La mort de Steve révélatrice de la vérité du néolibéralisme.

Pour De Lagasnerie, le type de présentation que l’on fait généralement de la mort de Steve interdit de penser, d’analyser la réalité de l’État, de la police et du macronisme aujourd’hui. Il faut bien reconnaitre, à la lecture de son billet, que c’est tout au contraire sa vision qui absolument l'interdit.

Dans son papier à la une de « Médiapart », De Lagasnerie s’élève contre la présentation la plus répandue qui fait de l’intervention policière nantaise une action incompréhensible menée contre des gens qui ne menaçaient rien ni personne. Il affirme, à la suite et sans raison aucune, que cette présentation des faits ratifie l’idée que certaines interventions meurtrières et mutilantes récentes dans les quartiers populaires peuvent être ainsi justifiées. De Lagasnerie pour le reste se garde bien de dire dans cet entrefilet  comment la mort de Steve devrait être présentée puisque qu’il s’agit là en effet de la plus stricte vérité. Et lui-même d’ailleurs, ajoutant bien des bêtises aux commentaires ordinaires, note que « dans les quartiers populaires (…) la police intervient aussi alors qu’il ne se passe rien et que personne ne présente de danger. » Est-ce à dire, suivant le raisonnement de De Lagasnerie, que les interventions violentes de la police sont justifiées dans les manifestations de gilets jaunes par exemple où il se passe bien quelque chose et où les manifestants présentent bien quelque danger … pour le système libéral ? Nous ne lui faisons naturellement pas ce procès mais nous lui reprochons sa totale absence de clairvoyance : quelque chose bouge en effet dans la culture, dans les quartiers populaires, dans les indociles manifestations du printemps, quelque chose que le pouvoir veut absolument empêcher. La police ne surgit pas de sa propre initiative et pour rien. Elle ne le fait évidemment pas en raison de sa mauvaise « nature » et de son autonomie du moment, de la « perversion » de ses membres ou parce que la fonction de la police est de produire régulièrement l’élimination de certains individus (sic). Le gouvernement Macron, n’en déplaise à De Lagasnerie,  n’est pas infecté par sa police elle-même noyautée par le RN. Il est néolibéral et cela soulève une toute autre analyse qu’un certain « psychologisme » bien évidemment interdit ou évite. Certes, dans une telle période, des transactions étranges se jouent entre la police et les individus qui les rejoignent, transactions où les individus trouvent dans la police une solution d’assouvissement de certaines pulsions, et la police un matériel pulsionnel à exploiter à leurs propres fins. Certes, le propre de ce pouvoir aux abois, est de modifier le rapport de force hiérarchique interne. Un gouvernement qui ne se maintient grâce à la police, dépend forcément un peu plus d’elle.

Le macronisme est symptomatique d’un pouvoir néolibéral abouti, c’est-à-dire d’un État du capital poussé à son extrême. Les institutions de l’État néolibéral ne vivent plus depuis bien longtemps pour ceux qu’elles sont censées servir : elles vivent pour développer les structures d’une concurrence libre et non faussée, et ne font plus cas que de cette doxa et de ceux qui en profitent ignominieusement. Aussi, lorsque la légitimité du système est remise en cause, l’institution n’a plus que le recours de se mettre à mentir chroniquement, et à réprimer (ou inversement). Il y a radicalisation du pouvoir néolibéral. Il s’en suit la cohorte des violences policière et la  litanie des mensonges d’État que nous connaissons : le président « il n’y a pas de violences policières », le ministre de l’intérieur « il n’y a pas de violences policières », donc forcément à leur suite le collaborateur de TF1, puis logiquement, les préfets, les procureurs, l’IGPN « il n’y a pas de violences policières »… Le délire policier, c’est essentiel, ne trouve ses autorisations que dans le climat néolibéral d’ensemble actuel. Nous sommes aujourd’hui  sous la coupe d’un pouvoir de sociopathes aux abois, qui mutile sans un mouvement de conscience, et dont il n’est pas extravagant d’imaginer qu’il pourrait aller encore plus loin si le maintien de l’idéologie aux commandes l’exigeait.

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