Europe, drôle de jeu

La politique est ainsi un simple jeu auquel partis et médias convient électeurs et lecteurs. Faire de la politique pour de bon, modifier l’ordre des choses en ses structures néolibérales n’est plus à l’ordre du jour. Pauline Graulle dans son article, « La France insoumise et le «plan B»: quatre années d’ambiguïté », ne dit pas autre chose.

Avec l’union européenne, il y a une certaine dépolitisation des états qui sont soumis à une logique largement indépendante de toute délibération politique, de tout imaginaire et de toute représentation populaire. Les préoccupations du moment ne sont pas de défaire les politiques austéritaires qui détruisent les services publics, d’alléger les structures qui font l’emprise de la finance sur les entreprises comme sur les gouvernements. Elles ne sont pas d’avantage de modérer la concurrence libre et réellement faussée par le dumping social et environnemental, d’en finir avec les délocalisations sauvages. Tout cela, comme on le sait, est rendu formellement impossible par les traités. Verrouillée, la politique a donc lieu où elle peut : au moment des élections mais pas dans l’exercice du pouvoir ; dans les discours mais pas dans les changements impulsés par les états. Les peuples le savent qui s’abstiennent. La pratique est comme toujours dans la dénonciation impuissante ou démagogique qui impute à des forces autres que celles qui dominent les problèmes rencontrés. Elle est dans le jeu dactylographique des petites phrases, des comptes d’apothicaire et des alliances sans principe.

Il faut une certaine naïveté pour croire, comme le fait la journaliste de Médiapart, aux plans A et B de LFI. Mais le croit-elle vraiment ? Le plan A transpire l'angoisse de déchoir à un internationalisme mal pensé et apparait au mieux  comme une inconséquente tentative de négociation. Il est possible d'indiquer dès aujourd’hui le résultat qu’une telle démarche engendrerait : la rupture sous les coups de boutoir de l'ordo libéralisme allemand. La crise de la dette a mis Alexis Tsipras, le premier ministre grec, au pied du mur. Le plan B est encore moins praticable car il s'en suivrait nécessairement comme chacun le sait un départ de l'Europe avec des réactions considérables des marchés de capitaux, des fluctuations très grandes des taux de change que l'opinion n'est nullement préparée à accepter. L'Euro-Allemagne ne cèdera évidemment rien de significatif. Mais les indéracinables professionnels de la politique et de la prébende, s’ils sont prêts à se lancer dans un conflit, rassurons nous, c'est avec l'ardent désir de le faire durer, de ne pas le faire aller trop loin et de l'arrêter sitôt qu'un gain très médiocre mais présentable aura été obtenu. Pauline Graulle n’écrit-elle pas d’ailleurs et ceci malgré  l’absence évidente de résultat : « (…) plusieurs pays ont engagé un rapport de force avec la Commission européenne pour imposer leurs choix politiques nationaux : le Portugal et l’Italie sur le budget, la Pologne (…) Dans ce contexte, comment justifier la pertinence du recours à un « plan B » ? » En effet, pourquoi envisager de changer quelque chose, nous avons tout le temps.

Comme le dit si bien Pauline Graulle dans son papier, « L’hypothèse d’une sortie de l’Union européenne et de l’euro (…) cette idée, est devenue un boulet pour le mouvement. » Et d’ajouter avec beaucoup de pertinence, « (…) entre les élections européennes qui auront lieu le 26 mai prochain et le Brexit qui vire à l’inextricable, la perspective d’une sortie pure et simple de l'UE n’apparaît plus crédible. » Il faut naturellement comprendre ici, lourd et invraisemblable, au soir de l’élection, en terme de nombre de bulletins de vote et de strapontins, pas en terme de justice sociale qui, elle, est rendue impossible par les traités et les structures mêmes de l’Europe.  Que les partisans de l’Europe pour l’Europe se rassurent, ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles, rien ne changera. Quelques propos glanés dans le papier : « (…) un point d’équilibre est atteint, pensé pour agglomérer des gauches prétendument irréconciliables sur la question européenne (…)» ; « Jean-Luc Mélenchon sait qu’il [le plan A /B] pourrait entraver son ascension dans les intentions de vote, alors qu’un élargissement de son socle électoral, notamment vers la gauche traditionnelle, lui est nécessaire s’il veut pouvoir prétendre à l’Élysée. » ; Jean-Luc Mélenchon : « Ne croyez pas ce qu’ils vous disent : “Il veut sortir de l’Europe, de l’euro”, allons, un peu de sérieux. » ; « (…) LFI ne veut pas effrayer les classes moyennes et la gauche classique que la perspective d’une sortie de l’UE ou de l’euro rebute. » ; « (…) LFI amorce un changement de cap et ouvre la porte à un rassemblement avec les socialistes Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel qui n'ont jamais été sur une ligne eurosceptique. » ; «  (…) le mouvement entend constituer une alliance, la plus large possible, avec d’autres forces de la gauche radicale européenne. Or, les Espagnols de Podemos se sont clairement prononcés pour une renégociation des traités mais n’ont jamais envisagé une sortie de l’UE. » ; « Plus question [dans le programme de LFI] de la sortie de l’Union ou de la zone euro. Au contraire : selon LFI, la « désobéissance » n’engendrerait même pas une exclusion puisque la France désobéit déjà à certaines règles européennes, par exemple sur la qualité de l’air ! Il est donc possible de choisir de désobéir dès à présent » …

Des élections conçues comme un jeu, il résulte sans aucun doute une divergence irrémédiable de la politique et de l’état. Les problèmes rencontrés dans nos sociétés sont de moins en moins imputés aux forces qui nous dominent mais aux migrations, aux mœurs, à la corruption, etc. … L’état dans ces conditions devient de plus en plus incapable d’enrayer la violence des religions, des haines identitaires, des mafias para et extra étatiques. Aussi, cette non-politique n’est pas sans sujet et, participant sans critique, les médias ne sont pas sans responsabilité.  

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