Le sabotage de la volonté des citoyens : Carolin Emcke.

La correspondante de guerre allemande Carolin Emcke, en première page de « Médiapart », donne une invraisemblable leçon de démocratie au peuple et aux parlementaires britanniques». Mais quelque pontifiant incipit ne fait pas une essayiste en matière de questions européennes.

Le titre de l’article, « Brexit : le sabotage de la volonté des citoyens » est à lui seul un pur joyau.  La journaliste pratique dans son papier l’habituelle rhétorique inversée du pouvoir qui fait du vote en faveur du Brexit un déni de démocratie et de la vivacité des débats la négation de toute vision politique.  Elle oublie complétement en l’affaire l’intransigeance manifeste de l’Europe dans la négociation. La pigiste de « Médiapart » se fait, sans originalité aucune, le chantre du « libéralisme autoritaire » qui vante l’effacement de la puissance publique. Elle prend sans retenue la défense d’un « État fort pour une économie libre » rappelant les origines « ordolibérales » du néolibéralisme (Wilhelm Röpke et Walter Eucken, dans l’entre-deux-guerres). Car pour l’auteur, avec l’Europe,  il ne s’agit que de « signer des traités de commerce juteux avec d’autres États », « d’imposer ses intérêts entre ces deux champs de force [les États-Unis et la Chine]».

Dans ce billet, les hypothèses concurrentes de l’ignorance et du cynisme doivent encore se départager.  La tentative de Carolin Emcke d’expliquer la colère (justifiée) de nombreux Britanniques non plus par la sape des infrastructures sociales, par un système de santé publique sous-alimenté et des investissements insuffisants dans les écoles, mais en incriminant les gouvernements britanniques (certes consentants) – cette tentative  tourne court. La commission elle-même n’a jamais renié l’orientation néolibérale de la construction européenne qui est l’accélérateur du processus de décomposition en cours en Grande-Bretagne. Bruxelles, comme fait semblant de l’ignorer la journaliste, a systématiquement favorisé la diminution des services publics et a découragé toute tentative des états. Il s’est avéré jusqu’à présent impossible de desserrer l’étau des politiques austéritaires qui détruisent les services publics et impossible de défaire les structures qui font l’emprise de la finance sur les gouvernements. C’est pourtant tout ce par quoi passe nécessairement une politique de justice sociale et qui est rendu impossible par les traités. Après les illusions de « l’Europe sociale », de « l’euro démocratique»  et de « la refonte des traités », il manquait sans doute dans cette campagne sans imagination, en première page de notre journal, le « faisons de la politique sans le pouvoir de décider en matière de monnaie, de dette ou de circulation des capitaux » d’une chroniqueuse allemande.

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