Macronés ou Macronisés ?

Élu depuis maintenant plus de deux mois,et fort d'une majorité absolue entièrement dévouée par contrat à sa personne à l'Assemblée Nationale, Emmanuel Macron a les mains libres pendant les cinq prochaines années pour faire très exactement ce qu'il veut. La question demeure : Que veut-il ? Nous macronisera-t-il, ou nous macronera-t-il ?

Élu depuis maintenant plus de deux mois, et fort d'une majorité absolue entièrement dévouée par contrat à sa personne à l'Assemblée Nationale, Emmanuel Macron a les mains libres pendant les cinq prochaines années pour faire très exactement ce qu'il veut. La question demeure : Que veut-il ?

Pour moi la politique s'apprécie d'abord dans le choix des priorités. Tous le monde est pour que les pauvres soient moins pauvres, pour que les affaires soient florissantes, pour la préservation de la planète, et pour que tout le monde vive en bonne santé et en paix.

Les choix politiques s'apprécient lorsque l'on doit orchestrer tout ça, et que toutes ces bonnes intentions qui réunissent dans l'absolu tout un chacun, se contrarient, et qu'ils faut renoncer à l'une pour que l'autre se réalise. Les choix, tous les choix, sont éminemment politiques.

Or à la lumière des premières orientations politiques, avec le report des modifications des modalités d'élection législatives qui envisageait l'introduction de proportionnelle, le report de la baisse des impôts locaux qui était présenté comme le pendant à la hausse de la CSG, l'accélération et l'orientation ultralibérale du projet de modification du code du travail, ou le passage à venir dans le régime habituel du régime d'exception de l'état d'urgence, il n'y a maintenant plus beaucoup de doute sur le fait qu'Emmanuel Macron est d'abord libéral économique, et pas si libéral que ça sociétalement ou socialement.

Bon nombre de ses électeurs du premier et encore plus au second tour ont voté pour lui car il incarnait le changement et inspirait confiance.

Il incarnait le changement, car en dehors des partis politiques, partis qui sont massivement rejetés par les françaises et les français, de la même façon que le sont les corps intermédiaires d'ailleurs, pourtant censés être à l'outil de base constitutionnelle de la démocratie. En fait, au travers de  sa manière d'agir, en demandant une discipline à ses députés, il incarne l'aboutissement de la perversion du système de représentation du peuple via les partis, car de fait, En Marche est un parti politique, mais au lieu que ce soient les adhérents qui discutent des orientations, les orientations sont inspirées d'en haut, par un seul homme dont la pensée est portée aux nues pas ses disciples, et les hommes et femmes politiques professionnelles les rejoignent essentiellement par opportunisme.

Ainsi la participation du citoyen, ou a défaut, car je suis maintenant convaincu qu'un grand nombre de mes concitoyens ne souhaitent pas participer, au moins sa représentation sincère me semble aujourd'hui complètement pervertie. Lorsque les électeurs se rendront compte, dans quelques mois, que les décisions prises par EM ne font que continuer le travail et le chemin pris par les deux derniers quinquennat, ils se sentiront vidés des espoirs d'inflexion qu'ils ont pourtant clairement exprimés, comme ils pourraient être vidés de leur sang par un vampire. C'est ainsi qu'ils se rendront compte d'avoir été macronisés.

Mais aussi, et ce sera le cas pour bon nombre de ses électeurs peu politisés, et qui ont vu en lui le gendre idéal, la belle gueule de premier de la classe à la pensée complexe et donc forcément incompréhensible et pertinente, le gentil garçon attentionné, pourraient très bien se sentir macronés, comme ils auraient pu êtres séduits par une vamp, alors qu'ils ne sont "rien" à ses yeux.

Alors Emmanuel Macron, vamp ou vampire ? Le secret de sa réussite est sans doute un peu des deux.    

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