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Billet de blog 18 mai 2021

(9) La peur d’être embabouiné a déclenché une quête de sens, de vérité chez le peuple

"La théorie du complotisme est devenue le maillon fort des machines éditoriales", écrivais-je dans le billet N°8. Karl Popper, philosophe des sciences du XXe siècle, fait remarquer que « les personnes les plus désireuses d’amener “ le paradis sur terre ” sont les plus enclines, une fois au pouvoir, à adopter des théories du complot pour expliquer leurs échecs.

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© Norbert Toth

« Pour définir le complot, nous pouvons le présenter comme un projet secret (élément essentiel) élaboré par plusieurs personnes contre une autre personne ou une institution. La théorie du complot, connue également sous les néologismes de complotisme et de conspirationnisme, reste non prouvée, car les faits historiques présentés comme des complots ne sont jamais démontrés », écrit Arnaud de la Croix, auteur de l’ouvrage 13 complots qui ont fait l’histoire, aux Éditions Racine. Dans cet essai, « il tente de faire la distinction entre la réalité d’un complot et l’affabulation de la théorie du complot », explique le politologue Michel Herman. Le Hold-up de Pierre Barnérias est plébiscité par 65 % des utilisateurs Google, ce qui ne signifie pas qu’ils ont adhéré aux théories qualifiées par les médias et une grande partie de la classe politique de « conspirationnistes ». Peut-être ce film les a-t-il tout simplement intéressés, fascinés par son audace.

Bien avant ce documentaire, un sondage IFOP de 2018 révélait que 79 % des Français croient à au moins une théorie complotiste. « Alors qu’un débat sur les vaccins obligatoires a lieu en France depuis plusieurs mois, on note notamment que 55 % des personnes interrogées adhèrent à l’idée selon laquelle le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins », commentait l’IFOP. Deux ans plus tard et une pandémie en cours, ils sont 44 % à ne pas souhaiter se faire vacciner contre le coronavirus. Les médias de masse à l’instar de LCI ou de 20 Minutes traitent l’information en annonçant plutôt le pourcentage de ceux qui souhaitent recevoir leur dose : « Selon un sondage Harris Interactive réalisé jeudi 7 janvier pour LCI, 56 % des Français souhaitent se faire vacciner. » (61 % le 17 février). La veille, le 6 janvier, un autre sondage BFMTV dévoile que seulement 38 % des Français sont déterminés à se faire vacciner. 56, 38, la France des sondages est, elle aussi, divisée et cette cacophonie des statistiques ne fait qu’entretenir la défiance des Français envers les décideurs et l’industrie pharmaceutique.

Lorsqu’en 2016, le gouvernement a mis en ligne le site « On te manipule », destiné à alerter l’internaute des risques de fausses informations sur les réseaux, tout parent soucieux de se protéger ou d’assurer la protection de ses enfants, ne pouvait que s’en féliciter. L’État fait rempart contre les complotistes. Mais aujourd’hui les oscillements perpétuels des éléments de langage gouvernementaux sur la gestion sanitaire, le cortège d’approximations ont élevé le niveau de conscience des citoyens. La peur d’être embabouiné a déclenché une quête de sens, de vérité dans la population qui surfe sur toutes les vagues du Net. « La théorie du complot se développe dans l’opinion publique lorsque la confiance dans les différents pouvoirs est faible, voire absente », explique Julien Giry Docteur en Science politique à l’Université de Rennes 1, spécialisé dans les théories du complot/conspirationnisme. Et Dieu sait si la confiance est altérée. Le baromètre de la confiance politique du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) de 2019, révèle qu’« au cours de la décennie écoulée (2009-2019), le rejet du politique a été net. La confiance des Français en les partis politiques s’établit à 12% sur cette période, en les médias à 25 %, et en les présidents de la République à 28 %. » Ce baromètre est considéré comme la référence pour mesurer la valeur cardinale de la démocratie : la confiance.

