Services publics à crédit

Fin 2013, Nicolas de la Casinière nous avait régalé avec Les prédateurs du béton, un opuscule cinglant dans lequel il réglait son compte à Vinci, multinationale en charge de la réalisation du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes ; aéroport dont la construction est pour l'heure en stand-by.

 

Nicolas de la Casinière, Services publics à crédit, Libertalia, 2015

 

 

 

Fin 2013, Nicolas de la Casinière nous avait régalé avec Les prédateurs du béton, un opuscule cinglant dans lequel il réglait son compte à Vinci, multinationale en charge de la réalisation du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes ; aéroport dont la construction est pour l'heure en stand-by.

 

En cette rentrée 2015, il nous livre chez le même éditeur, Libertalia, Services publics à crédit, une nouvelle brochure sur les PPP, autrement dit sur les fameux partenariats public-privé qui font le bonheur des businessmen à défaut de faire celui des peuples.

 

Les PPP nous viennent d'outre-Manche. Ils sont nés sous le haut-patronage de Margaret Thatcher, la Dame de fer, égérie du néoconservatisme et du big business. Ils furent une de ces innovations dont raffolent les néo-libéraux, pourfendeurs de l'interventionnisme étatique. L'arrivée au pouvoir du Parti travailliste n'a rien changé à l'affaire : au nom de la modernité et de l'adaptation au monde tel qu'il va, les soi-disant socialistes britanniques ont poursuivi l'oeuvre entreprise par les conservateurs, faisant de la Perfide albion le paradis des PPP...

 

Les PPP sont nés outre-Manche et c'est logiquement là-bas qu'ils ont fait leurs premières victimes. Nicolas de la Casinière nous entraîne dans les hôpitaux d'Edimbourg ou de Stafford où la logique comptable, la seule qui compte pour le Big business, met littéralement en danger la santé des patients. Pour que l'hôpital soit rentable, on réduit le nombre des équipes soignantes, on rabiote sur les médicaments, on remet en question le droit du travail des personnels de santé… Mais les hôpitaux ne sont que trop rarement rentables ; ce n'est d'ailleurs pas leur but ! Il reviendra aux contribuables de régler la note.

 

Qu'importe, à Paris, l'état déplorable des hôpitaux publics britanniques. Les PPP sont dans l'air du temps : l’État doit réduire la voilure, moins dépenser mais sans cesser d'investir pour répondre aux besoins de la population. Pour nous convaincre que ces partenariats sont équitables, qu'en d'autres termes le big business et la puissance publique en sortiront gagnants, ses thuriféraires en ont fait une promotion effrénée, reprenant à leur compte les discours classiques sur l’État trop dépensier et le secteur privé plus performant. Mais l'auteur nous montre surtout à quel point l'opacité est de règle, et qu'elle se justifie au nom du respect du secret des affaires. Opacité et complexité : que peut comprendre un individu normalement constitué à ces contrats façonnés par des cabinets de juristes ? Rien ou pas grand-chose.

 

Il en va des PPP comme des stratégies d'optimisation fiscale : on sait qui gagne à la fin… Mais repousser les prétentions du privé à mettre la main sur les services publics ne doit pas signifier que l'on se satisfasse de la puissance étatique sur ces dits services, nous dit l'auteur, qui nous invite à nous intéresser à la théorie des communs : « Cette idée de commun doit créer de nouveaux modèles [et être] un outil pour penser des formes d'organisations horizontales à établir, à expérimenter. » Car il ne vous a pas échappé, j'imagine, que les services publics, gérés par le privé ou encore sous férule étatique, restent soumis à une même logique : et elle est financière.

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Emission Nouvelle donne, vieilles rengaines n°6 (décembre 2015) sur AlterNantes FM

 

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