu'un seul tour de scrutin, mais ses modalités sont diverses.

En France, l'idée du scrutin uninominal à deux tours comme horizon indépassable de la démocratie semble bien ancrée dans les esprits des acteurs politiques : toutes les primaires organisées par les partis, ouvertes, semi-ouvertes ou fermées, se déroulent avec ce mode de scrutin. Seule LaPrimaire.org a tenté le vote par jugement majoritaire.

Aux États-Unis, les citoyens qui veulent participer aux primaires d'un parti doivent se signaler comme sympathisants de ce parti. On ne peut pas à la fois voter chez les Républicains et chez les Démocrates.
En France, la participation à une primaire passe par une déclaration d'adhésion aux valeurs des organisateurs de ladite primaire [4]. Lorsque les valeurs sont proches, rien n'empêche un même électeur de voter à plusieurs primaires. On imagine aisément qu'un électeur de Hamon ou Jadot ait pu soutenir les deux dans ce temps politique (d'ailleurs, les candidats se sont rejoints). On imagine assez facilement qu'un électeur libéral pas ultra, autoritaire mais pas fasciste, soit assez indifférent à ce que le prochain président soit Valls, Macron ou Juppé. Il est cohérent qu'il participe à la fois à la primaire de la BAP et à la primaire de LR... et qu'il finisse par voter en-dehors.
Ces superpositions vont faire que le poids politique d'un citoyen sera lié à l'argent qu'il met pour ses participations aux primaires (qui reste modeste) mais surtout à la légèreté avec laquelle il considère son honneur. Veut-on réellement donner plus du pouvoir à ceux qui se considèrent sans honneur ?

Dans une démocratie représentative, la volonté du citoyen-électeur devient réalité par l'intermédiaire de son ou ses représentants. Le vote est l'outil qui lui permet de les choisir. Son devoir et sa cohérence d'électeur l'enjoignent à utiliser cet outil pour que sa volonté soit la mieux portée possible. C'est là qu'apparaît le vote utile : quand le meilleur porteur potentiel a trop peu de chances de devenir le représentant élu, il peut être raisonnable quoique frustrant de soutenir un candidat moins proche de ses idées, mais dont les chances de l'emporter semblent supérieures.
La ou les primaires augmentent les occasions d'influer sur le choix du représentant, et donc les occasions de promouvoir ou d'éliminer un candidat. Intuitivement, on pourrait penser qu'avec plus de vote en amont, le représentant est mieux choisi. C'est peut-être vrai, mais les expériences récentes aux USA comme en France ne semblent pas le montrer.
Ces scrutins augmentent aussi les occasions de vote utile, quoique pas toujours heureux : promouvoir Hollande pour glaner des voix au centre et se retrouver avec un président de droite, dégager Sarkozy pour découvrir que Fillon en plus d'être trop catho n'est pas plus honnête, dégager Valls pour se rendre compte que le parti socialiste n'a pas de parole, dégager Duflot et constater que les tractations avec le PS n'ont jamais de fin, ni surtout de fin heureuse.
Pour que ce soit bien la volonté du citoyen qui s'exprime, et pas ses petits calculs, accumuler les scrutins uninominaux à deux n'apparaît pas comme une solution satisfaisante...

Tours effectifs de scrutin

"On" nous dit que les français sont lassés de voter trop souvent. Ce qui est surprenant, c'est que ceux qui le disent sont aussi ceux qui commentent chaque sondage comme s'il s'agissait d'une élection... Ils sont les principaux responsables du sentiment que cette élection dure une année, alors que le scrutin ne dure que deux semaines, que cinq semaines seulement séparent la proclamation de la liste des candidats du premier tour, et qu'il n'y a que deux semaines de campagne officielle.

Que s'est-il passé durant cette année ? À partir du printemps 2015, la primaire de la droite est actée, et le feuilleton s'organise autour de la liste des candidats. C'est vers le printemps 2016 que les médias principaux suivent cette liste au moins une fois par semaine... Il est clair que le PS organisera des primaires, mais la date de celles-ci occupent plus les médias que sa composition.

