La résistible ascension écologiste

Andréas Malm dans son « Comment saboter un pipeline » interroge l’absence quasi totale de violence chez les écologistes. Une génération verte après la COP 1 , le bilan pour le mouvement pacifiste est pourtant affligeant sans que rien dans ses analyses et les modalités de son action, ne semble jamais pouvoir être remis en question.

« Comment saboter un pipeline » Andreas Malm, Editions La fabrique juin 2020. « Comment saboter un pipeline » Andreas Malm, Editions La fabrique juin 2020.

L’impuissance du mouvement écologiste

Pourtant depuis 1995[1], les émissions annuelles de CO2 ont augmenté de 60% et plus de 10 gigatonnes de carbone sont désormais chaque année relâchées dans l’atmosphère[2] portant la concentration de CO2  dans l’air à plus de 410 ppm[3]. Les deux tiers des capitaux placés dans les projets de production d’énergie sont allés dernièrement à des installations fonctionnant au pétrole, au gaz ou au charbon  et ni les manifestants déguisés en animaux, ni les cantines vegan, ni les porteurs de pancartes aux carrefours jouant, dansant, jonglant ou offrant des graines aux automobilistes furieux, ni même, sur les grandes artères, les acteurs improvisés, déguisés en fleurs, arbres ou animaux n’ont pu infléchir cette irrésistible ascension. L’éducation, l’expertise, le sens inaltérable des responsabilités de la gent écologiste, si prompts à séduire les décideurs de tout poil et la médiatocratie aux ordres, n’ont malheureusement pas empêché en 2018 les investissements dans les énergies renouvelables de diminuer de 1%, ceux dans le charbon d’augmenter de 2% et ceux dans l’extraction du pétrole et du gaz de bondir de 6%. Les océans et la terre désormais ne parviennent plus à absorber les gaz émis et se mettent à leur tour à désorber du CO2 et CH4. Depuis la première conférence sur le climat, on a extrait plus de carbone que durant les 75 ans qui l’ont précédée et les catastrophes dans le monde n’ont pas manqué, en proportion, de se multiplier[4].

Au niveau de l’accumulation du capital aucun signe de transition énergétique n’est donc perceptible. Les profits sont colossaux[5], les prévisions euphoriques[6] et le capital financier au rendez-vous[7]. Les actions sit-in, die-in, jail-in, etc. … si créatives, impeccablement pacifiques et médiatiquement compatibles n’ont pas pu  entamer l’exploitation inexorable de la nature. Le système énergétique actuel, le plus grand jamais conçu, repose à 80% sur du combustible fossile. Près de la moitié de la capacité d’exploitation des combustibles fossiles a été mise en service après la COP10  de 2004. La durée de vie d’une installation étant le demi-siècle, les émissions de CO2 engagée jusqu’à la fin des installations peuvent être d’ores et déjà calculées. Les centrales électriques en fonctionnement provoqueront à elles seules un réchauffement inexorable de la planète de 1,5°C tandis que l’inclusion de celles en projet ne permettra aucunement de rester en deçà des 2°C fatidiques. Pour un réchauffement inférieur à 2°C, il faudrait aujourd’hui prohiber tout nouveau système émetteur de CO2 et désactiver 20% des centrales existantes utilisant des combustibles fossiles.

Une agitation sans mouvement

C’est un bilan optimiste des « manifestations jeunes, joyeuses, exubérantes, respectueuses et ordonnées » qui à grands traits est dressé par un auteur présent lui-même au centre des foules bigarrées. Le satisfécit est général pour les mouvements Européens[8], étasuniens[9] ou mondiaux[10] des années 2010 qui ont été crescendo et fortississimo. Le contentement de soi n’est pas moindre quant aux moyens d’action mis en œuvre. « Incontestablement, cette posture [« douceur et  modération extrêmes »] a bien servi le mouvement. Elle confère beaucoup d’avantages tactiques [« le mouvement a séduit tout le monde »] » (p. 30). Il semble cependant que le mezzo-voce, le pianissimo de la protestation ait été peine perdue, après le decrescendo, le doloroso par où est passé l’absence assourdissante de solution sur le climat. La relativement modeste expression des écologistes a eu apparemment pour seule réponse positive le «gueuloir» des médiats définitivement reconverti au parlé vert  et à l’esthétique toute adolescente d’un discours enfantin à l’ONU, d’un sablier stylisé ou bien de militants pingouins, tigres et ours …

