Je le sens mal... Les choses prennent une tournure que je rejette viscéralement..

Comme souvent, je me sens à contre courant de ce que j'entends sur les médias.

Je suis un intuitif doublé d'un raisonneur, et souvent j'appréhende les situations en deux temps, avec mes tripes dans un premier temps, et lorque j'ai entendu différents points de vue, avec ma raison.

Et là, mon intuition, qui est l'analyse rapide d'une situation sans avoir tous les tenants et les aboutissants me dit "attention, danger !!".

Pourquoi "danger"? Surtout un danger dans l'emploi du mot guerre qui me pose beaucoup de questions :

1 - Il signifie pour moi forcément la présence d'un ennemi "étranger", et donc d'un tiers reconnu. En utilisant ce mot guerre, n'y a-t-il pas la reconnaissance implicite comme Etat de l'Etat Islamique ?

2 - Il permet de faire passer dans l'opinion n'importe quoi en termes d'actions comme des modifications profondes et rapides de la constitution, devant un congrès habitué à manger des couleuvre dans leurs assemblées respectives, en ne laissant pas le temps à la réflexion alors que des outils existent, et que rien ne prouve qu'ils soient insuffiant pour gérer la situation actuelle;

3 - Il permet de  d'imposer des mesures de surveillance, de limitation des libertés et de coercision générales, dans un contexte politique d'élection mal embarquée, de COP21 avec promesse de manifestations, et de situation où le gourvernement et sa majorité font une autre politique que celle qu'il avaient promis de faire. Il y a clairement le danger de suspension d'une "démocratie" déjà bien à mal pour le motif d'un intéret supérieur de sécurité.

4 - De fait, et étrangement, il autorise à tailler dans toutes les valeurs qui font que nous avons été attaqués par ces terroristes internationaux, par ces jeunes convertis à un extrémisme religieux. En taillant dans ces valeurs nous oublions que notre société, encore profondément injuste dans de nombreux domaines, malgré notre devise réplubicaine, a particiépé à placer les bras armés de ces terroriste dans une situation de porosité à ces idées, et donc de masquer l'origine profonde de ce phénomène. Bref en utilisant le mot "guerre" nous nous plaçons dans la même "radicalité" que ces terrorristes, et oublions l'origine étymologique d'une radicalité ici nécessaire, qui est de prendre le mal à sa racine, à son origine profonde, jusqu'au terreau qui a rendu possible ces horreurs perpétrées par des ressortissants nationaux.

 

Et franchement, j'ai mal à ma France une deuxième fois en quelques jours, en entendant aux infos que le discours martial du Président Hollande a été applaudit longuement et par tous les bords du congrès.

Je voudrais que nos représentants prennent le temps de réfléchir aux conséquences de leurs décisions à venir, et d'imposer au gouvernement, pour une fois, une co-construction des modifications qu'ils feront, et de ne pas nous imposer, sous couvert de quelques modifications éventuellement nécesaires ou utiles, des modifications dangereuses et non voulues, mais subies par des votes bloqués ou par des logiques de groupe.

Soit nous sommes dans un contexte de guerre et toutes ces logiques n'ont plus lieu d'être, et chaque député, chaque sénateur sera responsable individuellement de l'engagement dans lequel il aura mis la France par son vote, soit nous ne sommes pas dans un contexte de guerre, et toutes ces modifications peuvent peut-être attendre, plutôt qu'être prises sous le coup de l'émotion.

Les émotions sont très souvent mauvaises conseillères pour des changements struturels. Et toucher à la loi, à la Constitution ne me semble pas devoir être fait sous le coup de l'émotion. Réunir le congrès moins de trois jours après ces attentats, c'est le placer dans la situation de s'engager dans des modifications structurelles sous le coup de l'émotion. Et c'est profondément dangereux.

Je compe beaucoup sur les médias indépendants, et sur Médiapart en particulier, pour faire leur travail d'investigation et pour éliminer, si cette éventualité peut être éliminée, ou pour la mettre à jour si elle était avérée, l'hypothèse qui commence à poindre dans certains commentaires, selon laquelle cette situation aurait plus ou moins été recherchée, ou a minima attendue par nos dirigeants, pour imposer ce que les citoyens ou le conseil constitutionnel rejettaient il y a quelques années sous Sarkozy comme des dispositions comme la déchéance de nationalité, ou il y a quelque mois comme un état d'urgence permanent permettant de faire passer l'urgence opérationnelle prévue dans la loi sur le renseignement.

Je reste persuadé que nous nous grandirons en ne reniant pas nos principes, et notammant nos principes démocratiques, et même en les réaffirmant haut et fort au moment où ils sont attaqués.

Ainsi il me semble nécessaire de ne pas attaquer les libertés en apportant des modifications structurelles diminuant les libertés individuelles et collectives, lorsque la liberté est attaquée.

Ainsi il me semble nécessaire de ne pas attaquer l'égalité, en apporant des modification stucturelles instaurant des inégalités entre citoyens, lorsque l'égalité est attaquée.

Ainsi il me semble nécessaire de ne pas attaquer la fraternité en apportant des modifications structurelles diminuant la fraternité, lorsque la fraternité est attaquée.

Si il y a une guerre à mener, je crois que c'est celle ci qu'il faut mener.

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