Une façon médiatique de faire de la politique

L’article d’Hubert Huertas, « Europe écologie : le fantôme que tout le monde s’arrache », est à la fois un symptôme et une cause des déboires des Verts. Il révèle une façon médiatique de faire de la politique ou tout du moins, si nous y réfléchissons un peu, de ne pas en faire du tout.

Le journaliste dans cette courte chronique à une vision théorique, moralisante et pleine d’indulgence pour lui-même qui le conduit à masquer la vérité et même à se la masquer. Les commentaires pontifiants qu’il produit à propos des déconvenues des écologistes tout en encourageant au-delà des limites du raisonnable les stratégies qui les ont conduit aux impasses actuelles sont en la matière tout à fait édifiants.  Cette double conscience permet à l’auteur, à la fois de dénoncer comme improductives les alliances à répétition et à la fois à les encourager fermement à longueur d’entrefilets. Ainsi sont énumérés, fruits de rapprochements divers, les reculades actuelles du gentil animateur vendeur de gel douche (glyphosate, nucléaire, les loup télégéniques, Notre-Dame-des-Landes, le Ceta …), les aventures de Brice Lalonde auprès de Mitterrand, Jacques Chirac puis d’Alain Madelin, le séjour sous les ors dans le gouvernement Jospin de Dominique Voynet (enfouissement des déchets nucléaires à Bure, Blé OGM et le passons à autre chose que l’Erika) et le débarquement prématuré de Cécile Duflot ministre. Hubert Huertas souligne le bilan écologique désastreux des verts participatifs. Cependant, coté militants, il  moque l’éternité des débats et des disputes des écologistes, le sens inné du suicide politique, le talent pour ressusciter les accusations d’opportuniste et dénigrer le pouvoir (Audrey Pulvar, Yannick Jadot). Ce qui ne l’empêche pas de citer goguenard le baroudeur en charentaises enfin réalisé : « Pour tout vous dire j’ai 62 ans, et à un moment il ne faut pas avoir de pudeurs de gazelle, comme dirait l’autre... ».  Mais l’essentiel n’est pas là. Hubert Huertas relève les manches et encourage Europe Écologie à chaque ligne de son laborieux papier à faire, en se souciant comme d'une guigne de la base, enfin de la politique telle qu’il l’aime : peser sur le pouvoir en y participant, faire des voix, taire les débats confus, étouffer les remous internes, regrouper, laisser s’épanouir les personnalités prometteuses, être classiquement généraliste. Il ne fait là que retourner à ce lieu commun de la réponse des demi-habiles à ceux qui tentent de faire de la politique pour de bon, c’est-à-dire à ceux qui essayent de modifier l’ordre des choses en ses structures productivistes : la dénégation pure et simple, la dissuasion ferme de changer quoi que ce soit parce que le libéralisme est l’horizon indépassable.

Quarante ans que les écologistes sont entrés en politique et le résultat des alliances, des listes de toutes sortes est un cuisant échec. Hubert Huertas prend acte de ces stratégies mortifères : extinction d’Europe Écologie en cours, diffusion généralisée de l’idée écologiste ripolinée chez Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et consort, médiocrité des mesures prises et des analyses …  Hubert Huertas propose donc, indifférent sans doute au sort de la planète et contre toute attente, de …  poursuivre et d’amplifier encore la stratégie faillie et de faire taire plus encore les voix discordantes. L'intensité de la vie démocratique quand elle existe comme chez les Verts, avec son cortège de contestation permanente,  Monsieur Huertas, défie toujours l'autorité des appareils, le savoir des experts patentés et le savoir-faire des demi-habiles. Le système représentatif pour sa part est souvent le pouvoir d’une partie « conservatrice » de la société qui s’estime, par sa position, apte à représenter les intérêts généraux. C’est pour cela nous croyons au contraire qu’il est urgent de faire enfin quelque chose, de créer quelque mouvement écologique indépendant des agendas étatiques ; de concevoir quelque espace disjoint des partis capable de se départir des très anciens et démodés jeux de la déformante représentation, des programmes défaits et des alliances surannées.

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