Le contre-budget des (In)soumis à la loupe, par Romaric Godin.

Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, pour que ces quelques mots ne soient pas exposés à un contresens de lecture, il faut réaffirmer en préambule de ce commentaire que cette critique s’adresse de l’intérieur à la France insoumise et qu’elle s’appuie pour les propositions sur le travail de Frédéric Lordon (« La malfaçon »).

Une nouvelle histoire a été ajoutée au recueil déjà bien épais des contes drolatiques de la France insoumise. Dans sa conclusion Romaric Godin, après avoir démontré point par point l’inanité du contre-budget mélenchonien, en souligne malgré tout les aspects positifs : il permet  sans aucun doute de pointer quelques maux réels de l’économie française et par la même occasion il permet à quelques députés d’exister un peu sur les bancs de l’hémicycle. Cette proposition, c’est la Blanche-Neige de l’économie alternative qui s’applique immédiatement dans le contexte merveilleux du fonctionnement actuel de la mondialisation et de l’union européenne ; Blanche-Neige avec ses sept nains : Mélancheux bavard, Généreux  rasséréné par la lecture appliquée de quelques notes du FMI, peut-être aussi Simplet en quelques exemplaires. Il était une fois … Loin des tourments de la marâtre et de son miroir libéral, il est en effet agréable d’imaginer que l’on pourrait relancer un investissement public centré sur la transition écologique et énergétique (sans abandonner pour autant  la politique de l’offre dans les PME transformées à l’occasion en havre de la créativité non productiviste et verte) ; il est agréable d’imaginer que l’on pourrait également stimuler la consommation intérieure et augmenter les prélèvements sur les avoirs des capitalistes compatissants. Il se pourrait cependant que Blanche-Neige ait beaucoup de mal à recracher le bout de pomme empoisonnée et que les 100 milliards d’euros prévus sur 5 ans ne soient pas investis à bon escient, le placement environnemental procède si peu en effet de la productivité ;  il est hautement probable même que les sommes injectées nourrissent encore et encore quelques « éléphants blancs » sous forme de produits couteux et polluants. Il se pourrait que la dite Blanche-Neige n’est pas même le temps d’ouvrir la bouche et que l’augmentation des minimas sociaux et les 15% d’augmentation du SMIC soient avalés en quelques mois par l’inflation (4,2%), le renchérissement des couts de production sont, sans lutte, en effet généralement transmis aux consommateurs. Mais il n’y a pas uniquement les contes de Grimm pour la France insoumise, il a, Mélenchon les raconte si bien,  les fabulettes mitterrandiennes : dégradation des soldes extérieurs, fuite des capitaux, hausse des taux d’intérêt et il est temps de recentrer les enfants.

Pour sortir de la crise, dans un cadre national, il faut annuler complètement ou en partie la dette souveraine, réarmer les banques centrales, reprendre le secteur bancaire et contrôler les capitaux. Il faut ainsi alléger le fardeau des débiteurs (inflation ou défaut) et cesser de préserver, au prix de l'austérité et de la dévaluation interne, c'est-à-dire l'ajustement par les salaires, les créanciers. Le coût de cette nouvelle politique est certes la ruine des banques mais aussi la possibilité, quasi gratuite, de leur (re)nationalisation. Toutes ces mesures sont nécessairement accompagnées d'une ingénierie du défaut, bien décrite dans « La malfaçon » de Frédéric Lordon, mais trop longue à exposer ici (création monétaire ; restauration des dépôts, du cash-flow des banques ; maintien de leur liquidités ; refinancement des passifs interbancaires et compensation des patrimoines des particuliers). Il faut aussi pour sortir de la crise réduire les interdépendances financières, renationaliser le financement des services publics. Il faut enfin généraliser les grands emprunts et le financement monétaire ; supprimer les marchés des changes et réduire le marché obligataire. L'euro actuel procède d'une construction qui donne toute satisfaction aux marchés de capitaux et qui organise leur emprise sur les politiques économiques. Il n'y a pas de convergence structurelle économique des pays de l'Europe. L'Europe a produit des effets de polarisation spatiale en approfondissant la division internationale du travail. Les différentiels de production et de coûts n'ont cessé de se creuser entre les économies de la zone Euro sans qu'ils puissent être accommodés par des ajustements de change. La seule possibilité d'ajustement a été celle réalisée par les baisses de salaire et le chômage rebaptisés dévaluation interne. Il faut se libérer de ce carcan de la monnaie unique mais ce geste correspond, rien que cela, au démantèlement de la politique économique présente et à l'expulsion des investisseurs internationaux du champ de la décision. Cette transformation, il va sans dire, est naturellement impossible dans un cadre international (spéculation et crise à la clé), elle implique un retour nécessaire aux monnaies nationales. 

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