Les empoisonneurs. Antisémitisme, islamophobie, xénophobie

Sébastien Fontenelle n’est pas un inconnu. Outre sa participation au collectif « Les mots sont importants », on lui doit une poignée d’ouvrages sur le monde médiatique et son rôle dans la droitisation de la société française.

Sébastien Fontenelle
Les empoisonneurs. Antisémitisme, islamophobie, xénophobie
Lux, 2020.

Le journaliste de Politis Sébastien Fontenelle n’est pas un inconnu. Outre sa participation au collectif Les mots sont importants, on lui doit une poignée d’ouvrages sur le monde médiatique et son rôle dans la droitisation de la société française. C’est également le cas de son dernier opus, Les empoisonneurs, publié par les éditions Lux.

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Cet essai court (à peine plus de 100 pages), découpé en une trentaine de chapitres excédant rarement les quatre pages, revient sur deux décennies de rhétorique néo-conservatrice, réactionnaire, raciste, autant dire de dégénérescence du champ médiatique grand public. Sébastien Fontenelle ne le fait pas à la façon, brillante, d’un Gérard Noiriel, avec Le Venin dans la plume, dans lequel l’historien ausculte Zemmour à la lumière de la vie d’Edouard Drumont, cette figure de l’antisémitisme français d’avant 1914.

Les Empoisonneurs est une sorte de pense-bête, sans introduction ni conclusion, qui revient sur quelques événements qui marquèrent le débat public, parfois le temps d’un simple buzz (car telle le veut l’époque), et qui sont comme autant de marqueurs de l’évolution droitière de la société française. Qui se souvient, hors des cercles intellectuels et militants, des diatribes anti-arabes d’une Oriana Fallaci, voire même d’un Renaud Camus fustigeant la juiverie médiatique sur les ondes de France Culture ? Plus grand monde.

Le danger ne réside pas tant dans les propos racistes de Fallaci, Camus ou Zemmour que dans l’accueil complaisant dont leurs thèses font l’objet sur certains médias. Sans oublier la complicité de quelques voix et plumes dont celle de l’incontournable Alain Finkielkraut, capable de toutes les circonlocutions pour ne pas accabler son ami antisémite Renaud Camus, pourfendeur du « grand remplacement ».

Dans un essai déjà ancien (L’illusion identitaire, 1996), Jean-François Bayart nous appelait à nous intéresser aux « stratégies identitaires, rationnellement conduites par des acteurs identifiables ». Car ces complicités et cette mansuétude n’ont rien de fortuites. Elles signent l’alliance entre différents pôles de la nébuleuse réactionnaire au nom d’un combat commun : la défense d’une France (dont aucun n’a sans doute la même définition1) qui se meurt, assaillie par l’« islamo-gauchisme », le « politiquement correct », les Arabes à jamais musulmans, les jeunes de banlieues indociles, les gilets jaunes, le rap, la culture de masse, le multiculturalisme et je ne sais quoi d’autre. Car le péril n’est plus juif comme le clamait l’extrême droite des années 1930 : il parle arabe, porte parfois un burkini et a depuis longtemps posé ses valises au-delà de Poitiers.

Le récit identitaire est un récit d’exclusion car c’est lui qui désigne qui peut faire partie pleinement de la communauté nationale et qui doit rester à la place qu’on lui a assignée. A ce jeu et au regard de l’histoire nationale contemporaine, Arabes et Juifs furent logés à la même enseigne2. Certains intellectuels médiatiques juifs réactionnaires3 devraient s’en souvenir au lieu de cheminer avec le diable.

Notes
1. Doit-elle être blanche, catholique, philosémite, laïque, républicaine, démocratique, souverainiste, pro-européenne ?
2. Cf. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle): Discours publics, humiliations privées, Fayard, 2007 ; Michael Marrus et Robert Paxton, Vichy et les Juifs, Calmann-Lévy, 1981.
3. Cf. Ivan Segré, La réaction philosémite ou la trahison des clercs, Lignes, 2009.

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