La question des moyens d’action

Toutes ces années, le mouvement pour le climat n’a pas entamé la progression inexorable de l’exploitation des combustibles fossiles. Le sentiment de l’absolue impuissance écologiste soulève donc nécessairement chez l’auteur la question des moyens d’action et des cibles potentielles : pourquoi restons-nous si sages face au phénomène sans précédent, en termes d’étendue et de conséquences, que représente le réchauffement climatique ? Andreas Malm s’étonne : le pourcent le plus riche de la planète a une empreinte carbone 175 fois supérieure à celle des 10% les plus pauvres[11] ; le demi pourcent le plus riches émet  une fois et demie de plus que la moitié de la population mondiale la plus pauvre[12]. Il prend comme exemple la consommation de luxe des SUV[13] qui est le deuxième facteur le plus important d’augmentation d’émission de CO2 depuis 2010[14]. Andreas Malm questionne : « Quand commencerons-nous à nous en prendre physiquement aux choses qui consument cette planète et à les détruire de nos propres mains ? Y a-t-il une bonne raison d’avoir attendu si longtemps ? Alors pourquoi ce genre de chose n’arrive-t-il pas [rayer les SUV] ? Parce que les gens auxquels le changement climatique tient à cœur sont simplement trop gentils, trop éduqués, pour faire quoi que ce soit de cet ordre ? » (p.15) Dans ce questionnement faussement naïf de l’auteur, les hypothèses concurrentes de l’ignorance et du cynisme doivent pourtant encore se départager.

Une critique déconnectée

Andreas Malm refuse le discours écologiste prônant le pacifisme intégral comme seul moyen de lutte. Il combat très longuement ce courant et, sans péril mais aussi sans gloire, casse bien inutilement les ailes de ce brinquebalant moulin à vent. Dans la version qu’il attaque, celle de Chenoweth et Stephan, théoriciens de la résistance civile ayant inspiré les fondateurs d’Extinction Rébellion, le pacifisme est un mélange éhonté de niaiseries et de falsifications les plus grossières. Les analogies avec les luttes passées –  contre l’esclavage ou l’apartheid, pour les droits civiques ou le combat des suffragettes, luttes où sont gommées toutes formes de violence –  laisse bouche ouverte et bras ballants. Comme le souligne l’auteur lui-même et comme cela se vérifie encore en matière d’écologie, une grande part de la pensée anglo-américaine consiste à invalider toute pensée radicale en présentant une histoire aseptisée des mouvements sociaux. Il coute d'y revenir car le bénéfice qu'un lecteur un peu informé peut tirer d’un tel débat est à peu près nul. Passé un certain degré de bêtise, les théories pacifistes devraient en effet cesser d’intéresser.

