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Billet de blog 6 oct. 2021

Genevière Legay, l'indocile

Cette femme irresponsable s’appelle Geneviève Legay et un livre lui est consacré par les éditions Syllepse. Témoignage d'une femme que rien ne destinait à devenir une « pétroleuse » de choc !

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Geneviève Legay, Celle qui n’était pas sage, Syllepse, 2021

En 1986, Malik Oussekine est tué par les forces de l’ordre lors d’une manifestation étudiante. Un ministre déclare alors qu’un jeune homme à la santé fragile n’a rien à faire dans une manifestation.

En 2019, c’est un président de la République qui se déshonore en affirmant qu’une septuagénaire n’est pas à sa place dans une manifestation interdite par les autorités. Rappelez-vous de ce 23 mars 2019 : une compagnie de brutes surarmées chargent violemment des manifestants pacifiques, envoyant à l’hôpital une militante niçoise très connue pour ses multiples engagements politiques et associatifs.

Cette femme irresponsable s’appelle Geneviève Legay et un livre, intitulé Celle qui n’était pas sage, lui est consacré par les éditions Syllepse. En 150 pages, cette militante indocile nous livre un témoignage, celui d’une femme que rien ne destinait à devenir une « pétroleuse » de choc !

Geneviève Legay n’est pas née avec un drapeau rouge en guise de layette, bien au contraire. Dans sa famille, on ne roule pas sur l’or mais on est conservateurs, voire réactionnaires. On exècre les rouges, on prie le dimanche et la marmaille fréquente l’école dite libre. Ce sont les expériences professionnelles, les rencontres et la participation à différentes luttes qui lui ouvrent l’esprit, l’amènent à réfléchir sur le monde et la poussent à toujours plus s’engager.

Jeune mariée, elle subit les événements de Mai 68 même si, sous la pression de ses collègues, elle adhère, honteuse, à la CGT. Dix ans plus tard, elle est transfigurée. La femme conformiste, épouse et mère, a trouvé dans les milieux militants irrigués par le Parti communiste souffle et humanité. L’anticommuniste est devenue communiste, cégétiste, féministe.

« Je milite, c’est ma vie » écrit-elle. Et cet écrit en témoigne. C’est dans ces engagements multiples que Geneviève Legay se réalise et se construit intellectuellement. Ni théoricienne, ni doctrinaire, elle s’implique dans les mouvements sociaux car ceux-ci sont porteurs d’un souffle indispensable à sa vie. Souffle populaire, souffle de révolte contre l’ordre du monde. Elle aime ce souffle venu d’en bas, ce souffle des « petites gens ordinaires » qui lui ressemblent tant dit-elle, ce souffle qui bouscule l’ordre établi, comme elle aime être interpelée par les expériences, les engagements de celles et ceux qu’elle rencontre, comme ces « marginaux » qui la poussent à remettre en question son rapport au Progrès, à la consommation, à la nature.

Ouverture d’esprit, enthousiasme, empathie : Geneviève Legay n’a rien du militant blasé, calculateur, parfois cynique. Ses responsabilités politiques et syndicales ne l’ont pas transformée en apparatchik et bureaucrate. C’est dans la rue qu’elle est dans son élément. Et c’est là qu’un gouvernement de plus en plus autoritaire et délégitimé a tenté de la faire taire un après-midi de mars 2019.

[Cette note est la version écrite d’une chronique radiophonique destinée à Alternantes FM, radio associative de Loire-Atlantique dans laquelle je suis impliqué. Vous trouverez à cette adresse l'interview de Geneviève Legay réalisée par Michel Sourget, journaliste d'Alternantes FM à l'occasion de l'Université des mouvements sociaux]

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