Et les scrutins, formels ou informels, se suivent :

  • 31/08/2016 : sélection des candidats à la "primaire de l'écologie" (avouons-le, si ce processus a fait quelques déçus, son retentissement médiatique fut négligeable)
  • 14/09/2016 : sélection des candidats à la "primaire de la droite et du centre"
  • 19/10/2016 : premier tour de la "primaire de l'écologie"
  • 7/11/2016 : second tour de la "primaire de l'écologie"
  • 20/11/2016 : premier tour de la "primaire de la droite et du centre"
  • 27/11/2016 : second tour de la "primaire de la droite et du centre"
  • 15/12/2016 : sélection des candidats à la "primaire de la belle alliance populaire"
  • 22/1/2017 : premier tour de la "primaire de la belle alliance populaire"
  • 29/1/2017 : second tour de la  "primaire de la belle alliance populaire"
  • 18/3/2017 : sélection des candidats à l'élection présidentielle
  • 23/4/2017 : premier tour de l'élection présidentielle
  • 7/5/2017 : second tour de l'élection présidentielle

Omettons l'étape qui n'a intéressé que les adhérents EELV. Il reste 11 évènements politiques étalés sur huit mois, qui chacun font les gros titres de la presse nationale. 3 d'entre eux concernent des professionnels de la politique (bureaux nationaux des partis ou élus locaux). 8 concernent les citoyens, moyennant une contribution de 0 à 5 euros.

Regardons les candidats reçus et déclarés :

  • EELV : 4 retenus, entre 5 et 10 renoncent en cours de route ou échouent à avoir leurs soutiens
  • Droite : 7 retenus, entre 7 et 11 renoncent en cours de route ou échouent à avoir leurs soutiens
  • BAP : 7 retenus, de l'ordre de 11 renoncent en cours de route ou échouent à avoir leurs soutiens (dont Hollande, Filoche avec mauvaise grâce, Larrouturou après avoir envisagé de participer à celle de l'écologie)
  • Présidentielle : 2 retenus issus de primaires, 9 autres retenus, 11 rejetés avec plus de 50 soutiens, dont Marchandise issue de LaPrimaire.org, et Juppé perdant à des primaires.

Comptons que la moitié des recalés à la sélection aux primaires disposaient d'un soutien significatif, ainsi qu'une de LaPrimaire.org, et ceux qui ont eu 50 soutiens au conseil constitutionnel. Imaginons que le PC et Ensemble aient sans doute pu présenter un candidat de leur cru, et que le PG ait présenté Mélenchon. Imaginons que certains des soutiens à Macron aient pu se présenter en autonome : CAP21, Modem, mais sans doute pas Hue (Nadot est candidat putatif parmi les exclus de la BAP) ni Madelin. Au total, parions sur 52 candidats légitimes à la présidence de la république.

Est-ce qu'en une validation des candidatures et 10 temps politiques on peut de façon plus saine élire un président ?

Scrutin à tours utiles

Au premier tour, 52 candidats. Au dixième tour, juste 2, dont l'un se retrouve président. Une suite géométrique conduit à conserver 72% des candidats à chaque tour : 52, 37, 26, 18, 13, 9, 6, 4, 3, 2. On peut filtrer en huit étapes seulement (négligeons le temps médiatique et citoyen occupé par EELV) : 52, 33, 21, 14, 9, 5, 3, 2.