Bien sûr nous restons confiants en ces sources, malgré que le CEVIPOF ait abrité durablement le constitutionnaliste Olivier Duhamel, président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) entre 2016 et 2021, qui gère l’Institut d'études politiques (IEP) appelé communément Science Po. Cet ancien chercheur et associé au CEVIPOF a été accusé de viol sur mineur et d’inceste en janvier dernier. Science Po, comme l’écrit le quotidien suisse Le Temps, est après tout « l’antichambre de l’École nationale d’administration ; l’endroit où sont formés une bonne partie des futurs hauts fonctionnaires, diplomates et… journalistes de l’hexagone ; et aussi le moule régulièrement dénoncé pour son mélange d’uniformité de pensée, d’aisance intellectuelle et d’arrogance parisienne (…). » Quand les Helvètes sortent leur couteau suisse, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère pour entailler leur neutralité reconnue depuis 1815.

Véhiculer à tout-va qu’il existe des théories conspirationnistes ou que certains Français sont complotistes suscite un climat délétère où la suspicion s’invite même à la table familiale. Et s’il ne s’agissait que d’une « pensée autre » que celle portée par l’oligarchie politico-médiatique ? L’État de droit ne doit-il pas garantir la liberté d’expression de chacun dans sa pluralité ? Chacun étant souverain de sa propre pensée. La sureté de l’État est-elle menacée par celles et ceux qui s’interrogent, pensent, doutent ou assènent un axiome qui, rappelons-le, est un raisonnement, une vérité admise sans démonstration ? À qui profite le crime, comme martèlent tous les médias, d’annoncer que certains individus ou que le gouvernement est conspirationniste, qu’ils représentent un danger pour l’État ou nos libertés individuelles ? Car la théorie du complot est propagée tous azimuts et émane tant de l’homme de la rue, que des élus. 
Prenons le cas du réalisateur Pierre Barnérias dont le documentaire a été financé à la force du poignet via des plateformes de crowdfunding, donc de financement participatif. La motivation de cet homme, qualifié de complotiste, était-elle celle d’être un agitateur, de faire tomber le gouvernement, de s’enrichir en faisant du buzz en théorisant sur un complot mondial des oligarques destiné à nous réduire en esclavage ? Mais en quoi serait-il plus un théoricien du complot que des représentants de l’État ou des médias aux mains de la finance qui lui collent cette étiquette ? Karl Popper, philosophe des sciences du XXe siècle, fait remarquer que « les personnes les plus désireuses d’amener “ le paradis sur terre ” sont les plus enclines, une fois au pouvoir, à adopter des théories du complot pour expliquer leurs échecs. Ces personnes montrent ainsi la volonté de se dédouaner de toute responsabilité collective ou personnelle d’une catastrophe, par manque de prévoyance ou de protection d’un peuple en colère, recherchant la culpabilité d’un petit groupe suffisamment discret et plus faible que puissant. »

Peut-on oser supposer que le missionnaire Emmanuel Macron, serait un être illuminé souhaitant amener le paradis sur terre lorsqu’il écrit : « Je suis convaincu que le XXIe siècle dans lequel nous entrons est un siècle de promesse. Je veux une France réconciliée qui considère les plus faibles et fait confiance aux Français. » (Révolution p 264). Sortir ses grilles de lecture et prendre garde à l’activation de ses biais cognitifs qui altèrent sa capacité de compréhension des situations, des prises de parole, est sage. À moins de frétiller à l’idée de rejoindre la cohorte de celles et ceux qui ne débattent plus, mais jouissent très fort en polémiquant. Les va-en-guerre, éjaculateurs précoces de mots infertiles éclaboussant notre peu de foi en la classe politique. Un exercice qui s’avère parfaitement audible puisque d’un point de vue égotique « La polémique est le piédestal des célébrités », disait Honoré de Balzac. Une course effrénée. 

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