Pragmatisme

Mot à la mode, notion compliquée, dévoyée de son sens initial pour justifier l'inaction, l'acceptation de ce que l'on sait être inacceptable au fond, mais que l'on se refuse à combattre, par faiblesse, faiblesse de couard ou faiblesse de cupide, ou par ruse. Mon fils m'en a demandé la définition à force de l'entendre à la télé, et je n'ai pas su dire, tellement le sens initial n'est plus.

Mon fils m'a demandé la définition de ce mot, et j'ai tenté de lui expliquer, que c'était, "faire avec", "s'adapter au contraintes", mais je sentais confusémment qu'au fond je ne savais pas.

Alors je suis allé voir sur cntrl : http://www.cnrtl.fr/definition/pragmatique

L'adjectif pragmatique désigne d'abord un dictat. Un cadre, une réalité qui s'impose à nous et avec laquelle il faut faire, imposé par un dirigeant ou une puissance supérieure.

Une seconde acception permet de l'utiliser par oppostion à ce qui est théorique, c'est à dire très pratique et en privilégiant l'action, et l'on peut sous entendre, en la privilégiant à la réflexion.

Le pragmatisme, selon la même source, est un courant phylosphique. Si l'on cherche un peu (ici ou ), cette phylosophie tend à avoir une vision des choses par l'effet qu'elles ont sur la réalité, et non pour ce qu'elles sont de manière intrinsèque.

Une fois que l'on a posé le cadre sémantique, on peut se poser la question du pourquoi il est à la mode actuellement. Et ce que j'entrevois de la réponse ne me plait pas. Elle ne me plait pas, car pour l'appréciation du coté "pratique", de l'effet sur la réalité, la temporalité est particulièrement importante.

Une action peut avoir un effet positif à court terme, et peut avoir un effet négatif voire délétaire à long terme. Par exemple, dans la conduite d'un véhicule, le fait d'aller plus vite peut être vu comme positif car on gagne du temps, mais peut être aussi à plus long terme négatif, par exemple lorsque l'on souhaite freiner en urgence pour éviter un obstacle, ou lorsque l'on se penche sur la polution ou la consommation d'énergie engendrée par le moteur.

Outre la question de l'étude effective des effets à long termes, c'est à dire simplement de les envisager, la question se pose du choix que va faire un pragamatique devant une décision à prendre qui a un effet envisagé comme positif à court terme, et un effet négatif ou simplement inconnu à moyen ou long terme.

On voit aussi, ici, apparaître une autre dimension qui est celle du type et de la nature des effets de l'action que l'on examine. La décision prise par un pragmatique va varier selon ce qu'il regarde, selon son point de vue ; dans l'exemple de la conduite d'un véhicule, si il regarde l'effet sur le temps de trajet ou l'effet sur la consommation d'énergie sa décision va être différente. En d'autres termes, la préoccupation du moment, ou le filtre lié au point de vue du décideur est crucial.

Enfin la dernière dimension que je voudrais aborder, et  à laquelle se confronte le pragmatique, est la dimension de ce qu'il s'interdit de toucher. Ainsi, j'entendais un des invités de France Inter hier, qui trouvait intéressante la citation d'un phylosophe qu'il disait citer (bizarement je ne retrouve aucun citation fiable sur internet) : " Ce que l'on ne peut empêcher, il faut le vouloir ". Or tout repose sur la définition de ce que l'on ne peut empêcher. Un ouragan, un tremblement de terre, on ne peut l'empêcher, je crois que tout le monde s'accordera sur le sujet. Il faut faire avec.

De là à le vouloir...ça se discute mais c'est un autre sujet

Restons sur la première partie et sur le cadre de ce que l'on "ne peut empêcher". Dans, le paragraphe de l'article de Mediapart, on nous explique le pragmatisme dont a fait preuve Nicolas Hulot, qui a estimé jusqu'à présent qu'il serait plus utile à jouer le fou du roi dans la cour des multinationales. Attention quand je dis ça, ce n'est pas péjoratif, le rôle des fous du roi et leur courage de dire l'indicible à celui qui avait pouvoir de vie ou de mort sur lui, est de mon point de vue éminemment respectable. Il montre cependant que la puissance supérieure reconnue comme intangible et dont il faut se plier à la pragmatique volonté, est bien, dans le cas de Nicolas Hulot, celle des puissances de l'argent. Et là, pardon, mais pour moi qui suit démocrate, et pour le choix des peuples (qui peuvent accepter ou refuser la servitude volontaire), je suis farouchement choqué par cette présentation des choses.

De même l'article sur les premier échanges M&M (Merkel Macron), fait apparaitre ce mot comme une acceptation d'une puissance supérieure dont il faut accepter la pragmatique, l'ordolibéralisme. Or le choix du système économique est éminemment politique si l'on se réfère à ce qui s'est jouer au XXème siècle, et donc du domaine du choix politique démocratique, et non de l'ordre de l'intangible. Utiliser ce mot c'est reconnaitre et légitimer le système économique comme une puissance supérieure.

Alors qu'un vrai pragmatique, adepte du pragmatisme, devrait s'attacher à regarder les effets du système sur les choses.

N'y a t il pas un paradoxe pour un pragmatique, adepte de l'etude de l'effet pratique, à reconnaitre un dogme par définition théorique comme pouvant imposer son dictat ?

N'y a t il pas une incohérence pour un pragmatique à ne pas considérer l'effet du système économique ultra concurrentiel sur l'explosion des inégalités, l'effet du dogme d'une croissance infinie sur la destruction d'un monde fini ?

Après la notion de démocratie galvaudée au niveau international pour désigner, par glissementet rétrécissement sémantique, des pays qui laissent la liberté d'entreprendre certes,mais dont la plupart sont des pays oligarchiques, voire ploutocratiques, et bien voilà la notion de pragmatisme qui finit par tomber dans le conformisme voulu par l'économie orthodoxe.

Ce qui me fait mal, c'est que nous continuons, nous l'espèce humaine, à aller droit dans le mur. Et si je ne peux pas individuellement l'empêcher, je me refuse obstinément à le vouloir.

 

 

 

 

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