La Vie est à nous, film électoral du Front populaire, en version restaurée

L'année 1935 voit le premier succès électoral du Parti communiste, aux élections municipales, notamment en banlieue parisienne. Bien décidé à poursuivre sur cette lancée, le Parti décide d'investir le champ du cinéma. Commande est donc passée à Jean Renoir pour superviser le grand film destiné à porter la candidature communiste aux législatives d'avril 1936, La Vie est à nous.

Le siège du Parti communiste en 1936 Le siège du Parti communiste en 1936
A la fin de l'année 1935, le Parti communiste français est dans une dynamique d'expansion : il a désormais un vivier d'élus, il engrange des milliers de nouveaux adhérents chaque mois - et donc des liquidités lui permettant de se donner les moyens de ses ambitions-, et porte haut le mouvement de Front populaire. Jusqu'à présent, la presse écrite ou illustrée était restée le meilleur outil en sa possession pour diffuser ses idées ; pourtant au tournant de 1936, le cinéma s'impose comme la façon la plus naturelle de s'adresser aux masses.

Plusieurs facteurs y contribuent : d'une part, il y a du mouvement parmi les ouvriers et techniciens de l'industrie du film. Nombre d'entre eux se syndiquent et/ou adhèrent au Parti, et sont prêts à officier bénévolement pour la cause. Parmi cette jeune génération, certains deviendront de grands noms du cinéma de l'après-guerre, tel le chef opérateur Henri Alekan.
D'autre part, une bouillonnante Maison de la Culture, impulsée par l'Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires (AEAR) et présidée par Louis Aragon, fédère dans ses locaux de la rue de Navarin l'avant-garde artistique et militante parisienne. S'y côtoient les membres de la Fédération du Théâtre Ouvrier de France, les chanteurs de la Chorale Populaire de Paris, ainsi qu'une poignée de jeunes cinéastes et techniciens du film, qui ne vont pas tarder à former la coopérative Ciné-Liberté. Parmi eux, Jacques Lemare (qui sera chef opérateur sur plusieurs films de Renoir) ou encore Jean-Paul Dreyfus, qui deviendra pendant l'occupation Jean-Paul Le Chanois.

Jacques Duclos dans La Vie est à nous Jacques Duclos dans La Vie est à nous
En vue des élections législatives d'avril et mai 1936, Jacques Duclos, responsable de la propagande au sein du Parti, cherche donc naturellement à encourager une production cinématographique militante.

Jean Renoir, qui par l'intermédiaire de sa compagne Marguerité Houllé, fréquente alors assidûment les cercles militants, accepte la commande. Il supervisera donc un film réalisé collectivement, avec l'argent levé lors d'une collecte, destiné à diffuser le message communiste auprès de l'ensemble des électeurs : ouvriers, paysans, mais aussi, fait nouveau, les classes moyennes.

Réalisé en un temps record, avec des moyens limités, le film est prêt à temps pour les élections. S'il ne reçoit pas le visa de censure qui lui permettrait d'être diffusé en salles, il est largement projeté dans les ciné-clubs militants et les soirées privées organisées par Ciné-Liberté, comme l'attestent de nombreux encarts parus dans la presse ouvrière de l'époque.

Nadia Sirbiskaïa et Julien Bertheau Nadia Sirbiskaïa et Julien Bertheau

Le négatif est perdu ou détruit pendant la seconde guerre mondiale, et le film tombe dans un oubli qui dure plus de trente ans. Il faut attendre 1969 pour que La Vie est à nous soit à nouveau visible et obtienne - enfin- un visa de censure! Les Cahiers du cinéma consacrent à l'époque un numéro spécial ) cette ressortie. Depuis cette date, le film vit une seconde carrière ; quelques passages télévisés, une édition vidéo, et de nombreuses projections dans les cercles militants continuent de le faire connaître. En raison de son intérêt historique et cinéphilique, les Archives Françaises du Film du CNC ont choisi de restaurer La Vie est à nous à l'occasion de son 80ème anniversaire. La restauration 2K a été faite à partir des copies conservées par Ciné-Archives et d'éléments trouvés au GosfilmoFond, la cinémathèque russe.

La Vie est à nous, un film de Jean Renoir, Jacques Becker, Jacques B. Brunius, Henri Cartier-Bresson, Jean-Paul Le Chanois, Maurice Lime, Pierre Unik, André Zwobada - Avec Jean Renoir, Jean Dasté, Jacques Brunius, Simone Guisin, Teddy Michaux, Pierre Unik, Max Dalban, Madeleine Sologne, Fabien Loris, Emile Drain, Charles Blavette, Gaston Modot, Julien Bertheau et Nadia Sibirskaïa

Affiche de La Vie est à nous Affiche de La Vie est à nous
Rendez-vous en salles à partir du 8 juin 2016 pour (re) découvrir ce témoignage unique sur l'esprit de 1936.
Distribution Tamasa.
Chaque séance sera précédée du film collectif Grèves d'occupations, court-métrage tourné par les grévistes du cinéma dans les usines occupées de la région parisienne.

Bande-annonce de La Vie est à nous © Ciné-Archives

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