Donald Trump et la déconstruction de l'Amérique

Le politologue libéral Gilles Vandal nous met donc dans les pas d'un homme brutal, imprévisible, amoral, menteur invétéré, auto-centré qui n'a qu'un but : détruire ce sur quoi s'est reposée la puissante Amérique durant des décennies, autrement dit d'une certaine idée de son rôle dans le monde.

Donald Trump et la déconstruction de l'Amérique, Gilles Vandal, Athéna Editions, 2018

A ma gauche, Gilles Vandal, professeur émérite à l'Ecole de politique appliquée de l'Université francophone et québecoise de Sherbrooke. A ma droite, Donald Trump, milliardaire mégalomane, rusé, vulgaire, tyrannique, caractériel, sexiste, raciste et bien d'autres choses encore. Au milieu, les lecteurs de La Tribune de Sherbrooke, quotidien francophone intimement lié au Parti libéral de Justin Trudeau, pour lesquels le premier, Gilles Vandal, a entrepris d'expliquer de quoi le second, Trump, était le nom. Cela prît la forme de dizaines de courtes chroniques couvrant la campagne électorale et les deux premières années de règne de l'imprévisible businessman reconverti dans… une autre forme de business.

Une campagne qui a vu, aux yeux de l'auteur, l'impensable (comment diable les Américains pourraient-ils confier leur sort à un démagogue intellectuellement indigent ?) devenir, dans des conditions douteuses1, réalité. Certes, ce n'est pas la première fois que le Parti républicain confie son sort à des politiciens incompétents : le dernier demi-siècle nous a offert Ronald Reagan2 et, of course, Georges Bush Junior, dont la seule qualité était d'être le fils de son père. Mais Reagan et Bush n'étaient que des têtes de gondole destinées à captiver la foule, derrière eux se trouvait un appareil cohérent, capable de tenir la Maison blanche. Rien de tel avec Donald Trump puisqu'il a conquis le parti en fédérant la base contre une large partie de l'establishment républicain, aujourd'hui désorienté, pris en otage par son aile la plus radicale. Donald Trump, l'outsider, s'est appuyé sur la frange la plus droitière du Parti républicain pour s'imposer comme le candidat de la revanche, emmenant avec lui le puritain Mike Pence : quel improbable duo !

Pour Gilles Vandal, c'est à une revanche que l'on a assisté avec la victoire de Trump : celle de l'Amérique blanche, réactionnaire (et pas majoritairement ouvrière3) sur tout ce qu'a pu incarner Barack Obama, le temps de son règne. Pour preuve, la volonté obsessionnelle du nouveau locataire de la Maison blanche d'en finir avec l'Obamacare, alors même qu'une frange non négligeable de son électorat ainsi qu'une partie des élus républicains ne veulent pas entendre parler ; s'il n'est pas parvenu à ses fins, il a réussi cependant à rendre l'accès à l'assurance médicale facultatif...

vandal

En une dizaine de chapitres, Gilles Vandal nous met donc dans les pas de cet homme brutal, imprévisible, amoral, menteur invétéré, auto-centré. Un homme qui a un but : faire le ménage et déconstruire, non pas seulement l'héritage Obama mais ce sur quoi s'est reposée la puissante Amérique durant des décennies : une certaine idée de son rôle dans le monde. Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, Trump bouscule tout, tonitrue, menace, tweete et re-tweete et ce faisant désarçonne jusqu'à son camp, voire même surtout son camp. Trump n'a pas d'amis, mais des adversaires qu'il faut châtier et des partenaires qu'il faut mettre au pas. Cela se vérifie régulièrement dans sa politique étrangère où il insulte les uns et les autres, du dictateur nord-coréen jusqu'à ses alliés au sein de l'OTAN, en passant par l'Iran, évidemment, ou encore le Canada, son partenaire au sein de l'ALENA. Il n'écoute rien ni personne, ne supporte pas les critiques, congédie les sceptiques et ne s'entoure que d'incompétents et de proches. La politique n'est pour lui qu'un rapport de force brutal, où l'on passe des deals, comme dans le monde des affaires. Gilles Vandal, libéral et centriste, ne peut que déplorer que les us et coutumes policés de la diplomatie internationale aient été jetés aux orties, ternissant comme jamais l'image de l'Amérique aux yeux du monde. Il regrette également que les relations entre républicains et démocrates, rudes certes, mais non dépourvues de respect mutuel (entre gens du même monde…) aient été malmenées par un braillard ne respectant rien ni personne. D'une certaine façon, il pleure un monde (dont il ne fait malheureusement aucune critique) en train de disparaître.

Trump demeure ainsi un OVNI, un objet vociférant non encore (totalement) identifié. N'est-il qu'un de ces populistes illibéraux qui fleurissent ça et là ? Un crypto-fasciste ? Une parenthèse désolante destinée à se clore bien vite (comme les mid-terms peuvent le laisser penser) grâce à la montée des mouvements sociaux, ou la première marche vers la fascisation de la première puissance mondiale ? Car entre deux saillies et deux tweets, Trump place ses hommes à des postes-clés...

 

Notes

1 Certains accusent les services secrets russes de s'être ingérés dans l'élection présidentielle américaine pour « salir » la réputation d'Hillary Clinton. Parallèlement, d'autres pensent que Trump redoute que la justice s'intéresse de près à  ses pratiques de businessman en Russie...

2 Reagan était davantage réputé pour ses envolées anti-soviétiques que pour sa maîtrise des dossiers...

3 Il rappelle opportunément que la clientèle électorale de Trump se compose des classes moyennes les mieux nantis.

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