Pourquoi les femmes ont une meilleure vie sexuelle sous le socialisme

Tel est le titre accrocheur du dernier livre de l'universitaire américaine, spécialiste des pays de l’Est, Kristen Ghodsee. Accrocheur et provocateur, voire même scandaleux, non pour nous, pauvres Français vivant sous la férule marxiste depuis bien longtemps, mais pour les nord-Américains.

Kristen Ghodsee
Pourquoi les femmes ont une meilleure vie sexuelle sous le socialisme
Lux, 2020

Pourquoi les femmes ont une meilleure vie sexuelle sous le socialisme. Tel est le titre accrocheur du dernier livre de l'universitaire américaine, spécialiste des pays de l’Est, Kristen Ghodsee publié par les éditions Lux. Accrocheur et provocateur, voire même scandaleux, non pour nous, pauvres Français vivant sous la férule marxiste depuis bien longtemps, mais pour les nord-Américains. Car c'est bien à eux que l'autrice s'adressait, en 2018, date de l’édition anglaise de ce livre. La récente élection présidentielle américaine l'a montré jusqu'à la nausée : pour une grande majorité de la population américaine, républicaine mais aussi en moindre part démocrate, le socialisme, même sous sa forme la plus droitière à nos yeux, est un totalitarisme, un égalitarisme, bref le « mal absolu ». Et si on ne peut que constater le développement des courants radicaux outre-Atlantique, notamment dans la jeunesse, il faut savoir raison garder : ce n’est pas le ticket Biden/Harris qui prendra d’assaut le Palais d’hiver !

ghodsee

Ce livre n'est pas un écrit académique, un pamphlet, mais une invitation à aborder les expériences socialistes, entendez communistes et social-démocrates, en partant de l'expérience concrète des femmes. Plus qu’aux nord-Américains en tant que tel, c’est en effet aux femmes américaines que Kristen Ghodsee s’adresse. Elle ne nie évidemment pas la dimension autoritaire, liberticide des régimes « communistes » mais refuse qu’on ne les juge qu’à l’aune des droits de l’homme : « Les atrocités du 20e siècle, écrit-elle, ne doivent pas être instrumentalisées pour taire les critiques du capitalisme contemporain. » Elle dit aux femmes américaines, des femmes qui se doivent d’être avant tout des mères : regardez ce que le capitalisme non régulé fait de vos vies ; n’y aurait-il rien de bon à retirer pour vous des expériences socialistes de jadis ?
Kristen Ghodsee ne soutient évidemment pas que le socialisme réel est parvenu à extirper machisme et sexisme du coeur du peuple. Elle sait, comme un vieux barbu avant elle, que « la tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants » (Karl Marx), et qu’il ne suffit pas de considérer la religion comme inexistante un beau jour de 1967 pour que les Albanais cessent de croire ! De même, elle n’oublie pas que les politiques favorables aux femmes subirent nombre d’entorses au paradis socialiste, et que le Pouvoir demeura une affaire d’hommes avant tout. Cependant, elle rappelle que la plupart des pays socialistes ont mis en place des dispositifs favorisant l’insertion professionnelle des femmes, dispositifs qui permirent à celles-ci de s’émanciper de la tutelle masculine en gagnant leur indépendance économique. Et « lorsque les femmes gagnent elles-mêmes leur vie (…), écrit-elle, le prince charmant devient nettement moins attirant ». Congés maternité et paternité obligatoires, garderies nombreuses, accès à la contraception et à l’avortement, quotas de femmes dans les organes politiques, décret du politburo bulgare en 1973 appelant à rééduquer les hommes rechignant à participer aux tâches ménagères… Voici tout ce qui a concouru à faire des femmes en pays socialistes des individus plus libres, plus indépendants et, finalement, plus épanouies sexuellement ! De quoi développer bien des n’Ost-algies…

Aujourd’hui, nous dit Kristen Ghodsee, les femmes de l’Est sont redevenues des marchandises. La chute du bloc de l’Est a signé la mort des dispositifs sociaux. Quant aux Etats-Unis, quarante ans de néolibéralisme et de rhétorique néoconservatrice ont rendu la situation « effroyable » pour les femmes. Sorti en 2018 aux Etats-Unis, ce livre se fixait un but très politique : convaincre les femmes à se mobiliser politiquement contre la réélection de Donald Trump puisque, comme le dit l’autrice, « les femmes ont un pouvoir politique immense lorsqu’elles rentrent dans l’isoloir ». Malheureusement, si j’en crois les sondages, le roi du tweet a obtenu davantage de voix féminines qu’il y a quatre ans. Le mythe de l’homme fort, misogyne et protecteur, a encore de beaux jours devant lui...

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