Magdeleine Paz, une voix oubliée

Journaliste et militante, femme de coeur et d'engagement, Magdeleine Paz fait partie de ces inconnus qui ne méritent pas de l'être ; et le fait qu'elle soit femme ne doit pas être étranger à son oubli.

Magdeleine Paz, Je suis l'étranger - Reportages, suivis de documents sur l'Affaire Victor Serge, La Thébaïde, 2015.

Journaliste et militante, femme de coeur et d'engagement, Magdeleine Paz fait partie de ces inconnus qui ne méritent pas de l'être ; et le fait qu'elle soit femme ne doit pas être étranger à son oubli. Ce n'est donc pas le moindre mérite de ce livre, organisé et présenté par Anne Mathieu, docteur en littérature contemporaine, que de sortir de l'anonymat cette intellectuelle de l'entre-deux-guerres, communiste oppositionnelle et humaniste.
« Je suis l'étranger » rassemble une trentaine d'articles et reportages que Magdeleine Paz a rédigés dans les années 1930 dans différents journaux de gauche, ainsi qu'un ensemble de textes (articles, courrier, etc.) relatifs à la défense de Victor Serge, l'écrivain-militant, victime de la répression stalinienne.
Magdeleine Paz a la plume littéraire et elle entend parler autant au coeur qu'au cerveau des lecteurs. Elle témoigne et elle conjure celles et ceux qui la lisent de ne pas laisser faire, de prendre parti.
Prendre parti pour ces jeunes Noirs victimes à Scottsboro du racisme institutionnel aux Etats-Unis, pour ces jeunes migrantes polonaises surexploitées dans la France rurale du Nord, pour ces immigrés kabyles ou marocains vivant dans le dénuement à Paris, pour ces réfugiés politiques et ces Juifs allemands menacés d'expulsion. Une expulsion qui a la « forme légère, impersonnelle et anodine d'une feuille de papier bleu. » A l'heure où on expulse la Jungle à Calais, où l'on fait la chasse aux réfugiés et migrants qualifiés d'économiques, à l'heure où l'Europe est confrontée à des flots interrompus de migrants fuyant une Syrie en guerre, il faut lire Magdeleine Paz qui nous parle alors d'une « France des portes fermées [et] des murs inexorables », en priant qu'il y en ait une autre .
Avec force, elle conjure ses contemporains de ne pas voir dans l'immigré, tel le Polonais mineur de fond, et le réfugié un concurrent et un poids pour la Nation. Elle les supplie d'ouvrir les yeux sur la façon dont la Patrie des droits de l'homme se comporte dans ses colonies où injustice, misère, racisme et mépris lui servent d'étendard civilisateur. Elle souligne que le souffle libérateur du Front populaire s'est fait sentir également au-delà des mers, au grand dam des colons réactionnaires.
L'un de ses grands combat : arracher des griffes du Guépéou Victor Serge, l''ex-anarchiste converti au bolchévisme, l'ardent défenseur de la Révolution russe devenu opposant au stalinisme, exilé loin de Moscou, aux confins de l'Oural. On craignait pour sa vie, à raison. Infatigable, Magdeleine Paz s'est démené sans compter pour obtenir l'expulsion vers la France de Victor Serge. Tache difficile puisque pour cela il lui fallait affronter tous les appareils de propagande du Parti communiste pour qui, un opposant, même de gauche, à la dictature sur le prolétariat, ne pouvait être qu'un agent du fascisme et de la bourgeoisie. « Il faut une certaine vaillance pour aller contre le courant » a-t-elle écrit en 1932. De vaillance, elle n'en a jamais manquée.

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