On peut imaginer qu'un candidat puisse valider sa candidature de multiples manières :

  1. soutien par 10000 citoyens (pétition avec numéro de téléphone, permettant au conseil constitutionnel de valider que les citoyens cités ont signé en connaissance de cause, et n'ont pas signé trop de fois)
  2. soutien par 500 élus locaux (y compris conseillers municipaux)
  3. soutien par 30 parlementaires (un vote est consacré à cet effet à l'assemblée)
  4. soutien par un parti dont un candidat a participé à la deuxième phase de la campagne précédente (ce qui représente de l'ordre d'une dizaine de candidats)

Le soutien par les élus locaux est géré par un serveur web du conseil constitutionnel, avec code d'accès individuel pour les élus. Tout citoyen peut s'inscrire comme candidat sur ce site, et y créer une page avec une image, un texte d'au plus 10000 signes, et un lien vers un site externe, selon une maquette standardisée. Un soutien peut être retiré à tout moment si le seuil des 500 est atteint et que cela ne le fait passer sous les 500, ou si le candidat l'y autorise, par exemple dans le cas de son désistement. Cette collecte dure un mois. Les soutiens sont rendus publics après la validation des candidatures par le conseil constitutionnel.
Les candidats hors des partis "de gouvernement" utiliseront leurs réseaux militants pour valider leur candidature et faire signer des pétitions : Asselineau, Autain, Bové (2007), Coluche, Dédé l'Abeilleau, Jardin, Lepage (Corinne), Lepage (Franck), Marchandise, Soral, Temaru, Troadec, Yade, ...
Les candidats des petits partis mais qui ont déjà atteint des scores significatifs pourront organiser leur sélection en interne et le faire valider directement. Cela concernerait des partis comme DLF, LO, NPA, POI et peut-être même Solidarité et Progrès, mais aussi des petits partis de gouvernement comme le Modem. Le FN pourra confortablement passer par là.
Les candidats des grands partis de gouvernement, disposant de réseaux d'élus locaux et d'une forte présence à l'assemblée et au sénat, pourront faire valider plusieurs de leurs membres en organisant en interne ces soutiens selon (2), (3) et (4). De cette manière, ces grand partis intègrent leur sélection interne de candidat dans les premières phases du vote.
PG et PCF se partagent Mélenchon 2012 entre signatures citoyennes (1) et prolongation du score de 2012 (4).

Élection moins 26 semaines (six mois) : ouverture des soutiens sur le site du conseil constitutionnel

Élection moins 25 semaines : vote des assemblées pour les soutiens parlementaires. Les partis pouvant le faire désignent leurs candidats.

Élection moins 23 semaines : remise des signatures des soutiens citoyens. Le conseil constitutionnel dispose d'une semaine pour les vérifications de sincérité.

Élection moins 22 semaines : validation par le conseil constitutionnel des candidatures.

Ils se retrouvent à 52 sur la ligne de départ ; il reste cinq mois de campagne.

La première phase remplace les actuelles primaires. Chaque candidature validée ouvre droit à un remboursement des frais de campagne à hauteur de 200.000 euros [5]. Chaque candidat peut à cette phase déclarer son rattachement à un parti, ce qui permettra à ce parti de désigner directement un candidat pour la mandature suivante s'il obtient assez de voix. Un même parti peut être désigné par plusieurs candidats (cas des primaires).
Le conseil consitutionnel organise les 52 pages de point d'entrée des candidats. Ceux validés par les élus locaux en ont déjà, les autres doivent éventuellement en créer. Évidemment, il y a tout intérêt à ne pas limiter cette phase de campagne à cette page, mais organiser des meetings, produire des vidéos, écrire des bouquins et articles, diffuser des affiches et des tracts, ...

Élections moins 20 semaines : les mairies mettent en place un espace de présentation des candidats par lieu de vote, avec un format A3 pour chacun (au total, moins de 7m2) selon des géométries validées par le conseil constitutionnel, dont les emplacements sont tirés au sort. Les pdf des pages A3 sont fournies par les candidats une semaine avant. Les frais d'impressions et de diffusion des affiches sont pris en charge par le ministère de l'intérieur.

Durant cette phase de primaires, les médias qui suivent la campagne n'ont pas d'obligation d'égalité entre les candidats, mais doivent assurer un service minimum pour chacun. Cela peut passer par l'invitation du candidat ou d'un soutien, ou par la diffusion d'un document de campagne audio ou video produit par le candidat. Les médias qui ne suivent pas la campagne ont obligation de n'en pas faire mention : on imagine aisément que ceux qui prétendent faire de l'information générale contribueront à cette campagne officielle.