Ce que l’on peut reprocher cependant à Andreas Malm, c’est de lier son bilan et sa critique à rien de fondamental, de ne pas apercevoir les conséquences politiques de son positionnement, de s’en tenir à un écologisme déclamatoire sans suite et à de simples postures.  Comme l’affirme l’auteur, « Les combustibles fossiles et les technologies qu’ils alimentent sont des forces productives imbriquées dans les rapports de propriété capitalistes » (p. 70). Mais alors qui peut se figurer qu’un mode de production dont l’essence vitale même est la croissance peut se mettre un jour gentiment à la transition énergétique ?  La compulsion propre des dirigeants, qu’il faudrait convaincre et moraliser, ne fait rien à l’affaire, n’en déplaise à l’auteur. (p. 11) Le spectacle du capitalisme est aujourd’hui d’une grande obscénité. Certes,  les catastrophes climatiques sont désormais visibles à l'œil nu, l’empoisonnement de la planète généralisé mais les inégalités prodigieuses, la sécession de fait des classes possédantes, le contrôle policier total à au-dedans des frontières, l’homicide des migrants au-dehors et le désastre existentiel partout ne sont pas moins discernables. Dans ces conditions, attendre, espérer encore des institutions électorales et de L’État colonisé par les puissances du capital ne semble simplement pas à la hauteur de la catastrophe. Malgré cela, Andreas Malm écrit : « Imaginons que les mobilisations de masse de la troisième vague deviennent impossibles à ignorer. Les classes dirigeantes ont-elles-mêmes tellement chaud – peut-être leurs cœurs se mettent-ils à fondre un peu à la vue de tous ces enfants avec leurs pancartes peintes à la main – que leur entêtement fléchit. (…) Il faut laisser au mouvement la chance de mener ce scénario à terme (…) quelques années (…) » (p. 31) « En fin de compte, ce sont les États qui imposeront la transition ou bien personne. » (p. 84-85) Concernant le capitalisme et son État,  Andreas Malm oblige à faire des choix cornéliens. Il sait ce qu’il dit ou bien il ne le sait pas mais aucun de ces deux cas n’est malheureusement à son avantage. L’expérience désastreuse d’une génération entière de militants écologistes ne parait pas encore suffisamment l’affecter.

La guerre des boutons écologiste

En matière d’écologie, nombreux essais paraissent se partager entre ceux qui ne voient pas ce qu’il y a à voir et ceux qui ne veulent surtout rien faire quand bien même ils ont un peu vu. Andreas Malm, qui ne propose en vérité peu de chose, appartient de façon troublante à cette deuxième catégorie. Pour Andreas Malm, qui fait essentiellement parler les autres (p. 86) lorsqu’il s’agit de destruction de biens, « Il semble qu’il faille l’éviter autant que possible. Même les marxistes révolutionnaires devraient la considérer comme à priori mauvaise, la propriété étant la forme sous laquelle le capitalisme prend au piège les forces productives qui pourvoient souvent à des besoins humains. » (p. 131) De plus, « (…) ce serait une catastrophe pour le mouvement (…) si ces action faisaient accidentellement des morts et des blessés. Le capital moral accumulé par le mouvement pour le climat pourrait se voir dévalorisé ou effacé d’un coup.» (p. 139). Voilà qui rend caduque les appels au sabotage que semble suggérer le titre de l’ouvrage et sans doute aussi un peu vaine l’argumentation toute scolastique qui dans le livre compare terrorisme (rayer les SUV) et sabotage (dégonfler les pneus des SUV). Nous ne saurons pas ce qui fera reculer la destruction de la planète et disparaître l’utilisation des combustibles fossiles. Pour Andreas Malm, il est surtout urgent de ne rien changer. Peut-être, comme dans l’ouvrage, un peu d’histoire, de psychologie, quelques admonestations car le productivisme a des racines hélas beaucoup plus profondes que le simple effet de la mondialisation sur les populations ?

