Christophe PATILLON
Historien, grand lecteur, militant, chroniqueur pour Alternantes FM, et accessoirement vieux punk
Abonné·e de Mediapart

149 Billets

0 Édition

Billet de blog 29 déc. 2021

La droite chrétienne à l’assaut des Etats-Unis

Il y a près de 20 ans, Thomas Frank nous expliquait « Pourquoi les pauvres votent à droite ? », nous plongeant dans l’Amérique des réactionnaires et illuminés. En 2007, Chris Hedges faisait paraître « Les fascistes américains. La droite chrétienne à l’assaut des Etats-Unis », livre aujourd’hui opportunément réédité par les éditions Lux.

Christophe PATILLON
Historien, grand lecteur, militant, chroniqueur pour Alternantes FM, et accessoirement vieux punk
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Chris Hedges, Les fascistes américains. La droite chrétienne à l’assaut des Etats-Unis, Lux, 2021

Il y a près de 20 ans, le journaliste américain Thomas Frank nous expliquait Pourquoi les pauvres votent à droite ?1 et, ce faisant, nous plongeait dans l’Amérique des réactionnaires et illuminés. En 2007, son confrère Chris Hedges faisait paraître Les fascistes américains. La droite chrétienne à l’assaut des Etats-Unis, livre aujourd’hui réédité par les éditions Lux.

Quinze ans ont passé, et la colère de Chris Hedges est toujours présente. Comment pourrait-il en être autrement ? Certes Donald Trump n’est plus au pouvoir mais la droite la plus réactionnaire est toujours aussi puissante avec ses pasteurs millionnaires, ses églises géantes, ses télévisions, ses radios, ses élus, ses hurluberlus et sa formidable capacité à attirer à elle les âmes perdues.

Des âmes perdues qui trouvent dans les groupes religieux fondamentalistes une solidarité, une bienveillance que le capitalisme sauvage s’emploie à piétiner chaque jour. Car l’Amérique fabrique à la chaîne des désespérés et des laissés-pour-compte, et nombreux parmi eux trouvent dans le christianisme de combat une explication à leurs malheurs et des raisons d’espérer. « A ces individus morcelés, perdus, [il] offre la plénitude, la clarté morale », nous dit l’auteur mais aussi le sentiment d’être supérieur à ces êtres faibles qui se vautrent dans la luxure et sont incapables de distinguer le bien du mal. C’est pourquoi la conversion est « vécue comme une expérience euphorique » au cours de laquelle on fait du passé table rase, on rejoint une nouvelle famille de coeur et d’esprit unie par un seul désir : « reprendre possession des Etats-Unis pour le Christ » !

« La droite chrétienne et les islamistes radicaux se ressemblent de plus en plus. Ils ont les mêmes obsessions », nous dit Chris Hedges. Haine des femmes aspirant à ne plus être épouse et mère et ce faisant creusant le tombeau de la famille, haine des homosexuels refusant de se soigner, haine des progressistes ennemis des traditions, des avorteurs, des intellectuels raisonneurs, haine des Juifs déicides également même si l’espoir d’un retour du Messie en terre sainte implique de soutenir les sionistes, haine de la science évidemment qui a « détruit les piliers idéologiques du christianisme littéral, selon lequel l’Univers tournait autour des chrétiens bénis de Dieu et servait leurs intérêts. » Haro donc sur Darwin, ce sadique dégénéré !

Le nouveau chrétien se doit d’être un guerrier car il a un monde à reconquérir par la parole, en attendant le glaive. Car ne pas croire à la toute-puissance de la parole divine, se tenir à l’écart du fondamentalisme qui dit le vrai et donc le Bien, c’est faire le jeu de Satan. « Si le mal est purement externe, écrit Chris Hedges, le travail de purification morale implique nécessairement l’éradication d’autrui. »

En 2007, Chris Hedges tirait la sonnette d’alarme : « Il faut cesser de tolérer les groupes qui cherchent à détruire la tolérance » ; « La passivité face à la droite chrétienne menace l’État démocratique ». La victoire électorale de Trump en 2017, l’attaque du Capitole en janvier 2021, la mainmise des réactionnaires sur la Cour suprême… autant d’éléments qui soulignent l’importance de la « bataille spirituelle » dans la compétition politique américaine contemporaine.

