Lette ouverte : Liberté contre sécurité

Voici ci dessous la lettre ouverte envoyée ce matin par mail au député de ma circonsription, Philippe Baumel.

Voici ci dessous la lettre ouverte envoyée ce matin par mail au député de ma circonsription, Philippe Baumel. J'y ai simplement corrigé quelques fautes d'orthographe par rapport au texte qui est parti.

 

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Monsieur le Député,

Vous serez amené à vous prononcer aujourd'hui sur un certain nombre de dispositions visant à limiter plus ou moins durablement, plus ou moins temporairement, les libertés, pour le motif d'une amélioration de notre sécurité.

Je vous serais gré de prendre en considération ces quelques remarques, d'un non spécialiste, mais néanmoins d'un citoyen qui vous apporte son point de vue.

En premier lieu et pour ce qui concerne la nécessité d'améliorer la sécurité, je crois que les décisions que vous prendrez doivent être ciblées, c'est à dire correspondrre à des améliorations dans les dispositifs actuels, et ne pas présenter un risque de dérapage.

Le principe énoncés dans la phrase précédente, si on l'applique à certaines dispositions dont j'ai entendu parlé dans les médias, comme l'autorisation de port d'arme pour les agents des forces de l'ordre en dehors de leur service, je crois qu'il faut être attentif à ce que ce port d'arme en dehors du service corresponde à une responsabilité accrue des personnels qui choisiront, ou qui se verront imposée cette option.

Un grand nombre d'études ont montré par le passé que les contrôles au faciès étaient nombreux, et avaient pour origine des logiques individuelles et collectives de pensées et d'analyse des risques parfois éloignées de nos valeurs républicaines.

La crainte que l'on peut légitimement avoir, dans le port d'arme par un policier en dehors de son service, c'est qu'il s'en serve dans un contexte où se trouvant seul, c'est à dire sans possibilité de correction, de confrontation d'avis avec un collègue, ou de contrôle, dans des situations où les mêmes logiques de pensées qui amènent ces contrrôles au faciès, à faire l'acte de sortir son arme et de tirer, et que cet acte conduise à l'irréparable en tuant des innocents, au moins innocent de velléité terroristes.

En second lieu, et pour ce qui concerne la diminution des libertés, alors que des voix s'élèvent pour dire qu'une augmentation de la sécurité est obligatoirement associées à une diminution des libertés, ce qui peut être exact et compris par chacun d'entre nous, je crois qu'il est indispensable que vous jouiez votre rôle de représentant du peuple français, en faisant attention que la proposition ne soit pas inversée, et que des décisions de limitations des libertés soient mises en oeuvre sans aucune assurance de leur efficacité sur l'augmentation de la sécurité.

Ainsi, des dispositions comme l'extension de la déchéance de la nationalité, me semblent sans aucun impact sur la sécurité, et introduisent de plus un risque de traitement différents des citoyens selon qu'il sera ou non doté d'une autre nationalité, ou qu'il sera ou non né sur le sol français.

Enfin, alors que notre pays n'a eu de cesse d'aller vers de plus en plus de sécurité, et de plus en plus de liberté, il est évident maintenant que les deux ne sont pas nécessairement incompatibles, et je souhaite que les éventuelles régressions des libertés qui devraient être consenties, ne soient que des dispositions temporaires, liées aux évènements des derniers jours.

Enfin, je tiens à vous rappeler mon derniers courrier, par lequel je vous demandais de ne pas voter la loi relative au renseignement, qui prévoyait une surveillance massive des données transmises via internet, et dont on apprend aujourd'hui qu'elle constitue un outil de surveillance inefficace sur les personnes mal intentionnées comme les terroristes, qui ont des moyens de cryptage que le citoyen que je suis n'utilise pas. Cet outil outre le fait qu'il est donc inefficace vis à vis de la lutte contre le terrorisme, constitue pour un exécutif totalitaire un outil de surveillance politique dorénavant légalisé et aux mains de son administation, sans contrôle d'un quelconque contrepouvoir judiciaire.

Aussi je vous demande, Monsieur le Député, dans le contexte actuel qui appelle chacun d'entre nous à nous resserer autour des valeurs que nous partageons, à protéger ces valeurs, et notamment l'une d'entre elle, qui trône au fronton de nos édifices nationaux, la liberté, et qui me semble attaquée aujourd'hui.

Veuillez recevoir l'expression de mes plus sincères et respectueuses saluations,

 

(mail signé de mon nom)

 

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