Gérard Noiriel, Socio histoire de la France 1/3. Les permanences de la révolte.

« C’est à ce moment-là que deux options s’offrirent aux universitaires désireux de jouer un rôle civique : soit de participer à la gestion du pouvoir capitaliste, soit essayer d’expliquer les colères du peuple sans décider à sa place. »

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Gérard Noiriel met ses pas dans ceux d’Howard Zinn[1] et écrit à son tour « Une histoire populaire »[2]. Comme l’auteur étasunien, il éclaire les différentes formes de domination si communément responsables du malheur social et les dynamiques de la lutte des classes à l’œuvre dans notre pays. Comme lui, il met à la disposition d’un large public de vastes et complexes travaux, et il choisit pour cela la forme généreuse du récit. Cependant, il n’adopte pas, comme son célèbre devancier, le seul point de vue des dominés. Il préfère privilégier, sans rien omettre, les analyses de la domination et de la solidarité entendues comme l’ensemble des relations de pouvoir qui lient les hommes entre eux.  Et il accorde d’ailleurs une place particulière dans son ouvrage à l’une des plus puissantes relations de pouvoir, celle qui clive nationaux et étrangers et sépare les différentes composantes de la classe populaire.

Les permanences de la révolte

Les classes populaires se soulèvent unanimement pour former un peuple lorsqu’elles sont convaincues de leur bon droit. Elles s’approprient alors la critique qui  a cours dans le monde des dominants pour, prenant au mot les théoriciens de la dissidence, en faire un usage radical.  Au début du XVIe siècle en l’Alsace, les paysans et les artisans ainsi s’approprièrent la critique luthérienne pour défendre au nom de la foi leurs propres intérêts. Ils contestèrent certes les prêtres et l’utilisation des dîmes mais surtout réclamèrent la suppression du servage. Sans le soutien des bourgeois des villes et condamnés qu’ils étaient par Martin Luther, ces soulèvements paysans furent anéantis par les nobles sous commandement du Duc de Lorraine. Au total, c’est cent mille manants, qui trouvèrent la mort au cours de cet épisode de la lutte des classes.

Un certain nombre de facteurs doivent être réunis pour qu’une révolte puisse prendre de l’ampleur. Les paysans avant la Révolution ont pour eux le nombre (classe en soi capable de rassembler des dizaines de milliers d’individus) mais sont encore peu capables de formuler leurs revendications et d’affronter militairement la puissance royale (pas classe pour soi susceptible de critiquer le roi). Il leur faut donc trouver nécessairement des alliés, noblesse et bourgeoisie, au sein de la petite élite du monde rural. Même si elles sont le plus souvent instrumentalisées par les notables locaux et toujours violemment défaites par un pouvoir royal centralisé qu’elles ne menacent nullement, ces révoltes constituent un véritable mouvement populaire avec des rudiments effectifs de pouvoir. Les paysans vivaient dans des conditions très précaires et chaque hausse d’impôts suscitait de fréquentes révoltes. Le second quart du XVIIe siècle pour ces raisons fut un temps fort de vraies luttes populaires antifiscales.

Il faut quelques répétitions, une classe consciente d’elle-même et des conditions matérielles pour que des révoltes finalement conduisent à une révolution. Le soulèvement populaire de 1789 fut à ce titre exemplaire puisque dans un contexte d’aspiration bourgeoise à la démocratie et de contradictions économiques insolubles, il ne pouvait plus être instrumentalisé par une fraction de la classe au pouvoir. Dans le royaume de France en effet, les contradictions multiséculaires du système féodal atteignirent leur paroxysme à la veille de la révolution. D’un côté, la dette. Son poids avait notamment triplé en quinze ans dépassant la moitié du revenu annuel. Il était donc impossible de la rembourser sans rompre avec les privilèges, l’exemption et donc avec le régime lui-même. De l’autre côté, les affres du libéralisme. Quinze ans avant la Révolution, une grande mesure marqua ses débuts en France : la libre circulation des grains. Les mauvaises récoltes provoquèrent dans ce contexte libéral une hausse qui toucha très durement les plus modestes. Premier grand combat collectif contre le libéralisme et répétition générale du grand soir à venir, la crise économique fut le point de départ d’un immense soulèvement populaire (la « guerre des farines »). C’est en Île-de-France, épicentre de la future grande secousse, que la mobilisation atteignit d’ailleurs sa plus forte intensité. Réplique décisive des années précédentes, une nouvelle très mauvaise récolte généra toute l’année 1789 un climat de révolte urbaine généralisée. Dans cette situation, c’est la concentration des troupes aux portes de Paris qui déclencha alors la prise de la Bastille par le peuple du Faubourg Saint Antoine. Ce sont à leur tour des rumeurs dans les campagnes (vols des récoltes)  qui alimentèrent l’insurrection paysanne dans toutes les régions et qui par la suite poussèrent à la confiscation des biens de l’Église. C’est enfin l’invasion étrangère, la menace contre-révolutionnaire attisée en sous-main par louis XVI, Lafayette et une partie de l’armée qui justifièrent la prise d’assaut par les Sans-culottes des Tuileries, l’arrestation du roi et la fin de la monarchie parlementaire.