Malgré tout ce qui parait l’interdire, Andreas Mam envisage, du bout des lèvres, conditionnellement quelque glissement hors d’un pacifisme intégral du mouvement écologiste. Le nombre et la diversité des acteurs lui semblent en effet rendre à terme inévitable la pluralité des tactiques. Il envisage donc de circonscrire la violence, voire de l’empêcher. Il convient pour l’auteur de ne pas considérer comme fixe le niveau actuel très faible de tolérance à la violence chez l’homme au corps repu et à l’esprit amnésique, l’homme abreuvé d’images, à l’abri des rigueurs du présent et des drames du passé mais de tenter de tendanciellement l’augmenter pour le maitriser dans ses variations possibles. Pour cela nous dit-il, « Les militants du climat doivent marcher devant – pas trop loin ce qui les mèneraient à l’isolement (…) Et les actions doivent être menées uniquement si le plan, l’objectif et l’exécution peuvent être expliqués et recueillir des soutiens, dans un rapport étroit avec le niveau de sensibilité existant, afin de le faire monter d’un cran. » (p. 150)  Cependant, « Les praticiens de l’action directe (…) se doivent de faire progresser, non reculer, la cause (…) être prêt à infléchir ou interrompre [l’action de sabotage]  s’il devient évident qu’elle doit entrainer trop de représailles, de diffamation ou d’embarras pour le mouvement. (…) Pourquoi provoquer L’État et soumettre le mouvement aux mesures les plus sévères de L’État ? » (p. 153) « Si le militantisme radical accélérait [la criminalisation de toutes les formes de manifestation non violente pour le climat en cours] au point de nuire irrémédiablement à la poursuite du mouvement, on aurait alors une influence néfaste du flanc radical. » (p. 156) Les militants du climat « respectables » de leur côté doivent sans doute tolérer ce flanc gauche artefactique et absolument improbable dans les conditions énoncées par l’auteur. En effet, « Pour être invitée à la table de négociation, XR ou les organisations équivalentes pourraient bien avoir besoin d’un peu d’aide non sollicitée (…) L’influence bénéfique d’un flanc radical  en conséquence présuppose (…) une division du travail (…) : les premiers portent la crise jusqu’au point de rupture tandis que les seconds proposent une issue. » (p. 151-152). Cependant, les seconds doivent impérativement condamner les premiers : « S’ils applaudissaient les fauteurs de troubles violents ou qui menacent de l’être, ils ne gagneraient pas cette respectabilité qui leur vaut d’être invités à participer aux décisions gouvernementales. » (p. 152)  [XR a] fait bien plus pour imposer l’idée de l’urgence climatique qu’un millier d’articles de revues scientifiques (…) la chambre des communes comme le parlement européen ont donné suite (…) en déclarant officiellement l’état d’urgence climatique, sans toutefois, naturellement, prendre aucune mesure réelle à la hauteur de la situation. » (p. 162-163) Andreas Malm enfin enfonce un peu plus le clou et conclue son livre par un historique des sabotages pratiqués par les écologistes[15] des années 1980 au début des années 2000 : « (…) le mouvement pour le climat a décollé précisément parce qu’il n’avait aucun lien avec l’écosystème d’EF!/ALF/ELF. (…) Ces milliers de sabotages ont eu très peu d’effets immédiats et avec le recul, leur bilan apparait apparaît parfaitement nul. » (p. 176)

Accompagner le changement

La militance écologique dans ses modalités d’action, comme on le voit,  est déterminée toute entière de l’extérieur. Le militant écologiste le plus souvent semble «parlé » par les gens de pouvoir et les médiats. Ce sont en effet les forces de l’ordre qui généralement fixent le niveau de violence. Depuis toujours, résultant d’un enchaînement infini de causes et d’effets, d’actions et de réactions, la violence surgit intempestivement. La violence circule de l’attaque à la contre-attaque, de la brutalité des puissants à la défense des dominés. C’est le pouvoir de même qui  impose sa perception. Ainsi, il commande aujourd’hui une double perception qui oppose l’hypersensibilité à la violence lorsqu’elle s’exerce sur l’individu archétypal occidental  et sur ses biens à son hypo sensibilité lorsqu’elle s’applique aux masses indistinctes. L’état plus que jamais a le monopole exclusif de la violence et il a fait chuter plus encore le seuil admissible de certaines violences mais sans dissiper ni la prédation capitaliste, ni les ravages de la nature sous toutes ses formes, ni les exactions policières et militaires contre les dominés. Les quarante ans de prohibition de la violence politique font qu’aujourd’hui le seuil de son acceptation est extrêmement bas. Les conflits ne semblent plus relever désormais de l’histoire, de la logique sociale mais de la fatalité, de la morale ou de l’erreur. Il y a indubitablement une perte d’expérience de l’individu européo-américain dont le militant écologiste est l’archétype. Pour lui, pas d’engagement tranché, pas d’attachement véritable et pas de perte ; pas d’opinion et par conséquent le plus souvent, comme le souligne Andreas Malm lui-même[16], pas de répression.

