Trop noir, trop blanc...

Trevor Noah est aujourd’hui un humoriste célèbre de l’autre côté de l’Atlantique. Hier il n’était qu’un gamin indocile s’efforçant de se faire une place dans son pays natal : l’Afrique du sud. Il nous livre ses souvenirs de jeunesse dans "Trop noir, trop blanc".

Trevor Noah, Trop noir, trop blanc, Hors d’atteinte, 2021

Trevor Noah est aujourd’hui un humoriste célèbre de l’autre côté de l’Atlantique. Hier il n’était qu’un gamin indocile s’efforçant de se faire une place dans son pays natal : l’Afrique du sud. Il nous livre ses souvenirs de jeunesse dans Trop noir, trop blanc, publié par les éditions Hors d’atteinte.

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Trevor Noah n’avait rien pour plaire. Pas beau, trop gros, pas assez noir, pas assez blanc, mal fagoté et nulle part à sa place. Il est né quelques années avant la fin de l’apartheid d’un amour interdit, entre une femme jeune à la peau noire et au caractère indomptable, bien décidée à mener sa vie coûte que coûte, et un homme dans la force de l’âge à la peau blanche, Suisse de nationalité, pour lequel l’apartheid était une monstruosité et une absurdité. Sa mère voulait un enfant mais pas de mari, son père n’en voulait pas. Elle parvint à le convaincre et ainsi naquit Trevor Noah, enfant sans père, élevé par des femmes et par Dieu, avec un taux de mélamine dérangeant. Dans le monde ségrégué sud-africain, il était trop clair pour vivre dans les townships noirs et trop sombre pour les quartiers blancs, et trop différent de sa mère pour s’afficher avec elle sans éveiller les soupçons.

La mise au rencard de l’apartheid n’a qu’un peu soulagé sa situation, car le délire classificatoire et raciste n’a pas disparu des esprits par la grâce de son abolition. L’apartheid ne séparait pas seulement les blancs, des Noirs et des coloured. Il lui fallait diviser pour mieux régner, faire que les Noirs se déchirent entre eux et faire que, politiquement, les coloured se sentent plus blancs que noirs. Jeune enfant, Trevor a connu ses affrontements violents, meurtriers entre Zoulous et Xhosas qui marquèrent les années 1990, puis il dut faire sa place dans ce monde. Aidé par Dieu, évidemment, car Dieu est omniprésent, tout comme les mauvais esprits et les mauvais sorts qu’il faut chasser avant qu’ils ne vous emportent.

Trevor Noah se fit caméléon. Comme il le dit : « J’étais métis, mais pas coloured ; je l’étais par mon teint, mais pas par ma culture. » Un « caméléon culturel », polyglotte, capable de se mouvoir dans un univers toujours ségrégué dans les têtes. Rappelons-le : si l’apartheid a disparu, les townships, eux, sont restés debout, et la misère n’a pas changé de couleur de peau.

Avec beaucoup d’humour et de tendresse, il nous met dans ses pas de gamin turbulent mais pétochard, d’adolescent balourd cherchant l’amour, d’adolescent roublard et délinquant, spécialiste du CD piraté, mais aussi DJ, capable de faire danser des salles entières, épaulé par un danseur noir exceptionnel prénommé par ses parents... Hitler. Ses appels à soutenir Hitler dans son numéro de danseur phénoménal aux postures suggestives ne connut qu’un accroc, à la King David School, une école juive de Johannesburg… Rien que l’évocation de cet épisode et des quiproquos qu’il entraîna mérite la lecture de ce livre.

On rit donc beaucoup des tribulations de Trevor Noah mais on souffre également avec lui. Car le ghetto est essentiellement violent, rongé par la misère, l’alcoolisme, la violence et le désespoir. Il l’est pour tous et encore plus pour les femmes, comme la mère de Trevor, victime de violences conjugales. Mais cette femme haute en couleurs était insubmersible. Normal, elle avait Dieu avec elle...

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