Bis repetita, quelques émeutes, une classe consciente d’elle-même et des conditions matérielles firent l’affaire. Il faut ajouter à ceci, comme une grande caractéristique du moment, la présence des armes au service de la citée (Garde nationale). Leur usage après cela devint une dimension illégitime de la citoyenneté. La crise économique de 1846-1847 était naturellement d’une importance capitale dans l’enchainement des évènements qui aboutirent à la révolution de février 1848. Elle provoqua l’augmentation du prix du pain, la diminution des salaires ouvriers et plusieurs jours d’émeutes  notamment au Faubourg Saint Antoine. La nouvelle bourgeoisie, nullement considérée par le régime monarchique, comprit qu’elle ne pourrait conquérir la place qui lui était due sans les troupes prolétaires. Elle sembla revendiquer alors la souveraineté populaire. En février 1848, la garde nationale se rallia aux barricadistes. Les insurgés contrôlèrent tous les lieux de pouvoir centralisés à Paris et s’en fût fait de Louis Philippe. Les citoyens-combattants comprirent rapidement qu’ils étaient privés de leur révolution.  Ils érigèrent à nouveau en juin des barricades et ils furent sauvagement réprimés par l’armée. Alors qu’en février les pertes avaient été relativement faibles (700 tués par l’armée, 100 par la garde nationale), en juin ce fût un véritable carnage (sans doute 80 000 victimes et 11 700 arrestations).

L’Histoire démontre qu’un peuple en arme peut, face à une force répressive considérablement affaiblie, renverser le pouvoir. Dans la seconde moitié XIXe siècle, l’industrie traditionnelle et « campagnarde » ainsi que l’artisanat des villes furent mortellement concurrencés par les nouveaux centres de production. Un nouveau profil de travailleurs parfaitement intégrés dans l’univers usinier, profil qui ne ressemblait ni à celui de l’ouvrier-paysan, ni même à celui de l’ouvrier-artisan, vit le jour. On assista alors à un renouveau de la combativité ouvrière servi par le développement urbain et encouragé par la naissance de l’Association internationale du travail de Karl Marx et Friedrich Engels. Dans les dernières années du second empire, avec le retournement de la conjoncture économique et la réorganisation de la fabrique, les grèves annonciatrices d’autre chose se démultiplièrent et furent réprimées par l’armée faisant de nombreux morts[4]. En mars 1871, après la capitulation devant la Prusse de Napoléon III, le siège de Paris, le rétablissement de la Garde nationale, la défense de la patrie en danger par le peuple parisien, la victoire aux élections des monarchistes, l’indigne traité de paix et le couard repli à Versailles de la nouvelle Assemblée, après tout cela le peuple parisien humilié mais affermi et armé se souleva et chassa l’armée de la capitale. La Commune fût l’ultime et exemplaire sursaut de la citoyenneté par les armes. Cependant après soixante-douze jours, Adolphe Thiers avec le soutien de Bismarck reprit Paris. La première offensive fit mille morts et trois mille prisonniers parmi les communards ; la seconde entre 5700 et 7400 morts, 43 000 prisonniers (10 000 condamnations : 100 à morts et 3800 à la déportation). L’état de siège fût maintenu jusqu’en 1876 et l’amnistie ne fût accordée qu’en 1880. 

