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Billet de blog 22 juin 2022

Martin Monath et le défaitisme révolutionnaire

Il s’appelait Martin Monath et fut liquidé par la Gestapo en août 1944. Nathaniel Flakin lui rend un bel hommage dans « Un Juif berlinois organise la résistance dans la Wehrmacht », publié par les éditions Syllepse.

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Nathaniel Flakin, Un Juif berlinois organise la résistance dans la Wehrmacht. « Arbeiter und soldat », Syllepse, 2021.

Il s’appelait Martin Monath et fut liquidé par la Gestapo en août 1944. Nathaniel Flakin lui rend un bel hommage dans « Un Juif berlinois organise la résistance dans la Wehrmacht », publié par les éditions Syllepse.

Enfant d’une famille de boutiquiers juifs ukrainiens installés à Berlin au début du siècle, Martin Monath s’est d’abord impliqué dans le mouvement sioniste de gauche, se rêvant pionnier dans une Palestine socialiste binationale. Rompant avec le sionisme, il se rapprocha du mouvement communiste avant de se rallier au trotskisme peu de temps avant que la guerre n’éclate.

Il n’a pas encore 30 ans et se refuse à fuir une Allemagne conquise par le national-socialisme alors que nombre de ses amis et parents ont pris le chemin de la Palestine. « L’insouciance de Martin Monath paraît stupéfiante, presque pathologique » écrit l’auteur. En effet Monath, juridiquement apatride, réside sous de fausses identités à Berlin et vit grâce à un pactole financier conséquent dont le préfacier avoue ne pas connaître la provenance. Et en bon internationaliste, il abolit les frontières, se rend en Belgique, en France pour organiser la résistance, mais une résistance singulière puisqu’elle repose sur un principe fondamental : celui du défaitisme révolutionnaire. Rejetant toute idée d’Union sacrée comme en 1914, ces militants révolutionnaires n’ont qu’un but : organiser le prolétariat pour préparer la révolution. Rien que ça ! Car il n’échappera à personne qu’ils ne sont alors qu’une poignée à défendre une telle position iconoclaste. Leurs armes : des mots, de la pugnacité et un courage infini. Leur cible : le prolétariat français des usines et celui qui, sous l’uniforme allemand, défend des intérêts qui ne sont pas les siens. L’espoir de Martin Monath ? Convaincre des soldats allemands à s’organiser en cellules clandestines anti-nazies pour préparer la révolution.

Sous une fausse identité, le désormais Parisien Martin Monath se lance dans la bagarre avec le petit noyau de militants trotskystes français encore en liberté, notamment dans l’Ouest de la France. En juillet 1943 paraît le premier numéro d’Arbeiter und soldat (Travailleur et soldat)1. Cinq autres numéros suivront avant que la répression ne s’abatte sur le petit groupe, l’un des soldats allemands membres d’une des cellules l’ayant trahi. Nous sommes en octobre 1943 et cette trahison est fatale pour les internationalistes puisqu’une centaine de personnes, soldats allemands ou militants trotskystes sont arrêtés, déportés ou fusillés : c’est toute l’organisation mise sur pied qui s’effondre en une poignée de jours.

Martin Monath n’est pas du nombre, mais le répit sera de courte durée. En juillet 1944, la Milice l’arrête à Paris et le confie à la Gestapo, des griffes de laquelle on sort rarement.

Martin Monath connut alors le destin tragique de bien d’autres opposants mais il était écrit qu’il leur donnerait du fil à retordre. Fin juillet, la Gestapo le laisse pour mort dans le bois de Vincennes, une balle dans la tête, l’autre dans la poitrine. Un policier français le découvre agonisant et le transporte à l’hôpital Rothschild où il est soigné quelques jours, le temps que ses amis préparent son exfiltration. La Gestapo ne leur en laissera pas le temps. Elle viendra le cueillir, sans doute le 3 août, et l’exécutera quelques jours plus tard alors que le peuple de Paris se soulève, enfin.

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1Le contenu de ce journal clandestin est reproduit en fin d’ouvrage.

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