Macron acculé

Acculé à réagir, Emmanuel Macron s’est fendu d’un texte sur Facebook et sur Twitter, six jours après les faits révélés par une info de Loopsider. Ça me fait penser à l’affaire Benalla, où la présidence n’avait pas bougé en espérant que la sortie de route du faux policier violent passerait inaperçue.

Voilà ce texte qui paraît enfin, après que l’opinion publique et les réseaux sociaux ce soient grandement indignés de la dérive violente de ces policiers.

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« Les images que nous avons tous vues de l’agression de Michel Zecler sont inacceptables. Elles nous font honte. La France ne doit jamais se résoudre à la

violence ou la brutalité, d’où qu’elles viennent. La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme. »

A la première lecture de ces premières phrases, je me suis dit qu’enfin il allait reconnaître l’évidence des violence policières, et que serait oublié le temps où il récusait le terme de violence policière, au motif que la violence serait d’abord dans la société.

Mais en relisant la phrase, je me rends compte que ce qu’il juge inacceptable, ce sont les images de l’agression, d’une part, et qu’il parle de l’agression de Michel Zecler sans placer ce dernier dans la position de victime. L’agression appartenant autant à l‘agressé qu’à l’agresseur, cette phrase peut être lue bien différemment.

Ensuite il exprime sa honte, en associant le lecteur à ce sentiment avec l'utilisation du "nous". Mais moi je n’ai pas honte de ce qu’ont fait ces policiers. Je suis en colère, je suis horrifié, je suis dégoutté, mais je réserve le sentiment de la honte pour ce qui renvoie à mes propres imperfections.

Il explique ensuite, en rejetant la violence et la brutalité, que toutes les violences sont identiques et inacceptables. Or il oublie que certaines violences et brutalités sont socialement nécessaires, celles qui sont légales et légitimes, celles dont sont justement chargés les policiers lorsqu’il agissent dans le cadre de leur mission. Et que de fait, des violences non légitimes exercées par des personnes qui ont toutes les attributs leur permettant d’exercer des violences légitimes, abîment la notion même de violence légitime nécessaire à toute organisation sociale, et en l’occurrence à la République.

 

Donc, voilà ce que j’aurais aimé lire, voilà la phrase qu’aurait du dire un Président pour gagner mon respect :

 

L’agression dont a été victime Michel Zecler, révélées par les images que nous avons tous vues, sont inacceptables. Elle me fait honte. La France que je préside, ne se résoudra pas à la violence et la brutalité, d’autant plus lorsqu’elles viennent de membres des forces de l’ordre, seuls habilités dans le cadre de leurs missions, aux violences légitimes. Notamment la France ne doit jamais laisser prospérer le racisme. »

 

Les tweets suivants contiennent ces phrases :

« Je crois en la République exemplaire : une police exemplaire avec les Français, des Français exemplaires avec les forces de l’ordre comme avec tous les représentants de l’autorité publique. »

« Des Français exemplaires avec les forces de l’ordre. Je n’accepterai jamais les violences perpétrées envers nos policiers et nos gendarmes, tous ceux qui portent l’uniforme. »

« Ne jamais se résoudre à ce que des femmes et des hommes qui se sont engagés pour défendre l’ordre républicain soient blessés ou tués dans l’exercice de leur mission. »

« Des forces de l’ordre exemplaires. Ceux qui font appliquer la loi doivent respecter la loi. Je n’accepterai jamais que la violence gratuite de quelques-uns entache le professionnalisme de femmes et d’hommes qui, au quotidien, assurent notre protection avec courage.

Le respect des valeurs de la République et la déontologie doivent être au cœur de l’engagement de toutes nos forces de l’ordre. »

 

J’avoue que, si je comprends chacun des mots écrits, j’ai du mal à comprendre sa pensée et le fond de ce qu’il veut exprimer, si toutefois il y a du fond.

Il commence par dire que pour lui, la République exemplaire, c’est « des Français exemplaires avec les forces de l’ordre ».

Mais quel contenu met il dans le mot République pour écrire ceci ?

La République c’est d’abord l’organisation qu’il préside. C’est d’abord lui. Ce sont d’abord les trois pouvoirs indépendants les uns des autres, et dont il est censé être le gardien de leurs indépendances.

La République en l’occurrence, dans la vidéo qui l’amène à ce commentaire, ce sont d’abord les trois policiers qui portent un uniforme républicain, puis, plus tard tous les autre venus en renfort, et qui regardent, sans réaction, Michel se faire tabasser dehors.

Mais cette entrée en matière qui repose sur un vraie erreur d’utilisation du mot République, lui permet ensuite de revenir sur les violence faites sur des Policiers, comme un représentant syndical de ce corps le ferait.