La IIIe République d’avant la grande guerre fut de bout en bout le régime bourgeois par excellence où les inégalités ne cessèrent de s’accroître et où le mouvement ouvrier lui ne cessa de s’affirmer. Le pouvoir républicain monarchiste, au lendemain de la Commune, fut pris au dépourvu quand la première grande crise du capitalisme[5],  avec montée en puissance du prolétariat industriel, fut venue. Ce fut alors après deux décennies de conservatisme, au tour du parti républicain de s’imposer et d’imposer durablement à la multitude. La démocratisation de la vie publique par un nouveau pouvoir conciliant fut vite stoppée par la multiplication de longues et spontanées grèves dans les bassins de la grande industrie. Soutenant le grand patronat et insensible aux ravages inouïs dans les classes populaires, le camp républicain défendant bec et ongles ses seuls intérêts, approfondit le programme économique libéral des conservateurs. Les stratégies bourgeoises d’évitement et de répression dès lors se multiplièrent.  La presse fait-diversière imposa, contre toute réalité, une vision d’une France aux prises avec la violence.  On assista ainsi, visant à se prémunir de la soi-disant concurrence étrangère, à l’instrumentalisation de la toute nouvelle question de l’immigration ; on assista aussi, visant cette fois à satisfaire ses électeurs, à un tournant sécuritaire des Républicains qui fit des dizaines de milliers de déportés.  Tout était bon. Tandis que le siècle s’achevait, on fit entrer un socialiste[6] au gouvernement avec pour lui l’impossible horizon de pacifier les relations de travail. Le réformisme ignorant et sans science se heurta comme de bien entendu à l’intransigeance absolue d’un patronat soutenu par une population encore peu prolétarisée ; il se heurta également au refus de la collaboration de classe d’un mouvement ouvrier révolutionnaire en pleine ascension[7]. Le bloc des gauches lui-même, inaugurant le siècle en réunissant Radicaux et Socialiste, privilégia le combat religieux[8] pour éviter d’avoir à affronter la lutte des classes. Clemenceau prit la suite et fit face avec ses quarante-cinq mille soldats dans Paris assiégé, il réprima les grèves dans le sang et engeôla à tour de bras[9]. Les tensions extérieures sur la scène coloniale enfin servirent d’exutoire à la montée en puissance du mouvement ouvrier, alors la question sociale vira à la question nationale et la première guerre mondiale marqua avec l’Union sacrée une ignoble pose dans la poussée révolutionnaire.

La gauche se renforce en actualisant ses divisions. En moins d’une décennie, la France qui souffrait d’un profond déficit démographique, s’industrialisa et se prolétarisa en embauchant femmes et immigrés en grand nombre[10].  Dans un pays exsangue en proie à la faim et au chômage, le mouvement revendicatif reprit naturellement ses droits dans l’immédiat après-guerre. Les grèves de 1920 furent pourtant liquidées dans un bain de sang par la gauche. Millerand fit appel à l’armée pour la chagrine besogne et aux grandes écoles pour le besogneux chagrin ; il décréta la réquisition des chemins de fer et révoqua quinze mille cheminots.  La défaite et l’invention d’un nouveau prolétariat dans les années vingt mirent un point d’arrêt au mouvement social, arrêt qui s’accompagna d’un net recul des droits sociaux et d’une taylorisation à marche forcée du travail. La sociale démocratie avait collaboré au carnage nationaliste[11] tandis que le mouvement révolutionnaire avait au contraire contribué à hâter la fin des combats. La scission entre révolutionnaires et réformistes se produisit nécessairement en 1920 lors du congrès de Tours. La scission eu lieu pareillement à la CGT. Absolument tout distinguait alors le parti de la classe ouvrière des autres partis de gauche. Le PCF articula la lutte du prolétariat le plus déshérité  et celle des peuples opprimés. Il concentra ses forces dans les grandes usines où étaient rassemblés le plus grands nombre de travailleurs et ouvriérisa le parti ; il syndicalisa les immigrés, s’engagea fermement dans le combat anticolonial et accueillit dans ses rangs les leaders des mouvements indépendantistes.

Seules l’action collective et les pressions sur le pouvoir politique permettent de faire payer les riches. La grande dépression du début des années trente provoqua une droitisation plus forte encore des radicaux au pouvoir notamment en matière d’immigration, de sécurité et de laisser-faire fiscal. Elle fit aussi en grand nombre d’excellents droitiers, d’excellents nazis qui s’en prirent puissamment à la démocratie et à l’Etat social[12]. Le PCF opposa alors une stratégie résolue de Front populaire anti fasciste. La grave crise économique marqua au même moment le réveil de la classe ouvrière initié par le PCF et le retour en force des grèves culminant à l’été 1936. Ce retour devait permettre la victoire et le maintien à gauche de la gauche. Les revendications que les experts, les gouvernants et les patrons jugeaient utopiques devinrent, avec le rapport de force, réalité. Au printemps 1938, Hitler avait envahi l’Autriche et sa politique agressive rendait inévitable une nouvelle guerre mondiale. La majorité des Français voulut pourtant éviter à n’importe quel prix de replonger dans un conflit. Lorsque l’action collective et les pressions sur le pouvoir politique refluent, la gauche de gouvernement fléchie immanquablement à droite. L’union de la gauche se fractura lorsque Blum refusa d’intervenir aux côtés des républicains espagnols ; le gouvernement démissionna lorsque les moyens de sa réforme économique furent refusés par le Sénat. Les radicaux revinrent par conséquent au pouvoir avec une politique économique libérale et étatique autoritaire. Ce fut la revanche sans merci des patrons. Daladier liquida les lois sociales qu’il avait, à son corps défendant, contribué à faire triompher. Il réprima durement la grève générale déclenchée dans un dernier sursaut à l’automne 1938[13], il fit la chasse aux étrangers et parqua les réfugiés dans des camps. Il fit enfin, à la veille de la guerre et ceci après la signature du pacte germano soviétique, interdire le PCF.

