(7) Le trouillomètre à zéro

De la suite dans les idées... Dans le billet précédent, le fichage était à l'honneur, ce qui nous mène à la question de la dictature et ses "subtilités". La peur de la pandémie, du terrorisme, du cataclysme climatique permet de faire passer l’inacceptable avec pour conséquence de diviser les Français.

 © Miltiadis Fragkidis © Miltiadis Fragkidis
Tout comme il existe des signes extérieurs de richesse, il émerge des mesures visibles de contrôle, un discours prégnant d’infantilisation progressive des Hommes et un autoritarisme qui ne doivent pas nous laisser dans l’expectative. François Sureau, avocat et écrivain, qui fut le premier rédacteur des statuts du parti En Marche, écrit dans son opuscule Sans Liberté publié en septembre 2019 : « Les droits (…) sont l’essence même de notre tradition nationale. Il serait un peu fort que nous soyons conduits à bazarder cette tradition à la première attaque de ceux qui ne nous aiment pas parce que nous aimons la liberté. (…) Nombreux sont ceux parmi nous qui sont portés à détourner le regard, à absoudre les fautes parce que les temps sont difficiles. (…) Les temps sont toujours difficile pour ceux qui n’aiment pas la liberté. » Comme quoi, l’on peut rédiger les statuts d’un parti sans cerner les desseins de son futur Président. Je ne peux que compatir. L’histoire nous a souvent démontrés que le pouvoir politique métamorphose les femmes et les hommes. Le 4 février 2019, François Sureau publiera dans Le Monde une tribune contre la proposition de loi visant à renforcer et garantir le maintien de l'ordre public lors des manifestations, dite « loi anti-casseurs ». Absolution pour François Sureau, que je m’accorde aussi, au regard de mes velléités d’engagement de Marcheur alors en plein brouillard de la première heure.

En évitant tout fourvoiement dans des mises en relations historiques disproportionnées, il me vient tout de même les mots du pasteur Martin Niemöller, créateur de l’Église confessante rebelle en plein Reich. Cinq ans après la capitulation, il écrit : « Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. » À force de nous servir cette citation, nous la vidons de son sens, étouffons son alerte, parce qu’elle s’applique dans le contexte du pire : la dictature nazi. Et nous sommes convaincus que le « plus jamais ça » est irrémédiablement acquis. Aussi, je parle de principe de précaution qui mérite que l’on s’attarde sur la définition de la dictature. Celle que l’on nous enseigne à l’école est installée par un régime autoritaire qui écrase toutes les libertés des citoyens et leurs garanties, alors même que ce régime persiste à les affirmer en droit. Personne n’est dupe que ce pouvoir est illégitime et le peuple esclave. Feu Maurice Duverger, député européen, communiste, professeur de droit et politiste, nous a éclairés sur la notion de dictatures légitimes. Elles le sont « à condition qu'elles disparaissent avec les circonstances exceptionnelles qui seules les justifient (une guerre, des troubles civils graves, etc.) : c'est la notion romaine. Mais certains admettent que les circonstances exceptionnelles puissent se prolonger tout le temps nécessaire à une transformation radicale de la société : on glisse ainsi vers une normalisation de la dictature, régime toujours transitoire, mais qui peut durer alors plusieurs générations. »

La peur de la pandémie, du terrorisme, du cataclysme climatique permet de faire passer l’inacceptable avec pour conséquence de diviser les Français et, pour le pouvoir, d’évaluer leur docilité. L’hebdomadaire Marianne explique bien le processus culpabilisateur, dans son édition du 30 juin 2020, en citant le Premier ministre Edouard Philippe : « Pour mettre en place la transition et prendre en compte l’économie décarbonée, il faut envoyer un signal prix », déclarait-il. Et Marianne d’analyser : « Cette petite phrase censée justifier l’augmentation de 25 cts par litre du diesel au titre de la taxe carbone va déclencher la révolte des gilets jaunes. (…) Honte à eux ? Que pèsent leurs fins de mois face aux menaces de fin du monde ? » Que pèse le refus de plus de 40 % des Français de se faire vacciner, inquiets des risques des effets secondaires inconnus à ce jour, face à ceux de la disparition de millions d’humains ?

Emmanuel Macron écrit dans Révolution : « La France que nous voulons ». Qui est « nous » ? « La puissance de l’État doit être mise au service de la protection de tous les Français, partout sur le territoire. Et pour cela, ce sera tolérance zéro lorsqu’il s’agit de sécurité. Car la sécurité est la première de nos libertés », précise-t-il dans son programme. Encore une fois, nous avions été prévenus. Quel qu’en soit le prix. En novembre 2020, le gouvernement a travaillé sur une loi afin de créer un dispositif pérenne sans limite temporelle de gestion des crises sanitaires et épidémiques. Le projet de loi a été présenté au Conseil des ministres du 21 décembre 2020 par le Premier ministre, et le gouvernement a engagé une nouvelle fois la procédure… accélérée sur ce texte le même jour. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement nous en expliquait la nature : « L’objectif de ce texte est de nous préparer à la fin de l’état d’urgence sanitaire, le 1er avril 2021, et d’établir un cadre juridique durable face aux crises sanitaires. »

Soit, mais un article dans ce projet a fait frémir les défenseurs des libertés, notamment le conditionnement à l'accès à certains lieux ou moyens de transports, au suivi d'un traitement préventif, y compris à l'administration d'un vaccin, ou d'un traitement curatif. Sans oublier que cette loi permet au gouvernement de restreindre les libertés publiques (confinement, couvre-feu, limitation de déplacement, fermetures administratives des commerces, des lieux de la culture et des restaurants…) sans vote du Parlement. Début mars, le porte-parole s’est fait menaçant : « Depuis un an, nos soignants ont été héroïques. Mais il n'est pas admissible que l'on ait ce taux de vaccination chez les soignants aujourd'hui. Il y aurait une irresponsabilité à refuser de se faire vacciner quand on est soignant », n’excluant pas ainsi de rendre obligatoire la vaccination. 30 % d’entre eux sont vaccinés. Pourquoi si peu alors qu’ils sont en première ligne et bien informés ?

De quoi susciter des interrogations. Comprenez-vous… 

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