-----------

1. Livre initialement sorti aux Etats-Unis en 2004 et en France en 2013 : Pourquoi les pauvres votent à droite ? [« What’s the Matter With Kansas? How Conservatives Won the Heart of America »], Marseille, Agone,  « Eléments », 2013, 412 p. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Violences sexuelles
Violences sexuelles : Damien Abad nommé ministre malgré un signalement adressé à LREM
L’ancien patron des députés LR, Damien Abad, a été nommé ministre des solidarités en dépit d'un signalement pour des faits présumés de viols adressé à LREM et LR par l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Deux femmes, dont Mediapart a recueilli les témoignages, l’accusent de viols, en 2010 et 2011. Il conteste les faits.
par Marine Turchi
Journal — Politique
Pap Ndiaye fait déjà face au cyclone raciste
La nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’éducation nationale a fait remonter à la surface le racisme structurel de la société française et de sa classe politique, une vague qui charrie avec elle la condition noire et la question coloniale. La réaction de l’exécutif, Emmanuel Macron en tête, donnera une première indication sur la tonalité du quinquennat.
par Ilyes Ramdani
Journal
En Italie, la post-fasciste Giorgia Meloni cherche à faire oublier ses racines
Elle espère devenir l’an prochain la première femme à présider le Conseil en Italie. Héritière d’un parti post-fasciste, ancienne ministre de Berlusconi, Giorgia Meloni se démène pour bâtir un parti conservateur plus respectable, en courtisant l’électorat de Matteo Salvini. Une tentative périlleuse de « dédiabolisation ».
par Ludovic Lamant
Journal
Mario Vargas Llosa, Nobel de l’indécence
L’écrivain péruvien de 86 ans, entré à l’Académie française en fin d’année dernière, vient de déclarer sa préférence pour Bolsonaro face à Lula. Cette nouvelle prise de position politique reflète un parcours intellectuel de plus en plus contesté, marqué par des soutiens à des figures d’extrême droite en Amérique mais aussi de la droite dure en Espagne. Une enquête du n° 20 de la « Revue du Crieur », disponible en librairie. 
par Ludovic Lamant

La sélection du Club

Billet de blog
Villages morts, villes vivantes
Nouvelle édition de « Printemps silencieux » (Wildproject). La biologiste américaine Rachel Carson avait raison bien avant tout le monde. Dans de nombreux villages de France, les oiseaux sont morts. Carson nous dessille les yeux au moment où une nouvelle équipe ministérielle veut accélérer la transition écologique. (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Quand Macron inventait « l'écologie de production » pour disqualifier les pensées écologistes
[Rediffusion] Au cours de son allocution télévisée du 12 juillet 2021, Emmanuel Macron a affirmé vouloir « réconcilier la croissance et l'écologie de production ». Innovation sémantique dénuée de sens, ce terme vise à disqualifier les pensées écologistes qui veulent au contraire poser des limites, sociales et écologiques, à la production. Macron, qui veut sauver la croissance quoi qu'il en coûte, n'en veut pas.
par Maxime Combes
Billet de blog
Le stade grotesque (la langue du néolibéralisme)
[Rediffusion] Récemment, je suis tombée sur une citation de la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher... Il y a beaucoup de façons de caractériser le capitalisme actuel. À toutes définitions politiques et économiques, je propose d'ajouter la notion de grotesque.
par leslie kaplan
Billet de blog
Greenwashing et politique : le bilan environnemental d'Emmanuel Macron
[Rediffusion] Talonné dans les sondages par Marine Le Pen, le président-candidat Macron a multiplié dans l'entre-deux-tours des appels du pied à l’électorat de gauche. En particulier, il tente de mettre en avant son bilan en matière d’environnement. Or, il a peu de chances de convaincre : ses actions en la matière peuvent en effet se résumer à un greenwashing assumé.
par collectif Chronik