L’attaque de l’URSS en juin 1941 provoqua une radicalisation de la résistance communiste et la mise en place des FTP et du MOI qui regroupèrent un grand nombre de combattants par profession et d’étrangers en arme. C’est l’attentat par le Colonel Fabien  d’un officier allemand qui marqua le début de la lutte armée et qui déclencha l’ignoble riposte des nazis et de leurs supplétifs[14]. La répression provoqua une hécatombe parmi les dirigeants communistes[15]. En 1941, les gaullistes avec une majorité de Français réprouvèrent alors les actes terroristes. Il n’en était plus de même en 1942-1943 avec l’engagement des USA en Afrique et l’occupation de la zone libre, avec la défaite de Stalingrad, le débarquement allié en Sicile et la chute de Mussolini, avec le STO abondant le maquis. Jean Moulin fut chargé par De Gaulle de coordonner les différents mouvements de résistance qui se réunir à l’été 1943 au sein du Conseil National de la Résistance (CNR). Ce conseil mit en place les FFI qui jouèrent un grand rôle à la libération. Avant le déclenchement de la guerre froide et alors que le pays délivré était en butte à de graves difficultés[16], les communistes, qui eurent plusieurs ministres au gouvernement, se lancèrent dans la bataille de la production et abandonnèrent pour toujours l’espoir d’une révolution.

La lutte des classes s’intensifiât pendant la guerre froide. Des grèves importantes se multiplièrent en 1947 et 1948 avec des émeutes meurtrières dans de nombreuses villes. Les conditions de vie catastrophiques des classes populaires surtout mais aussi leur exclusion politique dans un contexte de tension internationale expliquent ces formidables mouvements. Il est remarquable de noter que la remise en cause des acquis de la libération et la féroce répression furent une fois de plus l’œuvre d’un gouvernement dirigé par des socialistes. Ceux-ci légiférèrent contre le droit de grève, développèrent les forces de répression, mobilisèrent les réservistes, envoyèrent les blindés dans les bassins houillers. Rien n’y fit. Dans les années cinquante, alors que le rationnement avait cessé et que la production avait pris son envol, les avancées sociales procédèrent alors du rapport de force permanent avec l’incontournable classe ouvrière qualifiée, réformiste et engagée. La politique communiste fut durant ces années un indéniable instrument  d’unification[17] et d’intégration des salariés dans le monde consumériste et productiviste.

Durant vingt ans, l’économie Keynésienne permit une expansion sans précédent. La productivité, la consommation et les revenus salariaux furent multipliés par trois. Le nombre d’actifs alors augmenta nettement et la nature du travail changea significativement[18].  Le patronat fit appel au secteur rural, aux femmes et aux travailleurs immigrés pour combler le manque criant de main d’œuvre[19]. Les revenus de la croissance furent très inégalement répartis mais la société de consommation et de télévision devint pourtant une réalité pour les classes populaires. Le déclin de l’industrie lourde au profit de nouvelles branches (l’électronique et l’informatique) fut le résultat d’une nouvelle division internationale du travail qui débuta dès les années soixante. Cette restructuration industrielle, dans des secteurs vieillissants mais également en pleine croissance, engendra d’importantes grèves[20]. En mai 1968, la révolte ouvrière fut amplifiée et saisie par l’émergence de causes transverses reflétant les mutations de la société française telles que le féminisme et le mouvement de la jeunesse. Les évènements estudiantins débutèrent à Nanterre et furent suivis de la fermeture de l’université et de l’occupation de la Sorbonne. Les heurts quotidiens avec la police et l’érection de barricades au quartier latin se poursuivirent jusqu’à la mi-juin. Les grèves, sans mot d’ordre, avec comités d’action, comités de soutien, assemblées générales et prises de parole, s’étendirent alors à tout le pays. Organisations de masse, le PCF et la CGT bureaucratisés, notabilisés et durablement absorbés dans les structures du capitalisme, s’alarmèrent pour la seule élection de l’union de la gauche. Continûment débordés et hostiles au mouvement soixante-huitard, mouvement qui leur était passablement étranger (jeunes, OS, immigrés), ils se trouvèrent sitôt appartenir à la poubelle de l’histoire. Les accords de Grenelle furent d’ailleurs fortement marqués du sceau de leur foncière incapacité. Aveugle à l’émergence de nouvelles revendications et de nouveaux acteurs, ils se focalisèrent désormais  essentiellement sur les élections, les augmentations de salaire et les droits dans l’entreprise. Dans les années qui suivirent le joli mois, la mobilisation enrichie des nouveaux mouvements sociaux se maintint pourtant à un haut niveau.  Nombreuses furent les grèves ; nombreux les mouvements à la gauche de la gauche qui politisèrent les questions de l’immigration, du racisme, de la place de la femme, des sexualités, de la prison, de la psychiatrie, de l’écologie, des nationalismes, etc. Le capitalisme en crise se restructura alors pour défaire durablement toute contestation autre que celle des mœurs, toute vision collective autre que celle de victime hors classe. L’élection de la « modernité »[21] au mitan des années soixante-dix marqua en son contraire l’arrêt de l’élan soixante-huitard en faveur des classes populaires ; celle de la « droite complexée »[22] dans les années quatre-vingt permit, sacrifiant les classes populaires consentantes, l’entrée de plain-pied dans le libéralisme économique. Fuyant le front social, le PS opéra un retour autochtone sur le front national sécuritaire. Quatre décennies de démantèlement des droits sociaux, de restriction des libertés, de privatisations, de délocalisations, d’augmentation du chômage et de baisse massive des impôts accentuèrent considérablement les inégalités sociales. 