L’inventaire précis des violences faites à la nature, l’urgence de la crise climatique semblaient appeler une certaine réplique d’Andreas Malm et de ses amis. Dans ce cadre, il aurait fallu sans doute considérer la violence comme un moyen parmi d’autres et une réaction inévitables qu’il convenait en effet d’impérativement circonscrire[17]. Il n’en a rien été. Il faut alors s’interroger, pourquoi ce titre provocateur, cet appel sans suite, ces paroles qui n’engagent aucun changement dans les modalités d’action ?   Il s’agit, sans nul doute, en période d’instabilité de persévérer dans l’évitement et faire perdurer quelques trafics mutuellement avantageux, les militants écologistes encaissant les profits des « grandes consciences» et les  gens de pouvoir les profits de donner la parole à des « grandes consciences » avec la certitude que rien ne sera modifié. Il s’agit de parler haut pour ne rien dire, d’échapper au réel en se laissant plonger dans le monde enchanté des songes où l’on est dispensé de poser la question des causes comme des conditions de possibilité de ce qu’on veut. Le mouvement écologiste n'échoue pas, il réussit ! Il faut pour s'en persuader, sortir de l'explication interne de la gestion de l’écologie et se préoccuper de ce qui en amont l'alimente : le capitalisme. Évidemment, personne n’est contre les micros améliorations obtenues par le mouvement écologiste. Ils permettent, à l’intérieur même du système existant, de ralentir la catastrophe voire de maintenir la situation. « Le mouvement sais que l’enjeu est celui d’une gigantesque opération de sauvetage : il s’agit de préserver le plus d’espace possible sur cette planète meurtrie pour que la vie humaine et d’autres vies survivent (…) » (p. 172). En son temps, André Gorz avait montré que le patronat a tout à fait la capacité d’intégrer à sa façon des contraintes écologiques et qu’il peut même être vital pour lui d’en accepter certaines des exigences[18]. Cependant, l’aménagement n’est jamais qu’un facilitateur de la prise en main véritable du destin de la planète, pas une sorte de sauvetage dilué dans le temps. Il ne s’agit pas de replâtrer un système productiviste pour tenter de le faire perdurer mais bien d’en changer pour arrêter le réchauffement de la planète. Comme le montre que trop bien le bilan d’une génération, une chaine infiniment longue, continue de « manifestations jeunes, joyeuses, exubérantes, respectueuses et ordonnées », qui renvoie chacun à la très étriquée sphère privée, ne permet aucunement d’arrêter la catastrophe, c’est même tout le contraire. Les résultats des politiques de maquignonnage incessantes des écologistes sont toujours illusoires, temporaires et la déconfiture, par contre, toujours certaine. Les raisons de leurs échecs répétés sont naturellement de nature systémique. Les néolibéraux insatiables, qui possèdent les moyens de production, accaparent les richesses et défendent bec et ongles leurs seuls intérêts, ne sont ni progressiste, ni moraux, ni championne des libertés et surtout pas représentante de l’intérêt universellement humain. Il n’y a, par malheur, pas de force intrinsèque des idées et les écologistes ignorants et sans « science » l’apprennent chaque jour à leurs dépens. Ils se heurtent, sans que rien n’y fasse, toujours et éternellement, à la dure matérialité des faits. Andreas Malm, constatant que les investissements dans les énergies fossiles ne cessent d’augmenter, ne dit d’ailleurs pas autre chose : « (…) les capitaliste ne voient aucun boulet de démolition arriver dans leurs direction. Ils pensent qu’ils n’ont rien à craindre. » (p. 39) « Le fait que [le mouvement pour le climat] n’ait pas engendré la moindre émeute ou vague de destruction de bien (…) on peut y voir une incapacité à gagner en profondeur sociale, à énoncer les antagonismes qui traverse cette crise (…) » (p. 64) 

[1] COP1 Berlin 1995.

