christophevidal31
Journaliste et auteur
Abonné·e de Mediapart

14 Billets

0 Édition

Billet de blog 10 juin 2021

(12) Ce qui a été conquis au prix du sang de nos ancêtres ne peut être lapidé

La peur, la panique, les intérêts corporatistes et individuels, la pression des urnes à remplir prochainement, amènent les hommes à prendre des décisions qui, au premier chef, vont à l’encontre de La Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée le 10 décembre 1948.

christophevidal31
Journaliste et auteur
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

© Hasan Almasi

« Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » Ce que d’aucuns qualifient d’urgence sanitaire justifie l’incarcération de cet article 13 qui a été adopté par 58 États après la Seconde Guerre mondiale. C’est ainsi que l’on bafoue l’histoire des hommes, que l’on abat l’un des piliers sur lequel repose la démocratie : la liberté. Ce n’est pas négociable, car sujet à un retour à une société qu’ont subi nos aïeux où la lutte des classes était exacerbée, la liberté qu’une idée, les revendications exprimées dans la violence menant au chaos avant la naissance de nouveaux droits dont nous jouissons aujourd’hui. Soyons conscients que ce qui a été conquis à la pointe de la baïonnette, sous la mitraille, au prix du sang de nos ancêtres épris de liberté ne peut être lapidé. Nous devons les honorer pour ce qu’ils ont entrepris pour les générations actuelles et ne pas oublier.

Le mal est déjà fait avec les trois décrets du 2 décembre 2020 modifiant les dispositions du Code de la sécurité intérieure (CSI) relatives au traitement de données à caractère personnel. Une disposition approuvée par le Conseil d’État, notre plus haute juridiction de l'ordre administratif, dont le vice-président (qui assure les fonctions de président), est Bruno Lasserre. Le journaliste Régis Desmarais s’épanchait sur son cas sur Mediapart en mai 2018 : « Il a terminé sa présidence de l’Autorité de la concurrence dans une débâcle managériale et humaine jamais atteinte dans une administration française : un mort, des burn-out, des arrêts maladie en grand nombre et une qualification de “ toxique et disqualifiant ” et de “ harcèlement moral ” pour le management mis en œuvre. (…) Il est choquant et surprenant que l’actuel vice-président du Conseil d’État soit un individu dont les méthodes de management ont été désavouées en 2016 par une juridiction administrative. »

Confiance en nos appareils démocratiques, disait-on. Emmanuel Macron et son gouvernement n’ont fait qu’observer le vice-président du Conseil d’État mis en examen le 27 septembre 2018 pour « complicité de harcèlement moral ». Nous sommes en quête d’exemplarité, d’autant quand un candidat à la présidentielle place le début de son quinquennat sous le signe de la moralisation de la vie publique et promulgue une loi organique le 15 septembre 2017 pour la confiance dans la vie politique. Très certainement le périmètre d’application est-il trop étroit, portant sur les collaborateurs des élus et de ministres, ainsi que sur les conflits d'intérêts. Mais ce 15 septembre, en lisant ce texte, j’avoue : félicité. Confiance en ces hommes du nouveau pouvoir et en leur moralité. C’était avant que l’état de l’État ne devienne préoccupant. « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre », me suis-je engagé à penser jusqu’à ce jour…

Les citoyens ont le devoir, à travers les urnes, de se dégager de toute complicité avec celles et ceux qui entretiennent un système disqualifié ou empruntent des chemins sur lesquels nous risquons de nous enliser. « Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers : pas cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l'égard des immigrés, pas cette société où l'on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis, toutes choses que nous aurions refusé de cautionner si nous avions été les véritables héritiers du Conseil National de la Résistance », écrivait Stéphane Hessel dans son essai Indignez-vous. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Violences sexuelles
À LREM, des carences systématiques
Darmanin, Hulot, Abad : depuis 2017, le parti d’Emmanuel Macron a ignoré les accusations de violences sexuelles visant des personnalités de la majorité. Plusieurs cas à l’Assemblée l’ont illustré ces dernières années, notamment au groupe, un temps présidé par Gilles Le Gendre. 
par Lénaïg Bredoux, Antton Rouget et Ellen Salvi
Journal
Total persiste et signe pour le chaos climatique
Dans une salle presque vide à la suite du blocage de son accès par des activistes climatiques, l’assemblée générale de Total a massivement voté ce 25 mai pour un pseudo-plan « climat » qui poursuit les projets d’expansion pétro-gazière de la multinationale.
par Mickaël Correia
Journal
Fusillades dans les écoles : le cauchemar américain
Une nouvelle fusillade dans une école élémentaire a provoqué la mort d’au moins 19 enfants et deux enseignants. L’auteur, âgé de 18 ans, venait d’acheter deux armes à feu de type militaire. Le président Joe Biden a appelé à l’action face au lobby de l’industrie des armes. Mais, à quelque mois des élections de mi-mandat, les républicains s’opposent à toute réforme. 
par François Bougon et Donatien Huet
Journal — France
Le candidat Gérald Dahan sait aussi imiter les arnaqueurs
Candidat Nupes aux législatives en Charente-Maritime, l’humoriste a été condamné en 2019 par les prud’hommes à verser plus de 27 000 euros à un groupe de musiciens, selon les informations de Mediapart. D’autres artistes et partenaires lui réclament, sans succès et depuis plusieurs années, le remboursement de dettes.
par Sarah Brethes et Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
Portrait du ministre en homme fort (ou pas)
Le nom de Damien Abad m'était familier, probablement parce que j'avais suivi de près la campagne présidentielle de 2017. Je n'ai pas été surprise en voyant sa photo dans la presse, j'ai reconnu son cou massif, ses épaules carrées et ses lunettes. À part ça, je ne voyais pas trop qui il était, quelles étaient ses « domaines de compétences » ou ses positions politiques.
par Naruna Kaplan de Macedo
Billet de blog
Amber Heard et le remake du mythe de la Méduse
Depuis son ouverture le 11 avril 2022 devant le Tribunal du Comté de Fairfax en Virginie (USA), la bataille judiciaire longue et mouvementée qui oppose Amber Heard et Johnny Depp divise l'opinion et questionne notre société sur les notions fondamentales de genre. La fin des débats est proche.
par Préparez-vous pour la bagarre
Billet de blog
En finir avec la culture du viol dans nos médias
[Rediffusion] La culture du viol est omniprésente dans notre société et les médias n'y font pas exception. Ses mécanismes sont perceptibles dans de nombreux domaines et discours, Déconstruisons Tou(rs) relève leur utilisation dans la presse de masse, dans la Nouvelle République, et s'indigne de voir que, depuis près de 10 ans, ce journal utilise et « glamourise » les violences sexistes et sexuelles pour vendre.
par Déconstruisons Tours
Billet de blog
Violences faites aux femmes : une violence politique
Les révélations de Mediapart relatives au signalement pour violences sexuelles dont fait l'objet Damien Abad reflètent, une fois de plus, le fossé existant entre les actes et les discours en matière de combat contre les violences sexuelles dont les femmes sont victimes, pourtant érigé « grande cause nationale » par Emmanuel Macron lors du quinquennat précédent.
par collectif Chronik