 

[1] « Histoire populaire des Etats-Unis » Howard Zinn, Editions Agone 2003.

[2] « Une histoire populaire de la France » Gérard Noiriel, Editions Agone 2018 

[3] « L'Âge des extrêmes » Eric John Hobsbawm, Editions Complexe et LMD 2000.

[4] 1869, répression des mineurs près de Saint Etienne : 14 morts ; 1870, au Creusot : 6 morts.

[5] 1873-1896, « Grande dépression ».

[6] 1899, Alexandre Millerand SFIO.

[7] 1895, fondation de la CGT ; 1906 charte fédéraliste d’Amiens.

[8] 1902, loi sur les congrégations ; 1905, loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.

[9] 1905-1909, plus de quatre millions de jours de grève ; grève de Courrière 1906,  grève générale de mai 1906, révolte du mouvement viticole de 1907 …  5 morts à Narbonne et 2 dans les Vosges en 1907 ; 2 à Draveil et Villeneuve-Saint-Georges en 1908 …

[10] Fin 1920, la France avant les USA est au premier rang mondial pour l’immigration : 2.106 immigrés sont recrutés en quelques années.

[11] Pendant la guerre, Jules Guesde fut ministre d’État et Léon Blum ancien chef de cabinet du ministre des travaux publics. Une cinquantaine de parlementaires sur soixante-huit refusent de rejoindre IC alors que 70% des délégués décident d’y adhérer.

[12] Les affrontements de la droite et de la gauche firent des dizaines de morts.

[13] 800 peines de prison et 28.103 licenciements.

[14] Septembre 1941, plusieurs résistants communistes guillotinés par Vichy ; octobre 1941, exécution de 55 otages (27 dirigeants communistes de Châteaubriant dont Guy Môquet). 

[15] Sampaix, Sémard, Politzer.

[16] 600.103 morts, une partie de l’industrie à l’arrêt, des millions de sans logements, des classes populaires au pouvoir d’achat en berne confrontées à des pénuries alimentaires.

[17] Le PCF alors contribua au rapprochement avec les ouvriers immigrés qui jouèrent un rôle important dans les grèves de la décennie et furent l’objet d’une forte répression. 

[18] La population active augmente de pratiquement 15%, le monde agricole s’effondre à 1% des actifs, le nombre des travailleurs indépendants diminue tandis que celui des classes moyennes augmente nettement. Les ouvriers moins qualifiés demeurent cependant la classe la plus nombreuse avec presque 50% de la population active.

[19] Le travail féminin peu qualifié représente 39% des emplois et 50% des postes créés. Avec 4,1.106 travailleurs, les immigrés, également peu qualifié, ont augmenté leur nombre de 140%.

[20] 1961, mines de charbon de Decazeville ; 1963, mines de fer de Trieux et charbonnages de France ; 1967, sidérurgie, chimie Rhodiaceta ; janvier 1968, SAVIEM de Caen.

[21] Valéry Giscard d’Estaing et la droite.

[22] Mitterrand et la gauche de gouvernement.

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