Élections moins 14 semaines : premier tour de vote. Il est possible de sélectionnner 1 à 3 candidats. Les 37 candidats qui ont le plus de votes sont qualifiés pour le tour suivant. Il s'agit d'une implémentation simple du vote par jugement majoritaire [6]. Les candidats éliminés peuvent modifier leur présentation pour indiquer les conseils de vote ultérieurs. Ces conseils sont affichés sur les lieux de vote.

Élections moins 13 semaines : vote selon les mêmes modalités, passage à 26 candidats.

Élections moins 12 semaines : vote selon les mêmes modalités, passage à 18 candidats.

Élections moins 11 semaines : on ne peut voter que pour deux candidats au maximum ; cela peut ressembler à sélectionner les deux candidats d'un second tour de primaires. Passage à 13 candidats.

Élections moins 10 semaines : on ne peut voter que pour un candidat. Passage à 9 candidats. C'est la fin de l'équivalent du second tour des primaires.

Début de la seconde phase de la campagne

Durant cette phase, il y a obligation d'égalité de temps de parole, mais des chaînes d'une même nature peuvent se regrouper pour une mise en commun des temps, du moment qu'elles annoncent les interventions majeures sur les autres chaînes du groupement. Par exemple, trois chaînes peuvent s'associer pour faire chacune un débat à trois candidats. Diffusion sur toutes les chaînes des clips de campagne officielle.

Le remboursement possible des frais de campagne passe à 4 millions d'euros. Cette somme est augmentée de 200000 euros après chaque tour de scrutin, pour les candidats restant. Le palfond des dépenses de campagne est fixé au triple du remboursement maximal.

Mise en place dans tous les lieux de vote des affiches officielles de campagne, format 60x80, pour un total de moins de 5m^2.

Élection moins 6 semaines : envoi à tous les électeurs des professions de foi.

Élection moins 4 semaines : on vote pour au maximum un candidat. Passage à 6 candidats.

Débat entre les six candidats restant.
Interview de chacun des trois candidats éliminés de quinze minutes pour expliquer leurs conseils de vote pour la suite.

Élection moins 3 semaines : vote selon les mêmes modalités. Passage à 4 candidats.

Débat entre les quatre candidats restant.
Interview de quinze minutes des deux candidats éliminés pour expliquer leurs conseils de vote pour la suite.

Élection moins 2 semaines : vote selon les mêmes modalités. Passage à 3 candidats.

Débat entre les trois candidats restants.
Interview de vingt minutes du candidat éliminé pour expliquer ses conseils de vote pour la suite.
C'est lors de ce passage de trois à deux candidats que les risques de vote utile se concentrent, mais ils restent bien moindres que dans le système uninominal à deux tours.

Élections moins une semaine : vote selon les mêmes modalités. Passage à deux candidats

Débat entre les deux candidats restant.
Interview de vingt minutes du candidat éliminé pour expliquer ses conseils de vote pour la fin.

Élection du président parmi les deux candidats restant.

Qu'est-ce que ça change ?

L'élection est plus resserrée.
Actuellement, les partis sont focalisés pendant deux ans sur les élections présidentielles, et les médias pendant un an. On se limite dans ce système à un an de focalisation des partis (préparation de la collecte des soutiens), et cinq mois de focalisation médiatique.

L'élection est moins manipulée par les sondages.
En phase primaire, il y a un grand nombre de candidats, et la frontière entre qualifiés et non qualifiés se situe dans les scores très faibles. Un grand nombre de candidats se trouve dans la marge d'erreur de cette frontière. Réduire cette marge d'erreur pour rendre les résultats interprétables coûterait extrêmement cher : population de 20000 sondés plutôt que 1000.
En phase finale, la situation évolue selon des reports successifs, qui cassent la frontière entre "petits" candidats (qu'on interroge surtout sur leur position au deuxième tour) et "grands" candidats (qu'on interroge surtout sur leur vie privée). Encore une fois, la zone d'intérêt de chaque sondage est située dans la zone qu'il mesure mal.

