Christophe Patillon
Historien, grand lecteur, militant, chroniqueur pour Alternantes FM, et accessoirement vieux punk
Abonné·e de Mediapart

168 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 nov. 2021

Christophe Patillon
Historien, grand lecteur, militant, chroniqueur pour Alternantes FM, et accessoirement vieux punk
Abonné·e de Mediapart

En luttes ! Syndicalisme et contestation sociale

Les études, enquêtes et autres travaux s’intéressant au syndicalisme contemporain sont rares. D’où l’intérêt du travail de Sophie Béroud et Martin Thibault intitulé En luttes ! et publié par les éditions Raisons d’agir.

Christophe Patillon
Historien, grand lecteur, militant, chroniqueur pour Alternantes FM, et accessoirement vieux punk
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sophie Béroud et Martin Thibault, En luttes ! Les possibles d’un syndicalisme de contestation, Raisons d’agir, 2021

Les études, enquêtes et autres travaux s’intéressant au syndicalisme contemporain sont rares. Certes, on peut trouver ça-et-là quelques témoignages d’acteurs, des pamphlets, des monographies de luttes sociales, mais d’immersions dans le syndicalisme du quotidien et au quotidien, il y a peu. D’où l’intérêt du travail de Sophie Béroud et Martin Thibault intitulé En luttes ! Les possibles d’un syndicalisme de contestation, livre publié par les éditions Raisons d’agir.

Cet ouvrage est la conclusion d’un enquête entamée en 2008 et dont l’objet est une structure syndicale singulière : l’Union syndicale Solidaires. Enquête au long cours donc, au coeur d’une organisation vieille de deux décennies, mais dont l’histoire a vingt ans de plus, puisque c’est en 1981 que fut fondé le Groupe des Dix, rassemblement de syndicats autonomes, fort attachés à leur indépendance d’action… et souvent raillés pour leur esprit corporatif.

L’entrée des syndicats SUD (Solidaires, Unitaires, Démocratiques) dans ce groupe des Dix a profondément fait évoluer la structure. Formés par des exclus de la CFDT dont il critiquait la droitisation, ces syndicats s’appuyaient sur des militants pugnaces, très bien formés, marqués politiquement à l’extrême gauche, désireux de « subvertir l’ordre établi dans le champ syndical en construisant un modèle plus démocratique, plus autogestionnaire » et de réaffirmer l’actualité d’un syndicalisme de la double besogne : défense des intérêts immédiats des travailleurs d’un côté, engagement en faveur d’un transformation sociale radicale de l’autre. Syndicalisme exigeant donc, pour lequel l’engagement ne se résume pas à prendre sa carte et à confier son sort à des professionnels de la négociation.

Pour Solidaires, les enjeux étaient pluriels : il lui fallait s’imposer comme force syndicale dans le paysage national, parvenir à s’implanter dans le secteur privé, mais aussi sortir le syndicalisme du lieu de travail et de la routine bureaucratique, s’émanciper du « dialogue social » institutionnalisé et s’impliquer dans les mouvements sociaux, comme celui des Gilets jaunes, en y défendant un syndicalisme de lutte, échapper à la réunionnite et à la professionnalisation qui transforment nombre d’élus en cogestionnaires dépolitisés du capitalisme contemporain. Tout cela dans un univers hostile marquée par la fragmentation des statuts du travail, les déserts syndicaux et le vieillissement des équipes syndicales, un management offensif qui pousse à l’individualisme et une doxa néolibérale toute-puissante qui nous rappelle que la lutte des classes est aussi une lutte culturelle et symbolique.

Difficile d’être partout sans s’épuiser, difficile de faire cohabiter au sein d’une même organisation des militants de cultures et de générations différentes. Les militants rencontrés par les auteurs en témoignent et nous rappellent une évidence : l’engagement syndical est plus souvent le fruit du hasard que la conclusion d’une démarche intellectuelle et d’un choix idéologique. C’est le cas notamment de beaucoup de jeunes adhérents Solidaires, qui ont poussé la porte du syndicat uniquement pour des motifs professionnels. La transformation sociale, les querelles d’appareils… tout cela les dépasse et ne les intéresse pas.

Si le syndicalisme de contestation sociale ne veut pas mourir, il va devoir, non s’adapter, mais se penser comme outil d’émancipation individuel et collectif et non comme fin en soi, se réinventer, s’ouvrir aux autres et aller là où se politisent dans la cacophonie ces franges du salariat précarisées, ces « premiers de corvée » pour lesquels le syndicalisme est une affaire de fonctionnaires ou de salariés de grosses boîtes, une affaire de bureaucrates adeptes du compromis et de la compromission. Et faire avec les travailleurs tels qu’ils sont, car c’est par la lutte que l’on se forge une conscience de classe.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Après l’embargo sur le pétrole russe, l’Europe dans le brouillard
Annoncée depuis des mois, la guerre du pétrole contre la Russie est une réalité depuis lundi 5 décembre. L’Europe a engagé un embargo, les membres du G7 imposent un plafonnement du prix du baril à 60 dollars pour les pays tiers. Avec quelles conséquences ? Personne ne sait.
par Martine Orange
Journal
Devant la cour d’appel, Nicolas Sarkozy crie son innocence
Rejugé pour corruption, l’ancien chef de l’État s’en est pris à une enquête illicite selon lui, et a réaffirmé ne rien avoir commis d’illégal en utilisant la ligne téléphonique « Paul Bismuth ».
par Michel Deléan
Journal
Les enjeux d’un second procès à hauts risques pour l’ancien président
Nicolas Sarkozy, l’avocat Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert sont rejugés à partir de lundi devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire de corruption dite « Paul Bismuth », et risquent la prison.
par Michel Deléan
Journal — Corruption
Pourquoi les politiques échappent (presque toujours) à l’incarcération
Plusieurs facteurs expliquent la relative mansuétude dont bénéficient les politiques aux prises avec la justice, qui ne sont que très rarement incarcérés, malgré les fortes peines de prison encourues dans les affaires de corruption.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
À Brioude, itinéraire d'une entreprise (presque) autonome en énergie
CN Industrie vit en grande partie grâce à l'électricité produit par ses panneaux solaires. Son modèle énergétique est un bon éclairage de ce que pourrait être un avenir largement éclairé par les énergies renouvelables. Rencontre avec son patron précurseur, Clément Neyrial.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
L'électricité est-elle un bien commun ?
[Rediffusion] L'électricité est-elle un bien commun, comme Yannick Jadot l'a fait récemment ? La formule produit un effet électoraliste garanti. Mais cette opération rhétorique est sans intérêt s’il s’agit, à partir de la fonction sociale actuelle de l’électricité, de faire apparaître dans le système énergétique des options qui méritent un positionnement politique.
par oskar
Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère
Billet de blog
L’électricité, un bien commun dans les mains du marché
Le 29 août dernier, le sénateur communiste Fabien Gay laisse exploser sa colère sur la libéralisation du marché de l’électricité : « Ce sont des requins et dès qu’ils peuvent se goinfrer, ils le font sur notre dos ! ». Cette scène témoigne d’une colère partagée par bon nombre de citoyens. Comment un bien commun se retrouve aux mains du marché ?
par maxime.tallant