Les sciences politiques accompagnent le pouvoir

Les experts en sciences politiques qui se sont réunis à Paris pour tenter de définir les origines du macronisme, nous dises des choses tout à fait intéressantes sur eux-mêmes et sur le champ de leurs recherches.

L’article d’Ellen Salvi « Aux prémisses du macronisme » commence par une naïve confession d’impuissance des soi-disant sciences : « […] les chercheurs en sciences politiques n’avaient pas vu venir l’élection d’Emmanuel Macron ». Dans le contexte marqué par la fin crépusculaire du quinquennat Hollande, la polarisation des électorats traditionnels par les primaires, l’assurance que Marine Le Pen serait au second tour et l’affaire Fillon, il ne fallait pourtant pas être grand clerc pour prédire que le microcosme de la politique politicienne, de la finance et de l’entreprise ferait surgir un candidat présentable et à son goût. Pas besoin non plus d’être l’Einstein des sciences politiques pour envisager, dans une ambiance de soulagement généralisé et d’euphorie médiatique, la victoire finale du dit candidat.

Deux jours de réunion où ont été exposés les travaux de trente chercheurs à base d’entretiens, de chiffres de campagne, de résultats électoraux et de composition de majorité parlementaire, deux jours donc ont accouché à notre humble avis de bien piètres résultats. Sans surprise aucune, nous apprenons qu’« En marche »  s’est construit dans la continuité du hollandisme et avec l’assentiment de cadres du parti socialiste. Qui s’étonnera en effet que la droite complexée (PS) ait laissé les coudées franches et aidé le candidat des banques à prospérer ? Nous apprenons également que « Du côté des patrons tout va bien », que le passage à la banque Rothschild du président des riches lui a permis de gagner ses galons et de « devenir respectable dans le milieu financier » ; que « les rendez-vous de la French Tech » au frais du contribuable  lui ont valu le ralliement des start-up. Nos chercheurs en sciences politiques rappellent d’ailleurs que l’assemblée nationale macroniste, si elle compte parmi ses membres un nombre certain d’oligarques et socio-démocrates reconvertis, comprend également  une quantité importante de chefs d’entreprise et  patrons loseurs marcheurs. Rien donc de nouveau sous le soleil. Les remarquables travaux des politistes enfin, là aussi sans aucune surprise, identifient les électeurs et les soutiens d’Emmanuel Macron. Son électorat comme nous le savons, en période de basses eaux de la participation, est issu de la droite complexée : « Le capital politique dont bénéficie Emmanuel Macron au départ vient bien du PS […]. Il est le produit d’une transformation lente du socialisme sur la question des marchés financiers, de l’Europe, etc. » ; et son soutien actuel, nous le savons aussi, est la résultante d’une bascule absolument triviale de la droite.

Si elles ne nous apprennent rien, il faut cependant reconnaitre que les sciences politiques accompagnent remarquablement et sans défaillir le pouvoir. Flagorneuses, utilisant tout à la fois le langage de la communication, de la publicité, de l’économie et du management, elles ont tenté, comme nous le voyons dans cet article, de réaliser la « sociologie d’une entreprise politique émergente » (sic). Fermes, elles se sont flattées qu’Emmanuel Macron ait été le seul à concentrer son propos, dans sa « communication négociée », c’est-à-dire dans ses prises de parole médiatiques, sur la « grandeur de proximité ». Elogieuses, elles ont remarqué que le candidat d’« En Marche » a d’abord multiplié les teasing en mettant à distance le rituel programmatique, qu’il estimait, à l’instar du PS, démonétisé. Perspicaces, elles ont souligné l’opacité des nouvelles entreprises que sont « La France insoumise » et « En marche ». Clairvoyantes, elles ont constaté que « La chambre de 2017 doit être une des plus entrepreneuriales de l’histoire de France » … Et de plus, les dites sciences politiques dans ce papier ne se sont pas embarrassées de scrupules méthodologiques, avec 15% de réponses à une enquête, elles n’ont pas hésité une seconde à tirer des conclusions définitives. Un chercheur en tête d’article déclare qu’une erreur d’analyse est intéressante puisqu’elle fait « disjoncter les cadres de pensée qu’on a habituellement ». Nous constatons pour notre part que les cadres de pensée des chercheurs de révérence depuis bien des années ne changent pas beaucoup.

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