L'élection est moins manipulée par les calculs des électeurs.
L'impact d'un vote "utile" est limité, c'est-à-dire qu'il y a peu d'intérêt à voter contre ses convictions mais dans un but tactique. Il devrait donc être plus rare. Il devient utile d'être fidèle à ses idées. Lors des phases de primaires, il est raisonnable de voter pour plusieurs  candidats de son camp plutôt que de papillonner chez les écolos, à droite puis au centre-gauche comme en 2016-2017.

L'élection coûte différemment.
Le budget consacré aux différentes phases est mieux maîtrisé et contrôlé côté candidats [7], mais l'implication de la puissance publique est plus important pour l'impression des documents [8] (affiches, professions de foi) et pour la tenue des bureaux de votes.
Le service demandé aux collectivités locales est important et devra être compensé par l'État. Dans les zones rurales, les bureaux de vote sont souvent tenus par des membres du conseil municipal. Dans les grandes agglomérations, il s'agit surtout des fonctionnaires territoriaux (pour le contrôle d'identité) et des militants politiques (pour les assesseurs). Il serait raisonnable que les petites communes rurales se regroupent pour former des bureaux de vote de 700 à 1200 électeurs, tout en gardant au moins un affichage des candidats par commune.
Il est vraisemblable que la participation soit plus faible lors de la première phase : il est possible de mettre en place des bureaux de vote regroupant plus d'électeurs à cette occasion.
Il y a un grand nombre de scrutins, et la plupart des gens ne seront pas disponibles pour tous. Il convient de simplifier (encore) la procédure de procuration, se limitant à une gestion de celle-ci par les mairies. Il faut conserver la limite d'une procuration reçue par personne.

Malédictions de Condorcet et d'Arrow

Depuis les travaux sur les systèmes électoraux de Condorcet (1793) et d'Arrow (1950), nous savons que toute procédure de vote est falsifiable.
Condorcet cherchait une bonne manière de convertir l'expression des préférences individuelles en préférence collective au travers d'un système électoral. Il a imaginé un système basé sur les comparaisons deux à deux entre candidats, et nombre de variations pour les cas où un vainqueur universel n'apparaît pas et qu'il faut départager malgré tout. Il établit que ces systèmes ne sont pas équivalents, sans pouvoir en identifier un meilleur que les autres. À la même époque, Borda défend un système par points, dont les résultats sont semblables, quoique pas équivalents. Les deux sont en accord pour évacuer les scrutins uninominaux à un ou deux tours... Durant le XIXème siècle, ce sont pourtant les scrutins uninominaux à un tour qui dominent : USA, Royaume-Uni, 2ème République française.
Condorcet comme Borda développent des scrutins complexes à un seul tour, dans lesquels les électeurs doivent classer l'intégralité des candidats. Ces scrutins sont peu adaptés à des situations dans lesquelles il y a de très nombreux candidats dont la plupart sont inconnus des électeurs. De plus, les phénomènes de vote utile peuvent y être dévastateurs et imprévisibles. Au XVIIIème siècle, l'influence des sondages n'était pas perçue comme dangereuse...

Arrow théorise les procédures de vote, et montre qu'il n'existe pas de procédure permettant de construire un ordre de préférences à partir de l'expression de préférences individuelles qui soit à la fois universelle, compatible avec une unanimité, non dictatoriale, et stable pour un sous-ensemble de choix. Les trois premiers critères sont intuitifs et importants : tous les systèmes électoraux les respectent. En conséquence, aucun ne respecte le quatrième.
Dans un contexte d'élection présidentielle, le rôle du scrutin est de désigner un unique élu, c'est-à-dire qu'il s'agit d'un scrutin uninominal et qu'il est impossible d'utiliser un scrutin par liste. L'ordre des préférences produit par le système électoral produit donc un président en sélectionnant le premier de cet ordre. Le quatrième critère, s'il était respecté, se caractériserait par : "Si un candidat qui n'est pas premier ne participe plus, alors le premier ne change pas". Cette propriété n'est pas respectée : l'ordre dans lequel on range les candidats qui ne sont pas premier influe sur l'identité du premier. Cet ordre, et notamment celui que l'on place premier de son ordre exprimé dans le cas d'un scrutin uninominal, a un effet.

