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Billet de blog 20 déc. 2019

Pourquoi je suis contre cette réforme des retraites

On peut dire tout ce que l'on veux, parler de l'équilibre, réserver ou limiter une part du PIB aux retraites, gérer l’inévitable problème de moins d'actifs, face à une population autant grandissante que vieillissante, il y a pour moi un point incontournable : le principe de solidarité.

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Je suis rarement, et pour ainsi dire jamais, dans la rue pour manifester. Mais là le projet de réforme des retraites, est en train sous le couvert ou le prétexte d'universalité de toucher au fondement même de la solidarité actuelle des retraites par répartition.

Pour moi la solidarité c'est :

1 - Des cotisations selon les moyens.

2 - Des pensions selon les besoins.

Ce principe est mis en œuvre aujourd'hui avec un taux de cotisation sur le salaire assez universel dans le régime général. Je ne parle pas des autres régimes ne les connaissant pas.

Et les pensions sont calculées sur le niveau de vie "habituel" du retraité, qui est le choix de représentation de son besoin, et qui est évalué sur les meilleures ou sur les dernières années.

Les droits et leur ouverture à la retraite sont alors liés à une durée de travail souvent représentée par la durée de cotisation et appréciée au travers d'un nombre de trimestres.

Avec la réforme en cours de discussion c'est ce principe de solidarité cher à mon cœur, qui est purement et simplement abandonné.

En effet, avec le nouveau système les cotisations sont proportionnelles au salaire, certes, mais uniquement jusqu'à 120000 euro par an. Au delà elle sont dix fois plus faibles contre tout principe de solidarité.

Alors sur ce point on nous explique que les cotisations au delà de 120000 euros n’ouvrent plus de droit pour la retraite. Mais on a bien abandonné le principe de solidarité qui est la cotisation selon les moyens, au profit d'un système d'acquisition de droits proportionnel à la cotisation.

En ce qui concerne les pensions, elle seront calculées en fonction du nombre de points, et donc directement des sommes cotisées en euro. Là nonobstant le fait que l'on ne reconnaît plus l'effort fait durant la vie comme proportionnel à ses moyens, on abandonne toute référence au besoin des personnes pour vivre, créant potentiellement des situations d’extrême pauvreté pour certains et plus probablement pour certaines.

Enfin, pour l'ouverture des droits, je n'ai pas compris si il n'y avait que l'age atteint qui permettait d'ouvrir des droits majorés ou minorés, ou si il y aurait en plus un temps de cotisation prévu, et dans ce cas de quelle manière il serait comptabilisé. Mais il semble bien que seul l'age atteint et le nombre de point serait considéré. Et si tel est le cas cela a un effet pervers possible puisque une fois le nombre de point atteint pour avoir une retraite permettant de bien vivre, disons 3000 euros, les plus riches n’auront plus aucun intérêt à être payés en salaire ou rémunérations soumises à cotisation et trouveront d'autres moyens d'être rémunéré.

Bref je suis pleinement opposé à ça sur le principe.

On peut parfaitement trouver une retraite à points qui respecte les principes de base de la solidarité actuelle, par exemple avec un point par heure de travail ayant donné lieu à cotisation.

Donc l'alibi selon lequel la promesse de la retraite à point universelle était une promesse contenue dans le projet qui a conduit Emmanuel Macron à l’Élysée n'est en aucune manière acceptable pour renoncer aux principes de solidarité auxquels je tiens, et qui dans le contexte actuel d'augmentation des inégalités de salaire et rémunération est encore plus important à mes yeux.

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