Prédire le passé

Tout est dit dans le préambule de l’excellent interview de Romaric Godin : « Quelle théorie économique après la crise ? ». Un économiste de l’OFCE (Francesco Saraceno), comme toujours et avec naturellement un excellent esprit de synthèse, nous prédit le passé. Pour l’avenir, comme nous le savons trop, il ne faut pas compter sur les organismes internationaux.

Il faut la mémoire décidément bien courte ou un drôle de culot pour parler de ruine du keynésianisme  et surtout de consensus dans les années quatre-vingts sur les théories libérales (rebaptisée pour l’occasion théories classiques). Le keynésianisme se serait fracassé sur la crise des années 1970 (la comparaison de ces années avec 1929 et la longue période de libéralisme que nous avons vécue est à n’en pas douter une plaisanterie de très mauvais gout). La libération des capitaux a été imposée à un moment de reflux du mouvement social pour des raisons idéologiques par un quarteron de néolibéraux anti inflationnistes et fermement déterminés à contraindre les états à l'orthodoxie budgétaire stricte. Cette libéralisation des capitaux a eu pour but pratique, des pays à forte épargne vers ceux à déficit chronique et faible croissance, de rendre le plus facile possible leur circulation internationale. Le nécessaire investissement comme nous le savons ne requérait aucunement les désastreuses recettes thatchériennes et reaganiennes. Nous apprenons dans ce préambule que le soi-disant « nouveau consensus » réhabilitait l’efficience des marchés. Depuis la déréglementation financière tout azimut, tous les deux ans et demi il y a une crise. Souvenons-nous: 1987, crash de Wall Street ; 1990, crise immobilière et des Caisses d'Epargne étatsuniennes ; 1992, première crise du Système Monétaire Européen ; 1993, deuxième crise du SME ; 1994, crash obligataire étatsunien ; 1997, première crise financière internationale (Thaïlande, Corée, Hongkong) ; 1998, deuxième crise financière internationale (Russie, Brésil) ; 2000- 2002, éclatement de la bulle internet ; enfin 2007-2008, crise actuelle qui s'éternise... Dans un passé que ne veulent pas connaître les experts alzheimeriens, la régulation a cependant permis de traverser les années 1969-1975 sans une seule crise financière.

Francesco Saraceno revient lors de son interview sur les erreurs des politiques économiques induites par ces théories et appelle à un changement radical de méthode. Après les promesses de moralisation du capitalisme voilà qui met du baume au cœur. Selon lui, aucune théorie ne peut répondre à tout, en tout temps et en tout lieu. Ce que nous savons pour notre part est que la théorie libérale pour l’immense majorité ne répond à rien, en tout temps et en tout lieu.   

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