[2] 6.109 t en 1995 et 1010 t en 2018.

[3] 363 ppm en avril 1995 et 410 ppm en avril 2018.

[4] Saison des ouragans de 2017 : les inondations du Pakistan submergent 1/5 du territoire et ruinent la vie de 20 millions de personnes ; le cyclone Nargis fait 140.103 morts en Birmanie  et le cyclone Haiyan 6.103 aux Philippines. Suivront Idai, Matthews, Isaac, Irma, Dorian, les sécheresses en Amérique centrale, en Iran et en Afghanistan, les coulées de boues meurtrières dans la capitale de la Sierra Leone, les pluies diluviennes du Pérou, les feux de forêt de Californie …

[5] Exxon Mobil attendaient des nouveaux champs en eaux profondes au large du Brésil et de la Guyane un profit supérieur à 30%.

[6] Exxon entendait augmenter sa production de 38% d’ici 2030 ; Mobil de 35% ; BP de 20%, Total de 12%.

[7] Les trois premiers gestionnaires d’actifs mondiaux continuent d’investir dans le gaz, le pétrole et le charbon à un rythme accéléré.

[8]  Préparation de la COP 15 à Copenhague en 2009, quelques dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées pour une marche internationale. La conférence s’est achevée sur la mise en échec de toute idée de réduction obligatoire d’émissions. En 2018, quelque milliers de personnes d’Extinction Rébellion à Londres et ailleurs. 

[9] Marche pour le climat de New York en 2014, quelques centaines de milliers de personnes.

[10] La très jeune Greta Thrunberg et ses vendredis du futur ont rassemblé  au printemps automne 2019 quelque dizaines de milliers d’enfants par pays, chiffre pouvant atteindre jusqu’à quelques centaines de milliers d’individus en occident.

[11] En 2015.

[12] En 2019.

[14] Sport Utility Vehicle.

[14] En 2019. Le secteur de l’énergie arrive en tête.

[15] « Earth First! », «Animal Liberation Front » et «Earth Liberation Front». 

[16] Voir « Comment saboter un pipeline » « Rompre le charme » Andreas Malm, Editions La fabrique juin 2020, p. 154.

[17] Voir « Le déchainement du monde » François Cusset, Éditions La Découverte 2018. Les luttes doivent entretenir un continuum entre action violente et non violente qui invalide la distinction entre ces deux modalités qu’imposent les autorités afin d’intimider les hésitants et disqualifier les plus résolus. Mais la violence doit être ponctuelle, défensive, instrumentale à visée émancipatrice. La violence délibérée de contre-attaque ou de défense active n’est qu’une option, un mouvement tactique, un moyen de faire savoir, un réflexe de survie face à l’assaut ennemi. La violence doit être toujours de second ressort. La violence est instituante lorsqu’il est nécessaire de s’arracher aux contraintes de l’ordre en place et de passer à autre chose. Aucun progrès social, aucune anticipation collective n’ont été en effet obtenus sans violence par les seules vertus de la raison, même si leurs conquêtes requièrent nécessairement à leur côté beaucoup de modalités d’action et des perspectives sans lesquelles elle ne peut rien. La question n’est donc pas d’être violent ou non, elle est d’être offensif ou inoffensif.

[18] « Écologie et politique suivi de Écologie et liberté » Michel Bosquet, Editions Arthaud poche 2018.

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