C'est pour cela que le phénomène de vote utile existe, et qu'il est cohérent. C'est pour cela qu'il est impossible de créer un système électoral duquel les calculs de vote utile sont absents. C'est pour cela qu'il faut rendre ces calculs complexes et peu rentables, tout en gardant le processus simple pour l'électeur.

Autre République, autre président

Ce sont ces calculs, camarade Benoît, qui ont fait de toi le meilleur outil pour mettre un terme à ce douloureux quinquennat Hollande.

La main qui t'a tenu à ce moment-là était forte, mue par cette volonté de plus d'un million de citoyens. Mais tu n'as été qu'un outil dans ce jeu électoral qu'on dit démocratique. Tu as permis d'enfoncer les clous du cercueil des cinq années de Hollande, Valls et Macron, et de préparer les planches du cercueil de la 5ème République. Ton temps a été intense et utile, mais bref. Un autre candidat sera la pelle qui enterrera cette 5ème République pourrissante. Lui aussi sait que son temps sera bref ; il l'assume.
Pour mettre démocratiquement une fin à la 5ème République, il faut gagner selon les règles de la 5ème République. Pour cela, un tribun et un soutien populaire de plusieurs centaines de milliers de militants sur le terrain sont de bons outils.

Camarade Benoît, la primaire t'a porté et t'a laissé choir. Le système électoral de la 5ème République ne peut que t'écraser, aidé en cela par ton propre parti qui s'y est si bien adapté. Garde tes forces et ta dignité pour les futures élections, qui modèleront les 6ème République et pourvoiront ses institutions. Ta voix et ton expérience y seront utiles.

À bientôt dans une 6ème République.


Camarade Christophe.


[1] Le parti socialiste fait remonter sa généalogie à Jaurès et à la seconde internationale, devenue internationale socialiste. Bien que Jean-Luc appelle souvent ses soutiens insoumis "les gens", le mouvement est soutenu par le Parti de Gauche, fondé par des dissidents de cette seconde internationale, par le Parti Communiste, pilier de la troisième internationale, et par Ensemble, dont une bonne part des militants est passée par des partis émiettés depuis la quatrième internationale. Jean-Luc lui-même était trotskiste avant de rejoindre le parti socialiste. Nous sommes ainsi tous reliés par cette appellation de camarade, qui s'est diffusée dans des cénacles variés tout au long de ce dernier siècle et demi. Assumons-la, au moins ici, si ce n'est dans nos meetings.

[2] ... alors même que le candidat assumait que "son programme n'est pas socialiste".

[3] Même si on ne sait pas trop ce qui relève de l'engagement du parti, et ce qui relève de la simple promesse du candidat

[4] Et comme Valls a pu se dire attaché aux valeurs de la gauche, ça montre bien le niveau de contrainte de cette déclaration sur l'honneur...

[5] total de 10.4 M€ pour cette phase, bien moins que ce qu'on coûté les primaires BAP et droite

[6] LaPrimaire.org a mis en plus une version plus complexe de ce vote par jugement majoritaire, avec la prise en compte de notes attribuées aux candidats.

[7] Les primaires BAP et LR ont été très opaques, et incitent à la prolifération des micro-partis. Il est plus sain que l'organisation des primaires soit financée par l'impôt que par la contribution des seuls votants.

[8] Si cela pourrait être nuisible à des démarches intéressantes de certains partis qui travaillent avec des procédés d'impression écologiques ou des imprimeurs en coopératives, cela limiterait aussi la possibilité de détournement de fonds par surfacturation du matériel de campagne, comme l'a pratiqué le FN.

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