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Historien (de formation), lecteur pathologique, militant (sans Dieu ni maître), chroniqueur pour AlterNantes FM, et accessoirement vieux punk

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Billet de blog 29 janvier 2026

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Décrypter le trumpisme

En 2018, je qualifiais Trump d’OVNI, d’objet vociférant non encore (totalement) identifié. Aujourd'hui Maya Kandel nous plonge dans l’univers de Donald où « seule la volonté de puissance prédomine » et où « le récit l’emporte sur les faits »…

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Maya Kandel, Une première histoire du trumpisme, Gallimard, 2025

Dans une chronique de 2018, je qualifiais Donald Trump d’OVNI, d’objet vociférant non encore (totalement) identifié dont on ne savait s’il serait l’un de ces populistes illibéraux qui fleurissaient ça et là ou un crypto-fasciste1. Avec son livre, Une première histoire du trumpisme (Gallimard), Maya Kandel nous propose une plongée dans l’univers de Donald où « seule la volonté de puissance prédomine », où « le récit l’emporte sur les faits »… et où l’Albanie devient l’ennemi juré de l’Aberbaijan. Certes, les Américains ont la réputation de ne pas savoir placer sur une carte du monde d’autres pays que le leur, mais Trump n’est pas un Américain lambda et il faut être foutrement abruti pour ne pas parvenir à se souvenir que l’on a fait cesser une guerre entre deux belligérants qui s’appellent Azerbaijan et Arménie…

Illustration 1

Pour l’autrice, le trumpisme n’est pas une idéologie, même si Trump est entouré d’idéologues pour beaucoup d’extrême droite, issus des plus grandes universités américaines, et qui ont fait de la haine des élites intellectuelles issues de ces mêmes universités leur fonds de commerce politique. Le trumpisme est une « stratégie politique », un « populisme » et un « spectacle permanent » où la vulgarité, le narcissisme occupent le premier rang. Qu’importe ce qui est dit, l’important c’est le buzz qui fait parler de soi, alerte les réseaux sociaux, provoque des débats ou plutôt du bruit, et surtout de la confusion.

Le trumpisme mute en permanence, au gré des circonstances, ce qui le rend insaisissable et imprévisible. Trump est la tête de pont d’une contre-élite réactionnaire qui place les questions culturelles au coeur de son dispositif afin de souder une population déboussolée par les mutations économiques, sociales et sociétales frappant les sociétés contemporaines. La force de Trump repose sur sa capacité de rassembler autour de lui toute une galaxie de réactionnaires nationalistes qui n’ont pas grand-chose en commun sinon la haine des « progressistes ». Isolationnistes, néo-conservateurs, chrétiens évangélistes illuminés, antisémites pro-israéliens, libertariens, complotistes, masculinistes, racistes, oligarques issus de la Tech… mais aussi classes populaires aux conditions de vie dégradées, largement abandonnées par l’establishment du parti démocrate, pour qui voter Trump est une façon de prendre leur revanche sur les élites intellectuelles qui les méprisent, et les élites politiques, y compris républicaines, qui les ignorent. C’est en faisant des « hommes jeunes, non blancs et non diplômés » une clientèle électorale à séduire et mobiliser que Trump a conquis la présidence pour la seconde fois. Le « nationalisme inclusif » défendu par Steve Bannon, c’est cela : agréger autour d’un braillard fort en gueule patriotard tout ce que l’Amérique compte de déclassés sociaux, victimes de la mondialisation capitaliste, de l’inflation, des délocalisations, mais aussi des vagues migratoires qui viennent les concurrencer sur le marché de l’emploi précaire et mal payé …

Pour Maya Kandel, les électeurs de Trump se divisent sommairement en deux parties : « ceux qui votent par adhésion à ce qu’il dit, et ceux qui votent malgré ce qu’il dit »… S’il n’y a rien à attendre des premiers, quid des seconds ? L’enjeu pour les démocrates, s’ils veulent reprendre le pouvoir, est d’incarner de nouveau une véritable alternative sociale pour ces millions d’Américains pour qui le rêve américain s’appelle Wallmart et fentanyl.

[Version audio disponible]

1Gilles Vandal, Donald Trump et la déconstruction de l'Amérique, Athéna Editions, 2018.

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