(8) Notre biais cognitif de conformité est l’ennemi intime de notre propre vérité

Nous en étions restés au trouillomètre à zéro et à "ceux qui n’aiment pas la liberté." Comment être honnête avec soi-même dans ce contexte ? Penser autrement est devenu penser complotiste. Une théorie qui alimente les colonnes et les plateaux des médias.

 © Jeremy Bishop © Jeremy Bishop

Ces faits ou tentatives du gouvernement de nous encadrer davantage attisent les divisions dans la société, entre ceux qui acceptent ces mesures par peur du terrorisme, de voir leur famille décimée par le virus, par haine de la chienlit en gilet jaune sabrant notre économie et, les autres, en érection face à un État qu’ils jugent policier. Chacun y va de sa théorie. Le droit à penser autrement que l’oligarchie politique, scientifique, économique et financière s’avère périlleux. La sureté de l’État est érigée. Le complotisme est devenu un marronnier pour la presse. Le bon sujet qu’elle alimente au gré des théories conspirationnistes qui fleurissent sur les réseaux sociaux où lorsqu’un documentariste sort un film « extra » « ordinaire », produit hors des sentiers battus, radicalement affirmé et pourfendu.

La question qui prévaut est celle de notre capacité à retrouver ou conserver notre pouvoir personnel d’analyse dans un environnement d’aliénation progressive des individus par la pensée unique étatique et médiatique. Notre biais cognitif de conformité est l’ennemi intime de notre propre vérité, annihilée par la peur du jugement des autres. Quelque 6 millions de vues : le documentaire Hold-up de Pierre Barnérias sur la gestion de la crise de la Covid-19, mis en ligne sur Vimeo le 11 novembre, a colonisé les colonnes de la presse et mobilisé un temps d’antenne hors-norme seulement quelques heures après sa diffusion. Dès le lendemain, il avait sa page Wikipédia l’introduisant ainsi : « Hold-Up : retour sur un chaos, est un film documentaire indépendant conspirationniste français ». En décembre, la chaîne YouTube permettant de le visionner a été fermée par le « média social » lui-même. Hold-up présentait-t-il un si grand danger pour la sureté de l’État ?

Tirer le rideau sur ce documentaire pour empêcher des Français de le regarder parait relever de l’aberration quand l’on sait que deux mois après l’assassinat de Samuel Paty, « la vidéo qui a convaincu le terroriste tchétchène d’assassiner le professeur est toujours en ligne, accessible à tous », révélait Le Canard enchaîné dans son édition du 23 décembre 2020. L’hebdo précise : « Contactée par Le Canard, la direction France de Facebook botte en touche. Twitter, de son côté, ignore carrément les demandes de la justice, qui lui réclame l’historique du compte du meurtrier. » La théorie du complotisme est devenue le maillon fort des machines éditoriales. La titraille médiatique en fait ses choux gras. « Je ne lui parle plus, elle est complotiste :  quand le Covid pousse à faire le tri dans ses relations. » (Le Figaro).  « Vous avez un proche qui adhère aux théories du complot sur le coronavirus ? Racontez-nous. » (20 Minutes). « Complotisme : le nouveau mal du siècle. » (Elle). « Quand le complotisme s'immisce dans les relations professionnelles, amicales et familiales. » (BFM)…, « Nos conseils pour identifier les discours complotistes et ne pas tomber dans leurs pièges. » (Le Monde)… 

Ce qui m'amènera dans un prochain billet à revenir sur la définition du complotisme....

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.