Ceci lui permet de dérouler plusieurs phrases qui appellent au respect de l’uniforme, à la reconnaissance de leur engagement, pour terminer par le nécessaire respect des valeurs de la République et a déontologie qui doivent être au cœur de l’engagement des forces de l’ordre.

 

C’est ce que l’on appelle un « hors sujet », ici volontaire, qui donne le sentiment qu’il prend ses lecteurs, les Français, pour des idiots, après avoir écrit qu’il étaient trop violents pour les forces de l’ordre.

 

Voilà donc la phrase que j’aurais aimé lire :

 

Je crois en la République exemplaire : une police exemplaire avec les Français.

Ceux qui font appliquer la loi doivent respecter la loi. Je n’accepterai jamais que la violence gratuite de quelques-uns entache le professionnalisme de femmes et d’hommes qui, au quotidien, assurent notre protection avec courage.

Le respect des valeurs de la République et la déontologie doivent être au cœur de l’engagement de toutes nos forces de l’ordre.

 

 

Ensuite il passe à l’action, car un Président ne saurait ne pas réagir à ce type d’images inacceptables.

 

« Je demande au Gouvernement de me faire rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent et pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations. »

 

Donc là il refait ce qu’il faisait en janvier puis un juin dernier, il demande au gouvernement de faire des propositions.

Il aurait pu demander au ministre de l’intérieur de faire son job de responsable ultime de la Police, il aurait pu changer de ministres, il aurait pu demander d’engager systématiquement des actions disciplinaires à l’égard des policiers auteurs de violences gratuites, il aurait pu faire plein de choses dans le cadre des lois et des cadres existants, surtout avec la façon de penser « start’up nation », « chef d’entreprise », qui permet d’agir par voie disciplinaire, dès lors que le subordonné sort de sa mission.

Mais non, il redemande de faire des propositions, et pas des propositions pour que les valeurs de la République et la déontologie soient remise au cœur de l’engagement des forces de l’ordre, non, mais pour « réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent ».

Il demande explicitement de faire des propositions pour agir sur le sentiment des Français !

Mais ce n’est pas comme ça que ça marche. La confiance, comme le respect, ne se décrète pas.

En fait, je préfère qu’il n’agisse pas plutôt que d’agir comme il le fait. En ciblant l’action en dehors du problème il contribue au chaos.

 

 

 

Enfin il termine par une longue tirade sur la liberté, et la liberté d’expression.

 

« Je crois en nos libertés, dont je suis le garant.

Liberté d’expression et liberté de la presse. Je n’ai jamais cessé de défendre ces principes et tous ceux qui l’incarnent. Y compris face à ceux qui, depuis l’étranger, ont pour projet de les faire reculer. Je n’accepterai jamais que ces libertés puissent être reniées.

Liberté de manifester. Quelles que soient les circonstances, chaque citoyen doit pouvoir exprimer ses convictions et revendications à l’abri de toute violence et de toute pression.

La France est un pays d’ordre et de liberté, pas de violence gratuite et d’arbitraire.

Les valeurs de la République ne sont pas négociables. Notre responsabilité collective est de les défendre et de les promouvoir. »

 

Quel rapport avec la vidéo qui l’amène à cette intervention ? Quel rapport avec la violence gratuite de certains Policiers ?

Au moment du meurtre de Samuel Patty, en lien direct avec la liberté d’expression et son apprentissage dans les écoles républicaines, il avait parlé essentiellement de laïcité, et là, alors que le sujet est la violence de certains Policiers qui usurpent leur uniforme, il parle de liberté d’expression !

Là aussi un « hors sujet », dont je ne suis même pas sûr qu’il soit volontaire pour le coup, et là encore, le sentiment d’être pris pour un benêt.

 

 

Et enfin il termine en apothéose par ces deux phrases :

 

« Il nous faut savoir regarder les réalités de notre pays en face et conduire avec détermination, calme et respect les débats qui sont aujourd’hui ceux de notre société. Ni l’invective, ni l’opprobre, ni les manipulations ne sauraient y contribuer.

Toujours. Ensemble. Dans la concorde. »

 

Alors que depuis plusieurs mois, il agresse le bon sens en niant l’évidence des violences de certains policiers, alors que son message est très clairement manipulateur, en faisant glisser les problèmes ailleurs que là où ils apparaissent, il appelle à regarder les réalité de notre pays et à conduire le débat sur le sujet dans le calme.

Bref il n’appelle pas à résoudre les problèmes, mais à les regarder en à en débattre, et à le faire dans un état d’esprit dont il ne fait lui même pas preuve.

 

Comment voulez vous que son vœu final, « Ensemble. Dans la concorde. », ait quelque chance de se réaliser ?

 

Monsieur Macron, ce texte n’est pas digne d’un Président de la République.

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